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Moyen Orient et Monde

À Bahreïn, l’élimination de l’opposition parachevée

Contestation

L'arrêt des pressions américaines avec l'arrivée de Donald Trump a été interprété « comme un feu vert pour poursuivre la répression », dénonce Amnesty International.

02/11/2017

Manama ne semble pas prêt à mettre un frein à la répression contre l'opposition politique. Le leader du principal parti d'opposition chiite de Bahreïn, cheikh Ali Salmane, a été inculpé hier par le parquet de Manama pour « intelligence » avec le Qatar. Il est accusé d'avoir des liens avec « un pays étranger (...) en vue d'entreprendre des actions de subversion contre Bahreïn et de nuire à ses intérêts nationaux », rapporte le communiqué du parquet de Manama. Le leader de l'opposition chiite est par ailleurs aussi inculpé pour « avoir révélé des secrets de défense à un pays étranger et diffusé des informations de nature à nuire au statut et à la réputation de Bahreïn ».

Selon un enregistrement de 2011 diffusé par les autorités bahreïnies entre cheikh Ali Salmane et l'ancien Premier ministre du Qatar, cheikh Hamad ben Jassem al-Thani, ce dernier a tenu des propos favorables au mouvement de contestation bahreïni de l'époque.

Dix chiites ont également été condamnés hier à dix ans de prison à vie et ont été déchus de leur nationalité pour « complot terroriste » par un tribunal de Bahreïn. Lundi déjà, 19 individus ont aussi été condamnés pour « intelligence avec l'Iran » dans le but de renverser le régime.

La répression s'est intensifiée dans le petit royaume depuis le soulèvement en février 2011 dit « printemps de la Perle », en référence au rond-point de la Perle où se réunissaient les manifestants pendant la vague des mouvements du printemps arabe.

À l'ombre d'un système de monarchie constitutionnelle héréditaire, l'État est dirigé par la famille sunnite des Khalifa, bien que la population musulmane y soit majoritairement chiite, s'élevant à 65 %. Les protestataires dénonçaient notamment les actes discriminatoires à l'égard de la communauté chiite. Les manifestations ont été matées par le régime avec l'aide des forces envoyées par l'Arabie saoudite. Des tentatives de réconciliation nationale ont cependant eu lieu, mais en vain.

 

(Lire aussi : Lourdes peines pour des chiites accusés d'intelligence avec l'Iran)

 

« Ingérence de l'Iran »
Déjà en juillet 2016, le parti dirigé par cheikh Ali Salmane, al-Wefaq, a été dissous en appel par le tribunal administratif de Bahreïn. Selon la cour, le parti est « allé dans son action politique jusqu'à inciter à la violence et encourager les manifestations et les sit-in qui sont de nature à provoquer une discorde confessionnelle dans le pays ». La décision précise par ailleurs qu'al-Wefaq « n'a cessé aussi de critiquer des institutions de l'État ». Cheikh Ali Salmane a été arrêté par les autorités en décembre 2014 et avait déjà écopé de neuf ans de prison.

Et pas plus tard que la semaine dernière, la dissolution du mouvement Action nationale démocratique (Waad) et allié d'al-Wefaq a également été confirmée par la Cour de cassation de Bahreïn. La cour accuse notamment ce parti libéral d'avoir qualifié les trois auteurs ayant tué des officiers de police de « martyrs » suite à leur exécution en janvier, violant ainsi le droit des associations politiques. Parmi les griefs, le mouvement politique est accusé de « plaider en faveur de la violence, de soutenir le terrorisme et d'inciter à l'encouragement de crimes ». Il lui est également reproché des liens trop étroits avec le mouvement al-Wefaq.

Le dignitaire chiite Issa Qassim, plus haute autorité spirituelle chiite du pays, a par ailleurs été déchu de sa nationalité en 2016 à la demande du ministère de l'Intérieur, l'accusant de créer une atmosphère « extrémiste » pour diviser la société bahreïnie.
La répression du régime qui dénonce régulièrement des « ingérences de l'Iran » ne vise cependant pas uniquement la communauté chiite. Le leader sunnite du Waad, Ibrahim Charif, a été emprisonné en 2016, accusé « d'inciter à la haine » par ses propos déplorant, entre autres, le manque de démocratie dans le pays.

En mai, Amnesty International dénonçait « l'interdiction des principaux partis politiques d'opposition ». « Bahreïn se dirige vers une répression totale des droits humains », déclarait Lynn Maalouf, directrice des recherches au bureau régional d'Amnesty International à Beyrouth, avant de qualifier les accusations contre Waad d'être « sans fondements et absurdes ». « La dissolution de Waad est une attaque flagrante contre la liberté d'expression et d'association. Cela montre encore une fois que les autorités n'ont aucunement l'intention de tenir leurs promesses de progrès en matière de droits humains », avait-elle poursuivi dans un communiqué de l'organisation.

 

(Lire aussi : Bahreïn veut geler l'adhésion du Qatar au Conseil de coopération du Golfe)

 

« Étouffer la société civile »
« Le choix de la justice bahreïnie de confirmer la dissolution du Waad n'est pas une surprise », explique Claire Beaugrand, chercheuse sur le Golfe à l'université d'Exeter en Angleterre, contactée par L'Orient-Le Jour. « La décision de la cour était très attendue, c'est un démantèlement symbolique de tout ce que le roi Hamed ben Issa al-Khalifa avait entrepris dans les années 2000 » pour réformer et démocratiser le pays, souligne-t-elle. Selon l'experte, « il n'y a désormais plus d'opposition politique comme à l'époque, c'est une page qui se tourne ». « Une opposition bahreïnie subsiste dans la diaspora, mais elle est trop petite pour peser désormais », poursuit-elle.

« Pendant des années, les autorités bahreïnies ont étouffé la société civile bahreïnienne, mais en 2016 elles ont manifesté leur intention de couper complètement l'oxygène », a déclaré à cette occasion Joe Stork, directeur adjoint de la division Moyen-Orient de Human Rights Watch dans un communiqué. « La stabilité à long terme de Bahreïn dépend d'un processus de réforme politique qui respecte mieux les droits humains fondamentaux qui sont au cœur de la société, mais pour l'heure c'est malheureusement l'inverse qui se produit », a-t-il déploré.

Le manque de réactions internationales face à la répression dans le pays a par ailleurs été dénoncé à plusieurs reprises par des organisations internationales. « En mars 2017, le président Trump a déclaré au roi Hamad de Bahreïn : "Il n'y aura pas de pression avec cette administration." Bahreïn semble avoir interprété cette déclaration comme un feu vert pour poursuivre la répression », observait Amnesty International. Bien que la petite monarchie abrite la Ve flotte américaine, Barack Obama avait gelé la vente de chasseurs F-16, considérant que Manama n'avait pas fait assez de progrès en matière de droits de l'homme. Mais l'administration Trump est revenue sur cette condition pour faciliter la vente qui a été approuvée par le département d'État américain en septembre.

 

Pour mémoire

La dissolution du mouvement libéral Waad confirmée

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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

CE N,ETAIT PAS UNE OPPOSITION POLITIQUE MAIS UNE CINQUIEME COLONNE IRANIENNE POUR FOUTRE L,INSECURITE DANS LE ROYAUME... BIEN FAIT !

Talaat Dominique

bizarre toujours des critiques sur l'Iran
mais grand silence sur les répressions contre les chiites dans les pays sunnites !!!
lâcheté , $$$$$, aveuglement idiot

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