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Dépression et bipolarité : des jeunes se confient...

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Dans une société où la maladie mentale est encore taboue, des jeunes brisent le silence et partagent leurs expériences.

13/01/2018

C'est après avoir été violé par un prêtre que Tarek*, 22 ans, a fait une dépression. Quant à Rami*, 23 ans, sa dépression n'est pas la conséquence d'un vécu traumatique, et il ne saurait ni déterminer le moment où ses symptômes ont commencé ni préciser leur cause. Tout comme Nisrine*, 26 ans, qui souffre d'un trouble bipolaire. Mais alors que les préjugés continuent d'entourer les troubles mentaux qui demeurent tristement associés à la déviance et la folie, ces trois jeunes soulignent la nécessité d'en parler et d'être suivi par un spécialiste pour s'en sortir.

Durant la phase dépressive, les manifestations sont les mêmes pour les trois jeunes : troubles du sommeil et de l'appétit, manque de concentration, fatigue et perte d'intérêt pour les activités habituelles du quotidien, parfois même idées suicidaires avec passage à l'acte.

Tarek, victime d'abus depuis l'âge de 16 ans et qui se sont poursuivis pendant quatre ans, a tenté de se suicider. Rami aussi. En fait, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), la dépression concerne 300 millions de personnes et, dans le pire des cas, peut conduire au suicide.

On penserait peut-être que ces jeunes-là n'ont aucun but dans la vie, aucune ambition. Ce n'est pas le cas. Tarek, étudiant en agronomie et passionné par ses études, est classé parmi les premiers dans sa promotion. Rami, étudiant en pharmacie, promet que lorsqu'il aura sa propre pharmacie, il ne fera pas comme son directeur de stage qui vend le mauvais médicament pour obtenir une commission. Seule Nisrine n'a pas pu continuer ses études en biologie. Durant ses longues phases de dépression et sans aucun traitement, elle pouvait à peine sortir de son lit : « Je préférerais mourir plutôt que de revivre cette souffrance », dit-elle.

 

Des obstacles à surmonter
Nisrine, souffrant d'un trouble bipolaire, a également vécu un « épisode maniaque » durant lequel elle a subi des hallucinations et a été agressive envers sa famille. « Je me suis retrouvée seule sur l'autoroute à 23h à attendre une personne avec qui j'ai entretenu une relation amicale. Jusqu'à aujourd'hui, je ne sais pas si cette personne existe en réalité ou si elle est le fruit de mon imagination. » L'hospitalisation conséquente de la jeune femme à l'hôpital psychiatrique de la Croix a permis de convaincre ses parents qui étaient jusque-là opposés à ce qu'elle prenne des psychotropes. Depuis, et suite aux soins du Dr Rami Bou Khalil, qu'elle a reçus, la jeune femme est de plus en plus stable. Elle a même entamé des études en sciences de laboratoire qu'elle mène avec succès. « Ce sont mes parents qui me rappellent maintenant de prendre mes médicaments. Ils ont peur que je refasse une crise », confie-t-elle.

La mère de Tarek, quant à elle, a toujours du mal à accepter le fait que son fils soit sous traitement et lui demande souvent « quand il va arrêter de prendre ses médicaments ». « Je cédais autrefois aux plaintes de ma mère, mais suite à mes rechutes, je me suis fait la promesse de continuer mon traitement à tout prix », affirme le jeune homme.

Les parents de Rami, eux, l'ont conduit vers un psychologue très médiatisé. L'« expert » a assuré que malgré la dépression de leur fils, et son addiction associée à la pornographie, « il n'avait pas besoin de traitement, il devait juste se ressaisir », ce qui a plongé Rami dans un sentiment profond de culpabilité. « Mes parents étaient convaincus par ses propos car il s'agit d'un psychologue reconnu dans le pays. Moi, je savais qu'il avait tort. Mais à moi seul, je n'avais pas les moyens de me payer les séances parfois très chères d'un thérapeute. » Même problème pour Tarek qui ne peut pas se permettre une psychothérapie, quoique fortement conseillée dans son cas en plus des médicaments.

 

La nécessité d'en parler
En raison des préjugés, s'ouvrir aux autres est très difficile pour ces jeunes : « J'ai perdu ma confiance en l'autre. Personne ne me comprend », affirme Tarek, avant de continuer : « Il ne faut pas avoir peur de parler, sans avoir honte. » Rami partage son opinion et souligne que les gens ont tendance à banaliser les troubles mentaux : « Ils disent que j'exagère. Ils ne comprennent pas que je ne fais pas exprès. » Nisrine, au début discrète, n'hésite désormais plus à offrir ouvertement « une éducation gratuite » sur la maladie mentale et les troubles bipolaires en particulier.

« Les troubles de l'humeur sont des troubles épisodiques, dans le sens où ils se manifestent par un ou plusieurs épisodes cycliques avec un moment de "normalité" entre une crise et une autre. Le patient peut s'en sortir avec un traitement soutenu et à long terme », affirme Aimée Karam, docteure en psychologie clinique. Effectivement, pour celui ou celle ayant un trouble dépressif ou bipolaire, le fait de parler à une personne de confiance est souvent le premier pas vers le traitement et la guérison. Il faudrait alors qu'il y ait une oreille à l'écoute. Une oreille attentive, ouverte, plus important encore, qui ne juge pas.

*Les prénoms des jeunes interviewés ont été changés pour préserver leur anonymat.

 

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