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Moyen Orient et Monde

Guerre des médias entre Moscou et Washington

Russie

Berlin et Amnesty International dénoncent une décision russe de classer tout média international implanté en Russie comme « agent de l'étranger ».

16/11/2017

La décision de la Maison-Blanche de classer la chaîne d'information russe RT (anciennement Russia Today) comme « agent de l'étranger » sur le territoire américain a provoqué une riposte rapide du Kremlin. Des députés russes ont en effet voté hier une loi permettant de définir et de classer tout média international implanté en Russie comme « agent de l'étranger ». La chaîne RT et l'agence Sputnik, les deux grands médias russes, sont accusées par Washington de répandre la propagande du Kremlin aux États-Unis. La chaîne d'information russe a annoncé lundi s'être pliée aux exigences américaines et à la loi FARA (Foreign Agents Registration Act). Cette loi oblige toute entreprise représentant un pays ou une organisation étrangère à rendre des comptes aux autorités américaines concernant ses relations avec cet État ou cette institution sous peine de voir ses comptes bloqués et gelés.
De quoi enflammer un peu plus les relations entre les États-Unis et la Russie, et pousser le Kremlin à contre-attaquer. « Aucune atteinte à la liberté des médias russes à l'étranger ne peut rester sans réponse de Moscou », précise Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin. « C'est plutôt une action défensive de la part de la Russie », confirme à L'Orient-Le Jour Florent Parmentier, maître de conférences à Sciences-Po Paris, et spécialiste de la Russie.

CNN pourrait être visée
La décision, approuvée par la Douma (Chambre basse du Parlement russe) en deuxième et troisième lectures du projet de loi, doit être à présent validée par le Conseil de la Fédération (Chambre haute du Parlement) puis promulguée par Vladimir Poutine. Cette loi s'inscrit dans le prolongement d'une autre réglementation datant de 2012 et complétée en 2015 qui ne s'appliquait jusqu'alors qu'aux organisations non gouvernementales. Elle permet de qualifier d'« indésirables » certaines organisations étrangères actives en Russie. Celles-ci peuvent être interdites, qu'il s'agisse d'ONG, d'entreprises ou de fondations.
Dans le cadre de cette nouvelle loi, le ministère russe de la Justice pourra réaliser le listing des organisations ou entreprises qui devront s'inscrire sous l'appellation « agent de l'étranger ». Elle pourra s'appliquer à toute entité « qui distribue des messages imprimés, audio ou audiovisuels » si elle « reçoit de l'argent d'un gouvernement étranger, (...) d'organisations étrangères ou internationales, ou de citoyens étrangers ». Des médias américains, tels que Voice of America, Radio Free Europe/Radio Liberty ou CNN, et allemands, comme Deutsche Welle, pourraient être visés par cette nouvelle mesure. Radio Liberty a dans la foulée dénoncé cette nouvelle loi, et affirme être déjà sous une contrainte plus grande en Russie que RT ne l'est aux États-Unis. « Nous poursuivrons notre travail journalistique » afin de fournir des informations « objectives et honnêtes », a assuré la radio.
Les réactions internationales n'ont pas tardé à surgir. L'Allemagne a réagi de suite à l'annonce de cette loi prononcée par un pays membre du Conseil de l'Europe. « Nous considérons comme totalement inacceptable que les médias allemands et européens soient désormais concernés à la suite d'une controverse russo-américaine », affirme Steffen Seibert, porte-parole du gouvernement allemand. Amnesty International a également critiqué cette loi qui contribuerait, selon l'organisation, à limiter davantage la liberté d'expression en Russie. Cette loi « porte un sérieux coup à ce qui était déjà une situation désespérée pour la liberté de la presse en Russie », a dénoncé Denis Krivocheiev, directeur adjoint de l'ONG pour l'Europe et l'Asie centrale. « C'est une volonté de s'affirmer en tant qu'espace souverain. Le message des autorités est le suivant : en Russie, nous voulons avoir des informations russes », décrypte Florent Parmentier. « Toute chaîne d'information avec des financements étatiques est plus au moins ciblée », ajoute-t-il. Autrement dit, les autres sociétés européennes d'information implantées en Russie ne sont pas à l'abri de contrôles renforcés de la part des autorités.

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