Samir Geagea et son épouse, à l’entrée de l’évêché maronite à Sydney. Photo ANI
« Nous ne pouvons pas être avec la démocratie en Occident et la dictature en Orient », a lancé hier le chef des Forces libanaises, Samir Geagea, en visite à Sydney (Australie). Accompagné de son épouse, Sethrida, députée de Bécharré, le chef des FL s'exprimait au cours d'un déjeuner donné en son honneur par l'évêque maronite d'Australie, Mgr Antoine Charbel Torbey.
« Il est de mode de dire en Orient, et même au Liban, que les chrétiens du Machrek doivent rester à l'écart du conflit sunnito-chiite dans la région, a dit M. Geagea. Je ne suis pas de cet avis. Certes, il y a une dimension sunnito-chiite à ce qui se passe en Orient, mais il est beaucoup d'autres dimensions qu'il faut également considérer. Si les chrétiens d'Orient restent passifs et ne prennent pas position, c'est leur présence même qu'ils mettent en péril. »
« La théorie de l'alliance des minorités est fausse », a ajouté M. Geagea, adjurant les chrétiens du Machrek à prendre position à l'égard de ce qui se passe dans leur région, « ne serait-ce que du point de vue éthique ou par principe. C'est une grave erreur que de croire que nous nous mettons à l'abri, en nous recroquevillant dans notre coquille. Certes, il est possible que nous ayons à payer le prix des positions que nous prendrons, mais il n'y a pas d'autre voie pour préserver notre présence », a dit le leader des FL. « Nous n'avons besoin de personne pour nous protéger, a enchaîné le chef des Forces libanaises. N'attendons pas d'un dictateur ou d'un régime injuste de nous protéger. À quoi bon vivre si notre vie n'est pas mise au service de la liberté, de la démocratie, des droits de l'homme, du développement d'une société qui accueille ces valeurs (...) ? Nous ne pouvons pas être avec la démocratie en Occident et avec la dictature en Orient. Ou nous sommes en démocratie ou pas. »
Par ailleurs, abordant le thème des déplacés syriens, M. Geagea a affirmé que le Liban ne pouvait pas ne pas accueillir les déplacés syriens, en 2011, au début du conflit en Syrie, mais que sept ans plus tard « les choses ont changé » et que « des facteurs sécuritaires, sociaux et démographiques » ont commencé à revêtir une plus grande importance.
« La tension est en train de croître entre le peuple libanais tout entier, chrétien et musulman, et entre les déplacés, indépendamment du bord politique auquel on appartient », a conclu sur ce point M. Geagea. Et de préconiser le retour des déplacés syriens dans les régions pacifiées en Syrie où « ils seront plus proches de leurs villes et villages d'origine ».
Enfin, revenant sur le thème du vivre ensemble et de la démocratie, et sans ouvertement parler du Hezbollah et de ses armes, M. Geagea a redit l'ambiguïté qui pèse aujourd'hui sur la notion d'État au Liban. « Il n'existe pas de demi-État, ou de quart d'État, a-t-il martelé. Ou l'État existe, ou il n'existe pas, et pour qu'il y ait un État, il faut que la décision stratégique lui appartienne et qu'il ait l'exclusivité de l'usage de la force armée ; hélas, l'État libanais est privé aujourd'hui de ces deux attributs essentiels. »

