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Moyen Orient et Monde

Merkel est dos au mur

Allemagne

La chancelière célèbre aujourd'hui le 12e anniversaire de sa première élection. Mais l'ambiance est tout sauf festive à Berlin, qui fait face à sa pire crise gouvernementale depuis 1949.

22/11/2017

« J'ai fait ce que j'ai pu. » Face aux caméras, Angela Merkel s'est montrée calme, sûre d'elle, même souriante. Interviewée avant-hier soir par la chaîne allemande ZDF, elle se voulait rassurante quant à la stabilité de la première économie d'Europe. Elle s'est pourtant retrouvée dans l'œil du cyclone politique qui balaye la scène politique allemande depuis deux jours, suite à l'échec de la formation d'une coalition. Les commentateurs annoncent déjà sa chute et l'extrême droite allemande se réjouit de l'instabilité qui pourrait en résulter. Sa démission n'est toutefois pas prévue : la chancelière continuera donc à diriger la République fédérale, malgré l'échec des négociations autour de la formation d'une coalition « Jamaïque », nommée ainsi d'après les couleurs des partis qui étaient censés la former.
Mal élue aux dernières législatives du 24 septembre dernier, avec à peine 32,9 % des voix, la chancelière devait trouver un moyen de faire cohabiter écologistes (Verts), libéraux (FDP) et chrétiens-démocrates (CDU-CSU) dans un même gouvernement. Peine perdue : Christian Lindner, chef du FDP, a claqué la porte des négociations avant-hier soir, alors qu'elles étaient sur le point d'aboutir. En cause, des dissensions trop fortes sur les réfugiés, les impôts et l'énergie. Mais aussi la prétendue absence de vision politique de Mme Merkel, qui, selon le chef des libéraux, « ne savait pas où elle allait ». Ainsi, « Mutti » (surnom affectueux donné à Mme Merkel) s'est retrouvée personnellement engagée dans la crise institutionnelle, qui résulte pourtant essentiellement de divergences programmatiques entre les Verts et les libéraux. Aujourd'hui, elle apparaît impuissante à sortir le pays de la crise politique qui le guette depuis deux mois.

La droite de Merkel, entre solidarité et impuissance
Le président de la République, le social-démocrate Frank-Walter Steinmeier, s'est mis en quête de réanimer une coalition. Mais, alors que le SPD de Martin Schulz (gauche) a refusé d'entrer au gouvernement, c'est l'hypothèse de la tenue de nouvelles élections, en début d'année 2018, qui est la plus probable. En attendant, les partis d'opposition se rejettent mutuellement la faute de la crise : les Verts dénoncent le « populisme » des libéraux, qui accusent les sociaux-démocrates « d'égoïsme électoral » et l'extrême droite (AfD) en profite pour souligner « l'échec » des conservateurs.
Angela Merkel, elle, est restée relativement épargnée par les critiques. « Au sein de l'Union, les chrétiens-démocrates de la CDU et les conservateurs bavarois de la CSU ont mis de côté leurs divergences et serrent les rangs autour de leur chancelière, par solidarité », explique Torsten Oppelland, professeur à l'Institut d'études politiques de l'université d'Iéna. « Et même en dehors de son parti, les critiques restent isolées. La plupart reconnaissent qu'elle a mené les négociations du mieux qu'elle le pouvait et saluent son leadership », souligne-t-il.

Le déclin du « miracle allemand » n'est pas acté
Pourtant, c'est bien elle qui apparaît comme la grande perdante de ce mélodrame politique. Mme Merkel est livrée au bon vouloir des autres partis. Qui l'eut cru ?
La chancelière, qui célébrera aujourd'hui le 12e anniversaire de sa première élection, a toujours représenté la stabilité, la force tranquille du « Wirtschaftswunder » (le « miracle économique » allemand), telle que cristallisée dans son expression culte, « Wir schaffen das » ( « on peut le faire » ). Mais c'est sous son mandat que la République fédérale affronte sa pire crise gouvernementale depuis sa genèse, en 1949. Car l'Allemagne ne paraît plus à l'abri des populismes et de l'instabilité. Aux dernières élections législatives, le parti d'extrême droite AfD a effectué une percée au Parlement, raflant 90 sièges sur 709.
Le système modéré représenté par Mme Merkel est-il à bout de souffle ? Ses jours à la chancellerie sont-ils comptés ? Pas si sûr, tempère Torsten Oppelland : « Bien entendu, elle est affaiblie. Son objectif (former une coalition et garantir la stabilité de l'Allemagne) n'a pas été atteint. Mais il est beaucoup trop tôt pour dire qu'elle est enterrée politiquement. Ceux qui affirment que son modèle de gouvernance est à bout de souffle exagèrent. Sa survie politique dépend des nouvelles élections. C'est seulement là qu'on pourra juger. » Car il est tout à fait possible pour Angela Merkel de remporter une victoire électorale en début d'année prochaine, si de nouvelles élections ont lieu. Tout dépend de comment sera menée la campagne. Le SPD (gauche) et le FDP (droite libérale) se sont peut-être tirés dans le pied en refusant de faire coalition : les électeurs allemands pourraient sanctionner l'instabilité que les deux partis ont créée de par leur intransigeance. Seuls les Verts sont exempts de critiques. L'AfD, de son côté, pourrait faire un carton, se posant comme le parti qui a défié Mme Merkel.
Néanmoins, les circonstances ne jouent pas en faveur de la chancelière. Selon un sondage YouGov publié en début de mois, un tiers des Allemands souhaitent son départ avant la fin de son mandat. Pire encore, 54 % ne souhaiteraient pas qu'elle se présente de nouveau à la chancellerie en cas de nouvelles élections, si l'on en croit un sondage T-Online et Civey publié avant-hier. Les prochaines semaines seront donc cruciales pour la chancelière. Pour la première fois, elle doit reconquérir la confiance des Allemands et de ses partenaires européens. Pour eux, elle représente la stabilité, la force tranquille. Mais, après douze ans de mandat, elle va devoir prouver qu'elle est encore capable de se réinventer en trouvant une sortie de crise.

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