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Liban

Démission collective devant l’histoire contemporaine du Liban

Éducation
Fady NOUN | OLJ
07/11/2017

L'histoire contemporaine du Liban n'est plus enseignée depuis 17 ans, et, dans certaines écoles publiques, son enseignement est même réprimé. L'accord de Taëf, devenu Constitution, prévoit « d'unifier le manuel d'histoire », mais trois tentatives pour remédier à cette lacune dans les programmes officiels (2000, 2004 et 2010) ont jusqu'à présent échoué. L'histoire du Liban, de ce fait, s'arrête à l'indépendance (1943).
Un nouvel effort est entrepris, en ce moment, par le Centre de recherche et de développement pédagogique (CRDP), pour y remédier. À cet effet, un congrès pédagogique vient de se tenir à l'hôtel Alexandre, à l'initiative de l'Institut de la citoyenneté relevant de la fondation Adyane, en présence du ministre de l'Éducation, Marwan Hamadé, et de la présidente de la commission parlementaire de l'Éducation, Bahia Hariri, pour tenter de tirer un trait sur ces échecs successifs et aller de l'avant.
En ouverture des travaux du congrès, la présidente du CRDP, Nada Oueyjane, et le secrétaire des écoles privées catholiques, le père Boutros Azar, ont exposé leurs problématiques respectives, ainsi que Mme Hariri, M. Hamadé, Nayla Tabbara pour Adyane et Dona McGowan au nom du British Council relevant le l'ambassade de Grande-Bretagne, source de financement du congrès. Des responsables des sections estudiantines de plusieurs partis (Forces libanaises, Kataëb, PSP, Futur et PSP), à l'exception de celui des Marada et du tandem chiite (Hezbollah et Amal), ont également partagé leurs points de vue sur la question.
De ces débats, un constat s'impose : l'état d'abandon, et presque de démission, qui entoure l'enseignement de l'histoire du Liban. C'est une matière secondaire à laquelle on fait l'aumône d'une heure par semaine, et dont la note n'est même pas portée sur le carnet, dans certaines écoles. Le personnel enseignant est à 25 % formé de non-spécialistes. Dans beaucoup d'écoles, certains enseignants ont imprimé leurs propres manuels, histoire d'arrondir leurs rentrées. Dans d'autres, cette matière est traitée avec des connotations religieuses, et les écoles qui les utilisent sont réfractaires à tout contrôle. C'est à croire qu'on laisse délibérément la mémoire des Libanais s'effacer, pensent certains.
Par ailleurs, dans un recensement effectué par le CRDP et Adyane auprès de 270 écoles publiques et privées, les élèves sont largement d'accord sur un point : la matière est ennuyeuse, son enseignement est dispensé par des méthodes faites d'exposés didactiques reposant sur la mémorisation, avec beaucoup trop de dates à retenir.

Pas de mémoire, pas d'avenir
« Les peuples qui n'ont pas de mémoire n'ont pas d'avenir », ont justement rappelé certains intervenants, qui soulignent l'importance de l'histoire dans la formation du sentiment d'allégeance à une patrie. De toutes les matières enseignées, l'histoire est la plus sensible, de toute évidence. Il ne s'agit pas en effet d'une matière académique, mais du réceptacle même d'une mémoire collective qui fonde l'unité d'une nation.
Mais comment écrire l'histoire contemporaine du Liban en évitant les pages « qui incitent à la haine »? s'est interrogée Bahia Hariri, en allusion aux épisodes sanglants, assassinats, massacres et meurtres, qui ponctuent l'histoire contemporaine. « L'histoire a été écrite avec le sang », a relevé M. Hamadé, qui sait de quoi il parle : il a lui-même failli être emporté dans un attentat à la voiture piégée en octobre 2004. « Est-ce que ce ne serait pas la diversité et sa gestion qui fondent l'unité ? » s'interroge Fadi Daou, qui a relevé le caractère dissuasif d'une écriture de l'histoire où l'on s'acharnerait à vouloir tout ou rien.

Approches nouvelles
L'un des volets de la conférence a été consacré à des approches nouvelles de l'enseignement de l'histoire. Se sont exprimés sur ce plan les promoteurs d'un « enseignement de l'histoire controversée », ainsi qu'une association de professeurs d'histoire, la Lebanese Association for History – LAF de Nayla Hamadé, et l'association de Lamia Hitti sur « la résistance civile non violente durant les années 1975-1990 ». Enfin, deux experts irlandais ont apporté leur contribution au débat et parlé des méthodes mises en avant en Irlande du Nord, pour surmonter les divisions et offrir aux élèves un même événement sous des éclairages divergents.
Une approche critique de l'histoire, une remise en contexte de la réalité historique, le respect des ambiguïtés qui marquent certains événements, la construction de données fiables, l'abandon des critères idéologiques ou politiques, l'ouverture d'esprit sur le fait qu'il n'y a probablement pas de vérités qui ne soient matière à débat sont autant de critères que le congrès a permis d'énoncer, sinon de développer. Mais le conseil le plus utile à se faire entendre au congrès est venu de l'un des invités irlandais : « Commencez par le moins controversé, et, surtout, n'essayez pas d'assigner à l'enseignement de l'histoire la tâche de résoudre les conflits. »

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N. Noon

On ne peut qu'applaudir cette initiative en espérant qu'elle se concrétise en des enseignements.

Ulivi Emanuela

"Io penso che la storia ti piace, come piaceva a me quando avevo la tua età, perché riguarda gli uomini viventi e tutto ciò che riguarda gli uomini, quanti più uomini è possibile, tutti gli uomini del mondo in quanto si uniscono
tra loro in società e lavorano e lottano e migliorano se stessi non può non piacerti più di ogni altra cosa." Antonio Gramsci, de la Lettre à son fils Delio.

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