Nos Lecteurs ont la Parole

Le Grand Liban est mort, vive le Mont-Liban !

Mario GEBRAYEL
OLJ
28/11/2017

Au patriarche Béchara Boutros Raï, chef de l'Église maronite.

La démission du Premier ministre Saad Hariri et les événements qui entourent cette démission me poussent à vous écrire cette lettre ouverte.
Il me semble évident que les chrétiens du Liban vivent une situation très difficile, et rien ne me laisse croire que leur situation va s'améliorer au cours des années à venir, bien au contraire. Notre communauté subit la plus importante pression démographique défavorable de son histoire. Année après année, nous assistons, impuissants, à l'exode de nos meilleurs cerveaux vers l'Occident et nous constatons un taux de natalité bien inférieur à celui des autres communautés confessionnelles au Liban.
De plus, je prédis que l'histoire va se répéter : tout comme les quelque 500 000 réfugiés palestiniens établis au Liban depuis maintenant plusieurs générations sans réelles perspectives de retour, tout porte à croire qu'un nombre important des 2 millions de réfugiés syriens arrivés au cours des dernières années va s'établir de manière permanente au Liban. Il y a maintenant plus d'élèves syriens que libanais dans nos écoles publiques. Pourquoi reviendraient-ils à leur pays natal alors que le Liban, du fait qu'il est bien plus riche que son voisin, pourrait leur offrir des opportunités plus intéressantes ?
Ainsi, en termes relatifs, il est clair que jamais dans l'histoire des chrétiens du Liban nous avons été aussi minoritaires, et tout laisse croire que la tendance va s'accélérer au cours des prochaines années. Dans ce pays qui se voulait, par les maronites ainsi que les puissances internationales – la France en tête –, la maison éternelle des chrétiens d'Orient lors de sa création, les chiffres démontrent que de moins en moins de chrétiens se sentent à la maison au Liban.
La récente démission, désormais suspendue, du Premier ministre marque ainsi le début d'une nouvelle ère politique au Liban : c'est le début du transfert du pouvoir politique des chrétiens vers les musulmans, maintenant grandement majoritaires au Liban. Si nous additionnons cela à l'évident ralentissement du panarabisme et à la montée des tensions confessionnelles partout au Moyen-Orient, notamment avec l'évidente guerre par proxies entre l'Iran et l'Arabie saoudite en Syrie, en Irak et au Yémen, je comprends que les récents événements peuvent être interprétés comme le début de la lutte entre chiites et sunnites du Liban et de toute la région pour le contrôle du Liban.
Motivé par la crainte de voir les miens devenir impuissants dans un pays qui leur était destiné, pris en étau entre deux clans appuyés par des puissances régionales en lutte pour la domination politique du Liban, je me permets de vous communiquer ma stratégie pour éviter la perte du contrôle de notre maison.

« Deux négations ne font pas une nation »
Georges Naccache, fondateur de L'Orient, écrivait déjà en 1949 : « Ni Occident, ni arabisation : c'est sur un double refus que la chrétienté et l'islam ont conclu leur alliance. (...) Mais ce que les deux moitiés veulent en commun, c'est ce qu'on ne voit pas. (...) La folie est d'avoir élevé un compromis à la hauteur d'une doctrine d'État – d'avoir traité l'accident comme une chose stable – d'avoir cru, enfin, que deux "non" pouvaient, en politique, produire un "OUI ". »
Il prédisait, il y a plus de 60 ans déjà, bon nombre des difficultés nationales du Grand Liban. Par contre, la situation est évidemment bien différente aujourd'hui : une majorité de Libanais ne rejettent plus l'Orient, bien au contraire. Pour les chiites comme les sunnites, la source de leur puissance et les grandes lignes de leurs intérêts viennent plus que jamais de l'est, de Téhéran et de Riyad. Et malgré ce constat alarmant, nous maintenons encore notre position de rejet de l'Occident, par peur d'attiser les tensions et de jeter de l'huile sur le feu.
Voici donc ce que bon nombre d'entre nous pensons tout bas : il est maintenant venu le temps de dire haut et fort « OUI à l'Occident » ! Ici, il ne faut pas comprendre « oui » à l'ingérence occidentale, mais plutôt « oui » à l'établissement d'une société inspirée des valeurs occidentale sur les territoires où les chrétiens du Liban sont encore majoritaires, c'est-à-dire principalement le Mont-Liban.
Il devient nécessaire pour notre survie d'éloigner nos décisions politiques des communautés du Grand Liban qui adhèrent à l'influence des puissances d'Orient, quitte à repenser les frontières de l'État qui nous régit. Il n'y a eu, depuis le début de l'expérience étatique sur le territoire du Grand Liban, aucun succès public favorable pour notre communauté. Et aujourd'hui plus que jamais, la cause des insuccès est liée au désir de certaines communautés confessionnelles d'établir sur le territoire du Grand Liban une société régie par les valeurs et les intérêts de l'Orient.
Nous ne souhaitons plus faire de compromis, nous désirons construire une société à notre image, une société inspirée des valeurs et des succès de l'Occident. Nous ne voulons plus que notre destinée soit déterminée quelque part entre Riyad et Téhéran. Notre diaspora, les sources de notre richesse et notre futur se trouvent en Occident. Il est venu le temps pour les chrétiens du Mont-Liban d'être maîtres de leur destinée !
Cher patriarche, je fais appel à votre leadership pour mener ce projet à bon port. Je vous demande d'utiliser les leviers de notre Église pour inspirer et diriger notre communauté vers l'autodétermination politique du Mont-Liban. J'ai confiance en ce que vous saurez trouver les moyens de nos ambitions. Notre survie, notre liberté et notre prospérité en dépendent.
Chrétiens du Liban, le Grand Liban est mort, vive le Mont-Liban !

 

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IL EST TROP TARD MONSIEUR... ET D,AILLEURS LES NOTRES ... CHRETIENS ET MARONITES EN TETE... NE VONT PAS SE REVEILLER DE LEUR SOMMEIL PROFOND ET LETHARGIQUE ET DE L,HEBETUDE PLUS PROFONDE DANS LAQUELLE ILS SONT PLONGES !

gaby sioufi

les chretiens du liban disent ils ?
C la faute aux chretiens maronites libanais , entierement de leur faute si le pays est a bout de souffle.
comment en etaient ils arrives a OUBLIER l'essentiel , a s'entre tuer allegrement?
A cause de la " chaise" .... symbole de puissance du pouvoir.
Eh bien voila pour le pouvoir devenu insignifiant, conditionne par qqs forces etrangeres- heureusement interchangeables. comme quoi l'alternance est la aussi conseillee !
Et voila ce qui reste du Liban , tel que REVE par les "peres" fondateurs .






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