Jalal Talabani, le premier président kurde d’Irak, le 23 septembre 2011 à la tribune des Nations unies. Stan Honda/AFP
L'ancien président irakien et combattant kurde Jalal Talabani est décédé hier, a indiqué son parti, l'Union patriotique du Kurdistan (UPK). « Notre chef est décédé en Allemagne », a dit l'un des responsables du parti. Affaibli par la maladie depuis plusieurs années, le vétéran de la lutte kurde est mort à l'âge de 83 ans. Selon un membre de sa famille, son état s'étant aggravé, il avait été transporté en Allemagne avant le référendum sur l'indépendance du Kurdistan, le 25 septembre.
Talabani, premier président kurde de l'Irak, a occupé ce poste entre 2005 et 2014. « Hommage au dirigeant et président Talabani, le seul président dont la mort rend tristes les Arabes, les Kurdes et toutes les autres ethnies », a affirmé Zana Saïd, député de l'UPK. « Nous prions Dieu pour que sa mort soit un facteur qui aide au retour à de (bonnes) relations entre les frères irakiens », a-t-il ajouté.
« Oncle Jalal », comme l'appelaient ses sympathisants, avait adhéré au Parti démocratique du Kurdistan (PDK, fondé en 1946) et combattu pendant la première grande révolte kurde de 1961. En 1975, il avait fondé l'Union patriotique du Kurdistan (UPK) et était un redoutable rival politique de Massoud Barzani, l'actuel président du Kurdistan irakien. Il avait également été l'ennemi juré de l'ancien président Saddam Hussein, qui avait opprimé les Kurdes pendant des décennies. Ainsi, négociateur habile et politicien aguerri par de longues années de lutte pour la cause kurde, Talabani avait consacré une grande partie de sa vie à lutter contre l'État irakien avant d'en devenir le président et une personnalité respectée. Il s'était, en effet, taillé une solide réputation d'homme de paix, pour avoir tenté de réduire les divisions entre les différentes communautés du pays, entre chiites et sunnites et entre Arabes et Kurdes.
Rivalités internes
Ayant cultivé, au cours de sa longue carrière politique, de bonnes relations à la fois avec les États-Unis et l'Iran, M. Talabani n'a en outre jamais eu peur de prendre des risques et d'établir des alliances peu orthodoxes.
C'est par admiration pour la figure tutélaire du combat nationaliste kurde Moustapha Barzani, le père de Massoud, que le jeune Talabani s'engage en politique. Né le 12 novembre 1933 à Kalkan, un village de montagne, il rejoint les rangs du PDK, la formation historique des Kurdes d'Irak, quelques années après sa création. En 1961 donc, il prend part à la première grande révolte kurde mais ne digère pas le fait que son modèle, Barzani père, signe trois ans plus tard un accord de paix avec Bagdad qui ne mentionne pas l'autonomie du Kurdistan. Avec d'autres membres du PDK, il entre alors en dissidence et part pour l'Iran. Ainsi, en 1975, il fonde l'UPK, qui devient le grand rival du PDK dont a hérité Massoud Barzani.
Quand éclate une nouvelle révolte kurde, durement réprimée par Saddam Hussein en 1988, UPK et PDK se rapprochent toutefois et s'opposent ensemble au dictateur, ennemi juré du peuple kurde. Après la guerre du Golfe en 1991, une intervention étrangère stoppe une offensive de l'armée irakienne qui venait de pousser des centaines de milliers de Kurdes irakiens à l'exil. La mise en place d'une zone d'exclusion aérienne permet alors aux Kurdes d'instaurer peu à peu un gouvernement autonome, mais les luttes intestines ressurgissent. En 1993, les déchirements entre l'UPK et le PDK dégénèrent en conflit armé. Après un cessez-le-feu (1996) et un accord de paix (1998), le véritable rapprochement intervient en 2002, alors que l'invasion de l'Irak par les États-Unis semble inévitable.
Ennuis de santé
Puis à la chute de Saddam Hussein, en 2003, Talabani et Barzani enterrent la hache de guerre et font même liste commune pour les législatives de janvier 2005. Trois mois plus tard, Talabani est désigné président de la République, devenant le premier Kurde à assumer ce poste essentiellement protocolaire. Il est ensuite élu en 2006 et réélu en 2010.
Doté d'un solide sens de l'humour que reflétaient des yeux malicieux et d'une personnalité joviale, Talabani, marié et père de deux enfants, avait la réputation d'être un bon vivant, mais des ennuis de santé ont marqué la fin de sa carrière. En 2008, il avait été opéré du cœur avec succès aux États-Unis. Et en décembre 2012, il avait dû quitter son pays pour se faire soigner en Allemagne après une attaque cérébrale. De retour dans son pays, en juillet 2014, il n'avait pas pu jouer un rôle dans la crise que vivait l'Irak, complètement désorganisé par l'offensive fulgurante du groupe État islamique.
Source : AFP

