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Moyen Orient et Monde

Le drôle de jeu israélo-égyptien dans le Sinaï

Conflit

Le « New York Times » a révélé samedi que l’État hébreu aurait conduit plus d’une centaine de frappes aériennes dans le Nord-Sinaï avec l’autorisation du Caire.

Julie KEBBI | OLJ
05/02/2018

Israël aurait prêté main-forte à l’Égypte dans la province du Nord-Sinaï au cours de ces deux dernières années pour lutter contre les jihadistes dans la région. Selon un article publié samedi dans le New York Times, plus d’une centaine de frappes aériennes auraient été lancées par l’armée de l’État hébreu sur la péninsule égyptienne avec l’autorisation préalable du Caire. L’objectif était d’endiguer la progression des jihadistes du groupe Ansar Beit al-Maqdis (Partisans de Jérusalem), d’abord affilié à el-Qaëda lors de sa création en 2011 avant de rejoindre les rangs de l’organisation État islamique fin 2014. Le groupe se fait désormais appeler « Province du Sinaï ». Ayant d’abord désigné Israël comme principal ennemi, le groupe jihadiste attaque régulièrement les forces égyptiennes depuis plusieurs années, et à un rythme accéléré depuis l’arrivée au pouvoir de Abdel Fattah al-Sissi. 

Suite à des entretiens menés de manière anonyme avec sept fonctionnaires américains et britanniques haut placés, le NYT rapporte les détails de ces opérations. Les différents drones, hélicoptères et jets utilisés n’étaient pas marqués de l’insigne israélien et les plans de vol ont été adaptés pour laisser penser que les appareils aériens provenaient de bases égyptiennes. 

Selon les sources du journal, le cercle des proches autour de M. Sissi qui a été informé de ces opérations a été réduit au minimum afin de verrouiller toute communication à ce sujet. L’État hébreu a pour sa part censuré les rapports publics sur ces opérations. La région est par ailleurs interdite aux journalistes, classée « zone militaire ».

Dans ce contexte, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu est monté au créneau hier lors de l’ouverture de la réunion du Conseil des ministres, sans pour autant mentionner explicitement le grand quotidien américain. Rappelant ses dernières rencontres avec le président américain Donald Trump, son homologue russe Vladimir Poutine et des leaders européens, il a expliqué leur « avoir clairement dit que notre présence était le principal obstacle à la propagation de l’islam au Moyen-Orient, dirigé par l’Iran et l’État islamique ». « Nous ne sommes pas déterminés à faire la guerre, mais nous ferons tout ce qui est nécessaire pour nous défendre », a-t-il insisté. 


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« Collaboration sans précédent » 

Israël se sent particulièrement menacé par l’instabilité qui règne de l’autre côté de ses frontières alors que l’armée égyptienne est en grande difficulté dans la région montagneuse du Nord-Sinaï face à la montée en puissance des jihadistes. En novembre dernier, l’Égypte subissait le plus grave attentat sur son territoire dans le Sinaï perpétré par des terroristes contre une mosquée. Véritable carnage, il a fait 305 morts, dont 27 enfants, et 128 blessés. Puis, début janvier, l’EI revendiquait un assaut contre des forces de sécurité égyptiennes dans le nord de la province, tuant sept policiers et un civil. 

Ces attaques s’ajoutent à la longue liste d’attentats provoqués par les partisans de l’EI dans le Sinaï, qui visent en priorité les autorités égyptiennes depuis 2013. Les violences ont pris une autre ampleur après des interventions de l’armée dans des villages du Sinaï pour déloger les jihadistes qui ont ensuite renforcé leur assise dans la région. Mais c’est l’explosion d’un avion avec à son bord des touristes russes, le 31 octobre 2015, qui aurait été l’événement poussant l’armée israélienne à intervenir dans la région. Elle aurait par ailleurs eu « un rôle décisif » pour aider les Égyptiens à reprendre le dessus, selon les sources du NYT.

Israël et l’Égypte ont signé une paix séparée il y a 40 ans. Les relations entre les deux pays sont scellées par les accords de Camp David signés aux États-Unis en 1978 par l’ancien président égyptien Anouar el-Sadate et l’ancien Premier ministre israélien Menahem Begin. Depuis, la coopération militaire et sécuritaire entre les deux pays est un secret de polichinelle, notamment en ce qui concerne leur frontière commune ou la gestion de la bande de Gaza. Sur la question du Sinaï, le journal israélien Yediot Aharonot publiait notamment en 2011 que l’Égypte avait autorisé le déploiement de troupes israéliennes dans la péninsule pour surveiller des installations gazières et un gazoduc pour un temps donné. Et le numéro deux de l’armée israélienne, Yair Golan, déclarait en 2016 qu’il y avait une « collaboration sans précédent » entre les services de renseignements israélien, égyptien et jordanien.


(Pour mémoire : Les coptes d'Egypte célèbrent Noël après une année sanglante)



Dans le camp propalestinien

La volonté de ne pas dévoiler les mouvements militaires israéliens dans le Nord-Sinaï démontre toutefois que la coopération entre les deux pays n’est pas totalement assumée côté égyptien. Officiellement, Le Caire s’affiche encore comme un des principaux amis des Palestiniens, même si sa réaction à l’annonce de Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale de l’État hébreu a été plutôt mesurée. À quelques mois de l’élection présidentielle, M. Sissi ne peut toutefois pas s’afficher comme un allié d’Israël, alors que la population égyptienne reste profondément propalestinienne. 

Le Caire entretient donc un double jeu à l’égard de l’État hébreu. À titre d’exemple, selon des enregistrements rapportés par le NYT au début du mois de janvier, les célèbres présentateurs des talk-shows égyptiens auraient été priés de se faire moins virulents sur la question de Jérusalem pour permettre de faire accepter la décision aux Égyptiens. Le gouvernement égyptien a néanmoins publié un communiqué réfutant ces informations.




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