Hier, à Machhad, comme dans plusieurs autres grandes villes d’Iran, une nouvelle manifestation monstre de soutien au régime des mollahs a eu lieu. Morteza Salehi/Tasnim News/AFP
De nouveaux rassemblements de soutien au régime ont été organisés hier en Iran, après l'annonce par le pouvoir de la fin du mouvement de contestation et de son intention de recentrer l'attention sur les revendications économiques des protestataires. Après cinq jours de protestations nocturnes marquées par des violences, qui ont fait 21 morts et entraîné l'arrestation de centaines de personnes, la capitale Téhéran, où un important dispositif policier a été mis en place, et la plupart des villes de province ont ainsi passé une nouvelle nuit calme. Des vidéos de rassemblements sporadiques dans de petites localités ont été publiées, mais sans vérification possible.
Hier, la télévision d'État a diffusé des images de manifestations importantes de soutien au pouvoir à Ispahan, Machhad, Oroumieh, Babol ou encore Ardebil. « Nous sommes, tous ensemble, derrière le guide » (l'ayatollah Ali Khamenei, n° 1 de la République islamique d'Iran), ont scandé les manifestants. La veille, des dizaines de milliers de personnes ont également manifesté en soutien au pouvoir à travers le pays. Ces rassemblements répondent aux protestations, entre le 28 décembre et le 1er janvier, contre la vie chère et le pouvoir dans de nombreuses villes, qui ont été émaillées de heurts meurtriers et d'attaques contre des biens publics – bâtiments officiels, banques, commissariats de police, voitures.
Les autorités ont accusé les « groupes contre-révolutionnaires » et les Moudjahidine du peuple – groupe d'opposition en exil – d'avoir profité des manifestations « légitimes » pour créer des troubles. Le commandant en chef de l'armée, Abdolrahim Moussavi, a remercié hier les forces de sécurité pour « avoir éteint le feu de la sédition (...), étouffée dans l'œuf », au lendemain de la proclamation par les gardiens de la révolution (pasdaran), l'armée d'élite du régime, de la fin du mouvement de contestation, sans pareil depuis celui de 2009 contre la réélection du président Mahmoud Ahmadinejad. Le général Moussavi a en outre annoncé que ses troupes se tenaient prêtes à aider, si nécessaire, les forces de police face aux manifestants antigouvernementaux, qu'il a qualifiés de « dupes du Grand Satan (les États-Unis) ». Toutefois, rejetant tout essoufflement du mouvement de contestation, la lauréate iranienne du prix Nobel de la paix Shirin Ebadi, exilée à Londres, a appelé ses compatriotes à mener des mouvements de désobéissance civile et à poursuivre les manifestations.
La classe politique iranienne – réformateurs comme conservateurs – s'est, elle, positionnée contre les violences, tout en soulignant la nécessité de trouver une solution aux problèmes économiques, principalement le chômage, qui atteint 30 % chez les jeunes. « La principale demande des gens aux responsables et au gouvernement est qu'ils règlent les problèmes économiques », a dit Ali Akbar Velayati, conseiller du guide suprême pour les Affaires internationales. Dans sa réaction à la contestation, le président Hassan Rohani a dit la détermination de son gouvernement à « régler les problèmes de la population », en particulier le chômage. Réélu en mai dernier pour un second mandat, le modéré Rohani avait promis dès son élection en 2013 d'œuvrer à l'amélioration de la situation économique et sociale, un espoir amplifié par l'accord sur le programme nucléaire iranien signé en 2015, et la levée de certaines sanctions internationales. Mais les attentes des Iraniens ont été déçues avec le renchérissement du coût de la vie et le chômage.
Nouvelles sanctions américaines
Par ailleurs, outre les Moudjahidine, Téhéran a aussi accusé les États-Unis et l'Arabie saoudite, grande rivale régionale, d'avoir attisé les troubles. Et l'Iran s'est plaint auprès de l'ONU des « ingérences » américaines. De leur côté, les États-Unis ont sollicité une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU sur l'Iran, ont indiqué hier des diplomates. La réunion, qui doit encore être confirmée par la présidence du Conseil – assurée ce mois-ci par le Kazakhstan –, doit se tenir ce soir.
En outre, hier, Washington a décidé de nouvelles sanctions unilatérales financières contre des groupes industriels iraniens, accusés de participer au programme de missiles balistiques de Téhéran. Cinq sociétés, filiales de Shahid Bakeri Industrial Group (déjà sur la liste noire américaine), ont été désignées, ce qui bloque leurs avoirs aux États-Unis et interdit toute relation commerciale avec elles, ainsi que leur accès au système financier américain, selon un communiqué du Trésor US. Il s'agit des sociétés Shahid Kharrazi Industries, Shahid Sanikhani Industries, Shahid Moghaddam Industries, Shahid Eslami Research Center et Shahid Shustari Industries. « Les États-Unis vont continuer à contrer les intentions malignes du régime iranien, y compris en ajoutant des sanctions visant les abus des droits de l'homme », a indiqué le secrétaire au Trésor, Steven Mnuchin, dans le communiqué.
Sources : agences

