Le gouverneur de la Banque du Liban, Riad Salamé, lors d’une interview accordée à l’agence Reuters au siège de la BDL, le 24 octobre 2017. Jamal Saidi/Reuters
Le gouverneur de la Banque du Liban, Riad Salamé, a confirmé hier à l'agence Reuters que la BDL mène depuis juin trois opérations financières, toujours en cours, afin de maintenir un haut niveau de réserves en dollars. « Ces opérations ont contribué à augmenter les réserves en devises de la Banque centrale, qui atteignent actuellement 44,3 milliards de dollars. Il s'agit donc du plus haut record », s'est réjoui M. Salamé, sans préciser de combien ces réserves ont augmenté grâce à ses opérations. Il a néanmoins indiqué que les réserves en devises étaient de 40 milliards de dollars au début de l'année. « Si le Liban réussit à amorcer une baisse de son déficit public, la Banque centrale n'aura plus besoin de ce type d'opérations non conventionnelles », a estimé le gouverneur de la BDL.
M. Salamé a affirmé que les trois opérations financières en cours étaient « complètement différentes » de l'ingénierie financière menée l'année dernière par la BDL. La première opération consiste en un swap de bons du Trésor ayant une maturité de court terme contre des bons du Trésor de moyen terme. « Cette opération a été encouragée par une différence d'un point de pourcentage de plus par rapport à la courbe de rendement », a expliqué le gouverneur de la BDL. « La deuxième opération concerne des opportunités pour les banques d'effectuer des dépôts de court ou de moyen terme à la BDL avec un demi-point de pourcentage de plus par rapport à la courbe de rendement », a-t-il poursuivi. « Enfin, la troisième opération propose aux banques d'obtenir, en contrepartie de dépôts de long terme en dollars à la BDL, des crédits en livres libanaises avec des taux d'intérêt de 2 %, devant être investis dans des instruments financiers libanais », a ajouté M. Salamé.
Critiques
Le gouverneur de la BDL est également revenu, au cours de cette interview, sur les récentes critiques formulées à l'encontre de la politique monétaire menée par la BDL. Le mois dernier, la Banque centrale avait publié une longue réponse à un article académique de l'économiste Toufic Gaspard, dans lequel ce dernier mettait en garde contre le risque d'une crise financière. La semaine dernière, le député et vice-président des Forces libanaises Georges Adwan s'étonnait, lors d'une brève intervention au Parlement, de la faiblesse des bénéfices de la BDL par rapport aux revenus générés par ses bons du Trésor, avant de dénoncer une absence de « contrôle et de reddition des comptes » sur la politique monétaire. Le gouverneur de la BDL avait répondu que les comptes de la Banque centrale sont régulièrement envoyés au ministre des Finances et audités par des cabinets indépendants. « Nous ne connaissons pas les objectifs de ces campagnes contre la stabilité monétaire qui ont commencé il y a plus d'un an. (...) Nous pouvons néanmoins constater qu'elles n'ont pas affecté la confiance puisque les dépôts continuent de croître, que la balance des paiements s'améliore par rapport à 2015 et que les taux d'intérêt n'ont pas augmenté », a commenté M. Salamé.
Par ailleurs, M. Salamé a estimé que la croissance du PIB en 2017 sera de 2,5 %. Selon les statistiques de la Banque centrale, les prix de l'immobilier « ont peut-être baissé de 10 % » par rapport à l'an dernier, a-t-il confié, avant d'ajouter qu'il ne s'attend pas à voir les prix de l'immobilier augmenter prochainement. Néanmoins, M. Salamé a considéré que le Liban a connu « une bonne saison touristique, qui a permis d'augmenter la consommation et les importations ». Enfin, le gouverneur de la BDL est revenu sur l'adoption, la semaine dernière au Parlement, du premier budget depuis onze ans. « Une nouvelle discipline est en place, les marchés attendent maintenant de voir si le budget prévisionnel de 2018 comportera des mesures ayant pour objectif une réduction du déficit public », a-t-il prévenu.
K. O.


Dans l'union européenne se sont les banques qui font du bon business et la banque centrale qui les nourri; au Liban c'est banque centrale qui doit le faire pour nourrir un état déficitaire.
12 h 37, le 26 octobre 2017