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Nos lecteurs ont la parole - Par Ghada Jabak

La loi 46 du 21 août 2017

Décembre est le mois qui met du baume au cœur, il y a quelque chose de magique dans l'air qui fait que nous nous sentons mieux malgré notre « misère ». Malgré le trafic, la surcharge au travail en cette fin d'année, les soucis au quotidien qui nous accablent sans merci, il se trouve que nous y résistons et sommes de bonne humeur. Bizarre, non ? Ou bien c'est une affaire d'accoutumance ? Nous nous sommes habitués à « souffrir » au Liban ? N'importe. Pour beaucoup d'entre nous (toutes religions confondues), c'est Noël ! C'est la naissance du Christ, notre Sauveur, c'est l'espoir en un lendemain meilleur. Nous y croyons, et je fais partie des personnes qui espèrent toujours malgré tout – ce « malgré » me tue.
L'espoir est ce qui nous anime le matin, il guide nos pas et nous booste à entrer dans nos classes. Classes ? Oui, je fais aussi partie du corps enseignant dans le secteur privé. Je vois vos visages se transformer. Pitié ? Horreur ? Fierté ? Voyons, voyons. La suite finira par vous surprendre ou vous achever peut-être, mais espérons que vous me lirez jusqu'à la fin.
Je disais que, moi, je suis des personnes persuadées qu'un enseignant peut changer la face du monde. En fait, si je n'y crois pas, je ne serai pas en classe tous les matins. Et nombreux sont comme moi. Parce qu'un enseignant ne transmet plus un savoir, c'est fini le temps de détenir la connaissance; mes élèves ont Google, il est de loin plus performant que moi. Parce que je ne peux pas entrer en compétition avec une intelligence artificielle qui est à la portée de mes élèves et qui leur offre des réponses à presque tout. Qu'est-ce qui me distingue donc ? À quoi suis-je utile ?
Je suis la personne qui « voit » les jeunes dans leur différence, qui valorise ce qu'ils sont, qui leur apprend à réfléchir, à douter, à aimer... Je suis humaine donc, et c'est là où réside toute mon utilité. Je leur apprends les valeurs, le respect, l'empathie, je les interroge sur les malheurs du monde et ses injustices... L'injustice est mon point faible... Je le reconnais et les jeunes le savent. Et c'est d'elle que j'écris maintenant, au nom de tous les enseignants à qui on interdit de crier : « C'est injuste ! »
L'injustice pèse aujourd'hui sur le corps enseignant au Liban. Des collègues sont lésés par certains établissements qui défigurent la loi 46 et l'interprètent à leur façon. La grille salariale instaurée par la loi 46, tant attendue, et pour laquelle nous avons lutté pendant une dizaine d'années, cette revalorisation salariale dont nous avons rêvé (la dernière était en 1995) n'est pas respectée. Une revalorisation méritée, croyez-moi ! Il suffit de comparer les salaires des enseignants dans l'ancienne et la nouvelle grille pour vous rendre compte que nous sommes toujours mal payés !
Donc, résumons : des enseignants, aujourd'hui, n'ont pas encore eu leurs droits selon cette loi. Ils doivent mener des négociations auprès de leurs écoles pour obtenir des miettes de ce qui leur revient ! C'est frustrant d'entrer en classe et de savoir qu'on ne peut réclamer son droit ! C'est accablant de dénoncer l'injustice devant les élèves tant qu'on en est la cible ! C'est honteux pour un enseignant de mendier ses droits, lui qui enseigne à ses élèves le respect des lois !
Comment dans le pays du Cèdre, le berceau de la démocratie au Moyen-Orient, une loi est interprétée selon les caprices des uns et des autres ? Et le mot « caprices » est bien calculé. Et ce n'est pas tout. Permettez-moi de vous informer aussi qu'à cette heure-ci, 720 enseignants ne peuvent pas toucher leurs indemnités de fin de service, et ce depuis quelques mois. Ils sont dans le besoin, et c'est leur argent dont « on » les prive. Ce sont leurs propres contributions à la Caisse des indemnités (CI) qu'on leur interdit de toucher. Pendant de longues années de service, les établissements relevaient 6 % du salaire de ces enseignants pour les verser à la CI pour qu'ils puissent ne pas être dans le besoin une fois à la retraite. Saviez-vous que 720 enseignants ne jouiront pas de la fête, de Noël, cette année ? Saviez-vous que la CI est paralysée suite au refus d'accepter la nouvelle grille de la loi 46 par la Ligue des établissements privés ? Qui a le droit d'être aussi cruel et de traiter ainsi des enseignants qui, à la retraite, se trouvent ainsi humiliés ? Qui se permet de s'entêter et de ne pas obéir à la loi ? Qui protège ces enseignants et le reste des enseignants encore en service ? Qui ?
« La raison du plus fort est toujours la meilleure. » Non ?
Ce papier se termine sur une note triste. Cependant, il faut espérer et donner espoir parce que certains établissements privés ont mis la loi en vigueur et l'ont respectée. Nous les saluons. Pour le reste des collègues, qui continuent la lutte, nous leur souhaitons une bonne année quand même...

Décembre est le mois qui met du baume au cœur, il y a quelque chose de magique dans l'air qui fait que nous nous sentons mieux malgré notre « misère ». Malgré le trafic, la surcharge au travail en cette fin d'année, les soucis au quotidien qui nous accablent sans merci, il se trouve que nous y résistons et sommes de bonne humeur. Bizarre, non ? Ou bien c'est une affaire d'accoutumance ? Nous nous sommes habitués à « souffrir » au Liban ? N'importe. Pour beaucoup d'entre nous (toutes religions confondues), c'est Noël ! C'est la naissance du Christ, notre Sauveur, c'est l'espoir en un lendemain meilleur. Nous y croyons, et je fais partie des personnes qui espèrent toujours malgré tout – ce « malgré » me tue.L'espoir est ce qui nous anime le matin, il guide nos pas et nous booste à entrer dans nos classes....
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