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Liban

A Mina, des femmes en uniforme règlent la circulation

Société

Une dizaine de municipalités emploient des policières. Ce nombre devrait s'élargir avec l'adoption d'une politique qui encourage la police de proximité.

12/12/2017

À l'entrée de la municipalité de Mina à Tripoli, Stavrolla Karam, une policière, attend sa mère et sa sœur cadette. La jeune femme brune âgée de 24 ans porte l'uniforme. Elle est impressionnante avec ses cheveux noirs et ses grands yeux maquillés. Mais elle retrouve son air de petite fille quand elle voit sa mère Jacqueline : « Vite maman, ça va commencer », dit-elle, tirant sa mère vers une salle de conférences.
La municipalité de Mina a organisé une exposition et une cérémonie pour mettre en avant la présence des femmes policières recrutées en mai dernier. Cette initiative bénéficie du soutien du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) dans le cadre d'un projet qui encourage la création d'une police de proximité, plus proche des habitants.

« Quand j'étais petite, je rêvais de devenir policière ou soldate. Quand j'ai su que la municipalité recrutait des femmes policières, j'ai tout de suite postulé et je me suis mise à me préparer. J'ai étudié et j'ai commencé à m'entraîner », raconte Stavrolla Karam, qui détient un BT en commerce et en comptabilité. Le plus difficile pour elle, comme pour les autres recrues femmes, était les deux mois passés à l'académie de formation des FSI. « C'était un défi. Il fallait surtout s'adapter à la discipline. Se lever tôt et exécuter des ordres. Je suis contente de mon choix et fière de moi », dit-elle. « Dans la rue, il faut se faire respecter. Ne pas se laisser intimider par les remarques désobligeantes de certains hommes qui s'écrient parfois : « Je ne vais pas recevoir mes ordres d'une femme. » Je suis sévère avec ceux qui ne prennent pas mon job au sérieux et je rédige des PV sans sourciller », raconte-t-elle.
Stavrolla Karam est chargée de l'application de la loi à l'intérieur de la municipalité. Sa mère Jacqueline est fière d'elle. « Les temps ont changé. Les femmes peuvent montrer leur force désormais, faire tous les métiers, être présentes dans des milieux qui étaient auparavant réservés aux hommes. Le temps de l'homme seigneur et maître est révolu et, c'est très bien comme ça », dit-elle.

 

« Vous ne savez même pas conduire... »
La municipalité de Mina a recruté 21 nouveaux policiers en mai dernier. Six sont des femmes. L'idée est celle du président du conseil municipal, Abdelkader Alameddine, qui occupe ce poste depuis 35 ans. « Je vais souvent aux États-Unis, et là-bas, il y a plein de policières. J'ai voulu moderniser la municipalité. Nous voulons des femmes policières dans la rue et non pour les tâches administratives, qu'elles soient tout à fait les égales des hommes. Nous avons reçu les applications de 300 candidats, parmi lesquels une quarantaine de femmes. Nous avons retenu les 21 premiers candidats. Il y avait parmi eux six femmes », rapporte M. Alameddine qui vient de recruter également huit femmes à divers postes de la municipalité. « Les femmes sont plus méticuleuses, plus sérieuses et plus efficaces dans leur travail. Dans le cas des policières, elles sont plus respectées que les hommes dans la rue. Elles évitent les rixes et règlent les conflits par la parole », ajoute-t-il.

Myassar Sangar, 23 ans, poursuit ses études de droit, tout en exerçant son nouveau métier. « Nous réglons la circulation, nous effectuons des patrouilles à pied et en voiture, nous rédigeons des PV... C'est un métier qui m'a donné plus confiance en moi parce qu'il faut faire face à la rue et aux remarques désobligeantes de certains hommes qui lancent des critiques : « "Vous (NDLR : les femmes) ne savez même pas conduire et vous voulez régler la circulation, tu es en train de provoquer des embouteillages, l'uniforme ne te va pas..." Mais tout cela ne m'empêchera pas de faire mon travail », assure-t-elle, résolue.

 

PNUD, USJ, FSI...
Martin Borgeaud, chef de projet au sein du PNUD, souligne que la municipalité de Mina, celles de Zahlé et de Bourj Hammoud, qui emploient également des femmes policières, sont soutenues par l'institution onusienne dans le cadre d'un projet encourageant la police de proximité. Une formation de deux mois, créée en coopération avec l'Université Saint-Joseph, a été adoptée par les FSI. Elle est destinée à la police municipale. Cécile Moyroud, directrice du PNUD au Liban, note, elle, que ce programme de formation, dispensé par l'académie des FSI, a déjà touché une vingtaine de municipalités. « La police de proximité privilégie notamment la communication avec les citoyens. Elle est plus proche d'eux. Ce projet est mis en place en coopération avec les FSI et le ministère de l'Intérieur et des Municipalités », dit-elle.
Mina est actuellement la seule municipalité du Liban-Nord qui compte des femmes parmi ses policiers. Le PNUD encouragera la communication entre les municipalités de la région pour suivre l'exemple de cette localité.

 

Pour mémoire

Les policières de Bourj Hammoud célébrées par le PNUD

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Sarkis Serge Tateossian

Elles peuvent compter sur tous nos encouragements en notre qualité de citoyens.

Elles peuvent régler la circulation, comme le compte des machistes....

Bravo les filles policières, on vous doit encore plus de respects

DAMMOUS Hanna

Il faudra un képi à l'anglaise pour les protéger des intempérie et coup de soleil.

Irene Said

Bravo et bon courage, il vous en faudra dans les rues de chez nous...
les bien jolies policières...
et on vous souhaite de tout coeur le meilleur !
Irène Saïd

ACE-AN-NAS

On est bien content pour eux , meme si dans tous ces domaines ils ont un retard abyssale.

Never late.

George Khoury

c'est super comme initiative, plus on ira vers une societe matriarcale, mieux le pays se portera

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