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Moyen Orient et Monde

À Afrine, un temple antique victime collatérale des combats

Reportage
OLJ
01/02/2018

Près de gravats éparpillés, un lion en basalte noir à la crinière finement sculptée tient encore debout. Dans la région syrienne de Afrine, cible d’une offensive turque, un temple de 3 000 ans a été frappé de plein fouet par des raids aériens. Les autorités kurdes et syriennes ont imputé la responsabilité des bombardements à la Turquie, qui a lancé le 20 janvier une offensive contre cette région kurde du nord-ouest du pays située à sa frontière.
Juché sur une colline, le temple néohittite de Aïn Dara a été construit à l’ère araméenne (environ 1300-700 avant J.-C.). L’identité de la divinité adorée dans l’édifice n’a jamais été véritablement établie, mais une des hypothèses évoque Ishtar, déesse de l’Amour. Jusqu’au 26 janvier, date des frappes, le temple, « l’un des édifices archéologiques les plus importants construits par les Araméens en Syrie », selon la Direction générale des antiquités et musées, présentait encore de beaux vestiges. Aujourd’hui, les marches décorées de motifs géométriques de l’escalier de l’entrée de l’édifice sont recouvertes de morceaux de pierre. Les fresques sculptées dans la pierre en basalte noire, représentant d’imposants animaux ailés, ne sont plus que décombres. Seule la partie arrière du temple a été épargnée, tout comme le lion en basalte qui se tient devant les collines verdoyantes de Afrine.

Animaux légendaires
« J’étais assis ici. La frappe a été tellement violente que nous avons été fortement secoués. Après, la fumée a commencé à monter de la colline », raconte Ahmad Saleh, septuagénaire du village voisin de Aïn Dara, la tête protégée par un keffieh rouge et blanc. Après une visite sur le site, l’archéologue Salaheddine Sinno estime l’ampleur des dégâts à « entre 40 et 50 % ». Montrant de vieilles photos du temple collées sur les murs de son bureau à la Direction des antiquités de Afrine, il détaille l’étendue des pertes sur ce site de 50 hectares, découvert en 1982. « Les dommages commencent dès l’entrée, jusqu’à l’intérieur : des statues d’animaux légendaires, gardiens du temple, et d’autres sculptures représentant les dieux ont été projetées » un peu partout par le souffle de l’explosion, ajoute-t-il. « Des dalles de pierre ont volé sur une distance de 100 mètres », assure-t-il encore.
L’armée turque, qui vise à Afrine la puissante milice kurde des Unités de protection du peuple (YPG), qualifiée de « terroriste » par Ankara, a assuré que « les édifices religieux et culturels, les monuments historiques, les vestiges archéologiques » ne faisaient « certainement pas partie des cibles ». Mais les autorités de Damas, des responsables kurdes et l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) ont accusé Ankara d’être responsable des dommages du temple de Aïn Dara.
Condamnant « les attaques turques contre les sites archéologiques de Afrine », la Direction générale des antiquités et musées de Syrie avait notamment confirmé « la destruction du temple de Aïn Dara ».

« Catastrophe »
« Le temple est un exemple important d’architecture religieuse syro-hittite », rappelle un responsable de l’Unesco. « Il est richement décoré d’orthostats en basalte – blocs de pierre dressés à la base des murs – avec des motifs géométriques et figuratifs », a-t-il indiqué à l’AFP. Plusieurs de ces blocs, « déjà fragilisés par des décennies d’exposition aux intempéries, ont été réduits en morceaux ».
Dans la Syrie déchirée depuis 2011 par un conflit meurtrier, les joyaux de l’Antiquité n’ont pas échappé aux ravages de la guerre. En 2015, le groupe État islamique (EI) a saccagé Palmyre, site antique de plus de 2 000 ans inscrit par l’Unesco au patrimoine mondial de l’humanité. Les jihadistes ont notamment détruit à coups d’explosifs le temple de Bêl. « La destruction du temple de Aïn Dara, c’est le même niveau d’atrocité que le temple de Bêl », déplore l’ancien directeur général des Antiquités et Musées de Syrie, Maamoun Abdelkarim. Aujourd’hui, il s’inquiète du sort qui attend le secteur de Jabal Semaan, voisin de Afrine, où se trouvent les vestiges de villages antiques qui datent du Ier au VIIe siècles, et inscrits en 2013 sur la liste du patrimoine mondial en péril de l’Unesco. « Ces villages offrent (...) des vestiges particulièrement bien conservés : maisons d’habitation, temples païens, églises, citernes collectives, thermes », selon le site internet de l’Unesco. Quant à M. Abdelkarim, il ne se remet toujours pas des destructions à Aïn Dara. « C’est une catastrophe dans tous les sens du terme. Trois mille ans de civilisation détruits en une frappe aérienne. »
Delil SOULEIMAN/AFP

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