L’émir du Koweït, le cheikh Sabah al-Ahmad al-Jaber al-Sabah, accueillant le président Aoun. Photo Dalati et Nohra
Le président de la République, Michel Aoun, a entamé hier une visite officielle au Koweït, articulée notamment sur l’importance des relations bilatérales et la nécessité de les renforcer, ainsi que sur les moyens pour le Koweït de soutenir le Liban, notamment au niveau économique et au plan des déplacés syriens. Le séjour de M. Aoun dans la capitale koweïtienne a été en outre axé sur l’importance de raviver la solidarité interarabe face aux développements régionaux.
Il ne s’agit pas de la première visite qu’effectue dans un pays arabe le chef de l’État depuis le début de son mandat. Quelque deux mois après son élection, il s’était rendu (en janvier 2017) en Arabie saoudite, au Qatar et en Égypte, comme s’il voulait alors montrer qu’il n’est pas seulement lié au camp du 8 Mars proche de l’axe iranien, et qu’il tient à assainir les relations notamment avec les États du Golfe, de sorte à les pousser à maintenir leur soutien du Liban.
Mais quelques semaines plus tard, le président Aoun a fait des déclarations dans lesquelles il a justifié le maintien de l’arsenal militaire du Hezbollah. « Les armes du Hezbollah n’affaiblissent en aucun cas l’État. Elles représentent l’un des piliers essentiels de la stratégie de défense du pays », avait-il affirmé, dans un entretien accordé, le 11 février 2017, à la chaîne égyptienne CBC.
« La question des armes du Hezbollah dépend de la stratégie de défense nationale que nous essayons de mettre en place », avait-il encore lâché, deux jours plus tard, sur la chaîne d’information Nile TV, soulignant que « le Liban, de par ses capacités humaines et économiques, ne peut pas mettre en place une force armée capable de faire face à l’ennemi (israélien), et doit employer des moyens militaires spéciaux pour le combat en ayant recours aux forces armées régulières et populaires ».
Les choses ne se sont pas arrêtées là. Quelques mois plus tard, en août 2017, le Koweït a accusé le Hezbollah d’être impliqué, sur son territoire, dans les activités d’une cellule terroriste appelée Abdelli. Le Premier ministre, Saad Hariri, s’était alors rendu au Koweït pour tenter de circonscrire l’affaire, obtenant de ses interlocuteurs de ne pas prendre de mesures vexatoires contre le Liban et de ne pas inquiéter la communauté libanaise installée dans l’émirat.
Tous ces développements, qui ont vraisemblablement retardé la visite de M. Aoun au Koweït, pourtant évoquée depuis l’automne dernier, paraissent avoir été dépassés. Lundi, à la veille de son départ, le chef de l’État a lancé un message d’ouverture et de conciliation à l’adresse du monde arabe et des États du Golfe, estimant que les relations « fraternelles » entre le Liban et le Koweït sont susceptibles de paver la voie à l’unité et à la solidarité arabes.
Hier, l’émir Sabah al-Ahmad al-Jaber al-Sabah a accueilli le chef de l’État à l’aéroport de Koweït, l’emmenant dans sa voiture jusqu’au palais Bayan, où les deux hommes ont eu des discussions auxquelles ont participé les membres de la délégation libanaise ainsi que des responsables koweïtiens. Il y avait là notamment le ministre des Affaires étrangères, Gebran Bassil, le ministre des Télécoms, Jamal Jarrah, et la ministre d’État pour le Développement administratif, Inaya Ezzeddine. Côté koweïtien, on notait la présence du vice-ministre des Affaires étrangères, Khaled al-Jarallah.
Appui au Liban
Selon des sources de la délégation libanaise, la réunion a porté sur la nécessité de consolider la coopération entre les deux pays, dans tous les secteurs. Les interlocuteurs ont insisté, dans ce cadre, sur « les relations fraternelles et solides entretenues depuis longtemps, qui se sont améliorées avec les années et qu’aucun événement n’a pu altérer ». Toujours selon ces sources, le président Aoun a remercié l’émir du Koweït de « s’être tenu aux côtés du Liban dans toutes les circonstances et auprès de toutes les tribunes », tandis que ce dernier s’est dit être toujours prêt à « fournir toute aide au Liban, directement ou à travers les conférences internationales ».
Dans ce sillage, les débats ont porté sur les déplacés syriens, le président Aoun ayant évoqué le fardeau que constitue leur présence aux plans politique, sécuritaire, et économique, en sus des réfugiés palestiniens qui se trouvent toujours sur le territoire libanais. Le chef de l’État a demandé, à cet égard, au Koweït et aux pays arabes de contribuer au retour des déplacés dans leur pays et d’appuyer le Liban en participant aux conférences internationales qui devraient se tenir prochainement. À savoir Rome II, prévue le 28 février, pour le soutien à l’armée et aux forces de sécurité, la conférence du Cèdre (appelée auparavant Paris IV) pour le soutien à l’économie, et la conférence de Bruxelles, qui sera consacrée à l’appui aux pays hôtes des déplacés.
Le chef de l’État s’est, en outre, attardé sur la situation économique du pays, notamment au plan de la stratégie économique qui est près d’être appliquée, appelant les hommes d’affaires koweïtiens à investir leurs fonds au Liban, « d’autant que le pays jouit d’une stabilité sécuritaire rarement égalable dans le monde, après la victoire de l’armée à Ersal et le maintien de la lutte contre les cellules dormantes ». De son côté, l’émir Sabah a informé le président Aoun qu’il a donné ses directives au Fonds koweïtien pour le développement économique arabe, en vue de répondre aux besoins économiques du Liban, indiquant que son pays fera « tout ce qui est dans ses moyens et ne décevra pas le Liban ».
Solidarité arabe
Au plan régional, toujours selon les sources de la délégation libanaise, les points de vue des deux hommes d’État concordent sur la nécessité de raviver la solidarité arabe, d’autant que l’unité des positions arabes face aux développements politiques dans la région est fondamentale.
Ils ont tous deux exprimé leur refus de la décision du président américain Donald Trump de considérer Jérusalem comme la capitale d’Israël, mettant en garde contre les répercussions qui pourraient en découler.
Le chef de l’État et l’émir du Koweït ont tenu ensuite un aparté au cours duquel M. Aoun a souhaité que les touristes koweïtiens se rendent à nouveau au pays du Cèdre, invitant, en outre, le cheikh Sabah à visiter « sa seconde patrie, le Liban ».
Dans l’après-midi, M. Aoun s’est entretenu tour à tour avec le Premier ministre koweïtien, Jaber al-Moubarak al-Ahmad al-Sabah, le directeur du Fonds arabe, Abdel Latif Youssef al-Ahmad, et l’évêque grec-orthodoxe du Koweït et de Bagdad, Ghattas Hazim.

