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Charlotte Chesnais, ses merveilles de vermeil

La Mode

Elle paraît si jeune, presque une adolescente, et ses bijoux semblent si simples. Mais Charlotte Chesnais est avant tout créatrice d'illusions. Elle vient d'ouvrir ses malles à l'espace Macle, fondé par Sélim Mouzannar comme une vitrine de la création joaillière contemporaine. Nous l'avons rencontrée.

06/12/2017

Elle est derrière le petit bar qui vous accueille à l'entrée de cette boutique pas comme les autres, imaginée sur la rue Schehadé, à Achrafieh, comme un petit salon à même le trottoir, un lieu où l'on s'arrête, bavarde à la porte et puis entre, attiré par la paix et la simplicité de l'atmosphère. Elle : Charlotte Chesnais. Un nom que l'on croise au moins une fois par mois dans tous les magazines de mode et qui est synonyme de minimalisme sophistiqué et de bijoux faussement évidents. Sa blondeur, sa silhouette gracile, son regard ingénu, un début de grippe qui lui rougit les yeux, une blouse rayée bleu et blanc, on dirait presque une écolière. Elle a pourtant une quinzaine d'années de métier au compteur.

« Je ne savais pas comment on ne faisait pas »
Sur le petit canapé du fond, elle raconte brièvement son parcours, visiblement heureuse de se trouver à Beyrouth où il fait encore chaud en ce mois de décembre, elle qui a exposé sa première collection, en 2015, chez Rabih Kayrouz, rue de Babylone. Sa connexion avec le Liban semble depuis lors une évidence. Elle revient à ses 17 ans, ce bac précoce après lequel elle pensait faire médecine, mais finalement, écoutant le conseil de sa mère qui « ne sent pas que c'est pour elle », s'inscrit à HEC avec le projet de travailler dans le luxe. Mais au bout de trois mois d'HEC, la jeune étudiante jette l'éponge et décide de se rapprocher davantage des arcanes du luxe en se lançant dans la création. Elle présente donc sa candidature au Studio Berçot où elle acquiert une formation de styliste. À la sortie de cet institut où les anciens recrutent volontiers les nouveaux, elle se retrouve sous l'aile de Vincent Darré qui dirige la création chez Ungaro.

Darré est une personnalité marquante et un passionné de surréalisme. Quand il décide de changer de cap, il confie Charlotte Chesnais à Nicolas Ghesquière, alors directeur artistique de Balenciaga. Elle n'a que 20 ans et elle est embarquée dans une aventure qui va consumer chaque minute de sa vie. Ghesquière est exigeant et la jeune femme le suit. Auprès du maître, elle apprend la création sur mannequin, les longs essayages. Elle affûte son instinct, son feeling. Il n'y a plus pour elle ni jours, ni nuits, ni fuseaux horaires. C'est elle qui fait les allers-retours à New York pour livrer une robe à Juliane Moore ou remettre un dossier à Anna Wintour. Au milieu de ce parcours qui va durer 9 ans, Ghesquière décide de lancer une ligne de bijoux Balenciaga qui ne soit pas uniquement une réédition de bijoux d'archives. Il confie cette mission à Charlotte Chesnais qui s'en donne à cœur joie et sculpte avec jubilation d'importants ornements immédiatement relevés par la presse, lors d'un défilé où les robes, très sobres, étaient rehaussées par ces somptueux détails. « J'ai commencé sur le tas. Je ne savais pas comment on faisait, et je ne savais donc pas comment on ne faisait pas », nous confie-telle en souriant. Quand Nicolas Ghesquière quitte Balenciaga pour Louis Vuitton, Charlotte Chesnais n'a plus envie de suivre le calendrier épuisant du prêt-à-porter. Elle devient pour quelque temps consultante freelance, dessine de la maroquinerie pour Paco Rabane ou des collections pour APC, mais ce qu'elle veut vraiment, c'est retrouver le bonheur de réaliser des bijoux. Un ami lui conseille de se lancer à son compte, ce qu'elle fait en 2015, exposant sa première collection chez Rabih Kayrouz à Paris.

 

Une évidence moins évidente qu'il n'y paraît
Le succès est immédiat. Certes, les médias n'ont pas oublié les bijoux que la jeune femme signait chez Balenciaga, mais là, elle travaille sans aucune contrainte. N'écoutant que son sens de la géométrie dans l'espace et son amour de la sculpture contemporaine, notamment des œuvres d'Henry Moore, de Brancusi ou de Barbara Hepworth, enceinte de son premier enfant, elle passe des journées entières dans un atelier où l'on fond et refond ces formes que l'on croit évidentes mais qui, sans ces années à coudre, découper, déchirer et recoudre à même les mannequins, sans ces études approfondies de l'équilibre des volumes et des proportions, n'auraient pas pu voir le jour. Ainsi, les boucles d'oreilles Saturne, deux créoles, une petite en équilibre dans une autre plus grande : un succès phénoménal, au point qu'elles sont copiées par des marques de masse. Les autres lignes sont tout aussi ingénieuses. Boucles d'oreilles uniques soulignant le pavillon d'un trait d'or ; bracelets qui enlacent la paume sans se faire sentir, bagues qui tiennent entre deux doigts sans tomber. Et toujours des formes sculpturales d'une parfaite pureté. En vermeil et argent, les bijoux de Charlotte Chesnais doivent aussi leur popularité à ce créneau de prix exclusif sans être excessif dans lequel elle a choisi de les situer. Mais la créatrice offre aussi un service sur mesure et réalise des bijoux uniques à la croisée de son style et de la personnalité de leur commanditaire.

 

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