L’antique temple de Aïn Dara, à moins d’une dizaine de kilomètres de la ville de Afrine, a subi de graves dommages dans les raids aériens turcs, selon le département syrien des Antiquités et l’Observatoire syrien des droits de l’homme. Le temple néohittite, datant de l’âge du fer et remontant à l’ère araméenne (1300 à 700 avant J.-C.), porte le nom du village de Aïn Dara, situé dans l’enclave kurde de Afrine. Delil Souleiman/AFP
L’offensive turque sur la région kurde de Afrine, dans le nord de la Syrie, ne connaît pas de répit : de nouveaux raids aériens ont visé hier plusieurs secteurs, et de violents combats frontaliers ont été rapportés.
La poursuite de l’opération « Rameau d’olivier », lancée il y a 10 jours, intervient alors que la Turquie est un acteur central des pourparlers sur la Syrie qui se tiennent sous l’égide de la Russie à Sotchi. Et, hier, pour le dixième jour consécutif, l’aviation d’Ankara a pilonné l’enclave de Afrine, située à la frontière avec la Turquie. Dans le même temps, en Turquie, les autorités ont arrêté hier 11 membres d’une association de médecins ayant critiqué l’offensive, durcissant ainsi leur campagne envers les voix discordantes. Depuis le 20 janvier, 311 personnes soupçonnées d’avoir fait de la « propagande terroriste » sur les réseaux sociaux contre l’offensive de Afrine avaient déjà été arrêtées, selon le ministère turc de l’Intérieur.
Sur le volet militaire, les frappes aériennes turques d’hier matin ont visé les secteurs de Rajo et de Jandairis, dans le nord-ouest et le sud-ouest de Afrine, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). Dans ces secteurs, de violents affrontements opposent les forces turques et leurs alliés parmi les rebelles syriens aux combattants kurdes, selon l’ONG. « Depuis lundi, la Turquie a intensifié ses frappes aériennes », a fait valoir le directeur de l’OSDH, Rami Abdel Rahmane. Les avions turcs survolent également la ville même de Afrine, où le bruit des bombardements dans les collines environnantes se fait entendre.
Lundi, la Turquie avait renforcé ses positions militaires dans le Nord syrien, et un convoi composé de dizaines de véhicules militaires avait franchi la frontière, dans l’objectif de rejoindre un secteur situé à une quarantaine de kilomètres au sud de Afrine. Mais, durant la nuit, des tirs fournis de combattants prorégime ont barré la route du convoi, l’obligeant à changer de destination pour se rendre finalement dans l’ouest de la province d’Alep, selon l’OSDH.
Lourd tribut
Depuis le lancement de l’offensive, 85 combattants kurdes ont été tués, tandis que 81 rebelles pro-Ankara ont péri, selon l’OSDH. Les civils ont également payé un lourd tribut, et 67 personnes – dont 20 enfants – ont été tuées dans les bombardements turcs, d’après la même source. Ankara nie viser les civils, assurant prendre pour cible uniquement les combattants et les positions militaires.
Hier également, le président turc Recep Tayyip Erdogan est une nouvelle fois monté au créneau. L’offensive « ne va pas s’arrêter avant que nous ayons éliminé la menace terroriste de notre frontière », a-t-il martelé. Ignorant les appels de l’OTAN et des États-Unis à la « retenue », Ankara se dit déterminé à élargir l’offensive vers l’est, notamment à la ville de Manbij, tenue par les Kurdes et où sont stationnées des forces américaines. De son côté, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a déclaré que la Turquie sera « totalement condamnable » si elle mène en Syrie des opérations militaires à des fins « d’occupation territoriale » ou de « conquête ».
Ailleurs en Syrie, dans la province d’Idleb, huit civils ont encore été tués dans des frappes aériennes du régime, selon l’OSDH, qui rapportait déjà la veille la mort de 21 civils dans des circonstances similaires, notamment dans la localité de Saraqeb. Dans cette ville, où 16 personnes ont été tuées dans les raids, un hôpital a été touché par deux frappes, a rapporté Médecins sans frontières.
Sur le plan humanitaire, l’ONU a indiqué, hier, que plus de 270 000 Syriens ont dû fuir les combats dans les provinces d’Idleb et de Hama depuis fin décembre dernier. Les camps qui doivent accueillir ces déplacés ont dépassé leurs capacités, ce qui force de nombreuses personnes à s’installer dans l’un des 160 campements de fortune à Idleb, a expliqué Ursula Mueller, secrétaire générale adjointe chargée des affaires humanitaires au Conseil de sécurité.
Source : AFP

