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La Dernière

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20/01/2018

Croiser des gens, c’est ce qu’on fait tous les jours. Croiser des gens que l’on connaît, c’est ce que l’on fait également tous les jours. Dans ma rue, sur les réseaux sociaux. À force de voir leurs photos, qu’elles soient d’amour, de fête ou de bouffe, on sait désormais quasiment tout d’eux. Eux et elles que l’on croise dans la rue, sans pour autant se saluer. Notre amitié n’est que virtuelle, et parfois, c’est bien mieux comme ça.
Le Liban est un petit pays, ça se saura. Qu’on soit des habitants du 09, du 04 ou du 08, de Jounieh, de Jal el-Dib ou de Zahlé, on tombe indéniablement sur des personnes que l’on fréquente… ou pas. Que l’on aime… ou pas.
Parce qu’il est là le problème. Tomber sur des potes, ces gens qu’on apprécie, une amie qu’on n’a pas vue depuis longtemps, un expat de passage, un cousin lors de sa pause déjeuner, un ex-collègue, ça a du bon. Ça fait généralement plaisir. Parfois, du bien même. On catch up, on fait un plan, on agrandit la table, on s’accoude au bar. On promet de se (re)voir, comme souvent, avant de se retomber dessus. C’est un peu ça, le Liban. Des rencontres pas vraiment inattendues, quand on fréquente un même endroit, qu’on a ses habitudes. Le rituel du lundi soir ou celui du dimanche midi. La même plage le samedi. Le même matelas au même endroit. Ça crée des liens, indéniablement. Tu sais où me trouver vendredi soir. Ce ne sera qu’une coïncidence voulue et/ou désirée. Mais de temps à autre, le hasard ne fait pas bien les choses. Comme votre ex que vous essayez d’éviter depuis quelques semaines et qui vous colle à la table juste à côté de la vôtre. Ex accompagnée de son nouvel apollon. Mieux fagoté que vous. Plus beau et plus musclé. Plus con aussi, mais ça, entre une bouchée de hommos et une gorgée de Diet Coke, vous ne pouvez pas le savoir. Bien sûr, ce déjeuner ne sera pas de tout repos. Arrêter de manger du taboulé de peur de se retrouver avec un morceau de persil coincé entre les dents au moment de dire au revoir indifféremment à ce wannabe rival.
Il ne fait pas dans la dentelle parfois, ce hasard. Alors que ce soir-là, c’était votre soirée relax max, votre moment confidences avec votre meilleure amie, vous vous retrouvez face à un groupe d’imbuvables connards qui parlent fort, rient fort, se plaignent fort. Ces gens-là, vous avez fait semblant de ne pas les reconnaître parce que vous avez du mal, vraiment du mal à les digérer. Comme ces edamames qui vont vous rester dans la gorge après les avoir entendus déblatérer au sujet de votre petit ami. Eux non plus ne vous ont pas reconnue. Normal, du haut de leur ego surdimensionné basé sur le capital de leurs parents, ils ne voient pas grand monde. Bonjour le repas quand l’un d’eux s’efforce de mal parler au serveur qu’il prend pour son sbire. Au lieu d’un petit moment d’intimité, on s’est tapé un gros moment d’animosité. Heureusement qu’on n’était pas avec son nouveau mec, ils nous auraient matés tout le dîner durant. En nous filant le mauvais œil. C’est toujours insupportable de tomber sur des personnes qu’on n’aime pas. Des envieux, ces anciens amis qui vous ont fait un sale coup. On n’aime définitivement pas les bad vibes.
Le hasard se plante souvent en mettant en travers de notre chemin le mec ou la femme qui nous plaît tant le jour où l’on a la mine déconfite d’une after party imbibée, 3 kilos de trop, une éruption de boutons, des lunettes sur le nez parce qu’on ne supportait pas ses lentilles et une bad hair week. Ce jour-là, on a vraiment raté une occasion de rester chez soi. On pourra toujours se consoler en se disant, si aventure ou liaison il y a, qu’il/elle nous aura vu(e) au naturel. Mais bien sûr. On aurait préféré, cela va sans dire, le/la croiser le soir où on s’était mis sur son 31, la chemise ouverte sur notre torse musclé, ou ces sublimes stilettos aux pieds. C’est comme quand on rêve de tomber sur une éventuelle proie lors d’un Beyrouth-Paris et qu’on se coltine un bouffon qu’on évite depuis des années. À l’instar de ce chauffard qui vient de nous emboutir la voiture, qu’est-ce qu’il foutait là ? Ah tiens, quel beau mec.

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Stes David

C'est un plaisir de lire ces textes qui sont un petit oeuvre d'art. C'est aussi pour enrichir mon vocabulaire ... par exemple ce mot "sbire". (1546 de it. Sbirro, lat. burrus, gr. pyrrhos) d'après le dictionnaire - "homme de main".

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