Samy Gemayel stigmatise « un comportement mafieux » du pouvoir. Le chef des Kataëb crie au scandale dans l'affaire des cartes magnétiques et de l'électricité (L'OLJ).
Le chef des Kataëb crie dans le désert. Rien qu'à entendre un fragment de sa conférence de presse, l'envie nous prend de vomir sans passer par la nausée. Du paquet pourri de dossiers ouverts au public, chacun devrait être, à lui seul, un motif de révolte populaire, voire de révolution. Mais il n'en est – et n'en sera – rien.
Car il crie dans le désert, cheikh Samy. Mais dans quel désert crie-t-il au juste ? Il crie dans notre désert.
Il crie dans notre désert traversé de caravaniers corrompus qui passent en nous faisant un pied de nez ou un doigt d'honneur, confortés par notre statut de spectateurs impuissants.
Il crie dans le désert de la perfidie journalistique, dont les porte-plumes et porte-micros sont, pour la plupart, à la solde du parti ou du « parrain » qui contrôle le média ou l'organe de presse.
Il crie dans le désert de l'insouciance et de l'inconscience civiles, dans le néant d'un coma collectif, dans ce qui fut un peuple et qui n'est plus que foules disparates, rattachées comme des montures à leurs seigneurs respectifs et (peu) respectables. Car pour moins que cela un peuple se réveille.
Il crie dans le désert des campus universitaires, bondés de cette nouvelle génération de fils et filles à papa gnangnan, affalés sur le gazon, à fumer et jeter les mégots par terre, à s'envoyer des WhatsApp en vue de s'envoyer en l'air, à se prendre en selfie, à rire comme des baleines dans une mer polluée... Seuls ceux et celles qui sont embrigadés par les partis politiques au pouvoir répondront au signal des naufrageurs de notre République, mais très peu à l'appel d'un Samy Gemayel qui crie dans le désert d'une vie étudiante sans vie, sans cause, sans saveur, sans esprit, sans véritable avenir finalement.
Il crie dans le désert d'une citoyenneté vidée de sa nationalité, de son identité, de sa vocation, de son rôle revendicatif, de son sens, dépouillée de sa dignité, réduite en lambeaux, que l'on piétine à qui mieux mieux. Une citoyenneté amorphe, qui ne ressent pas l'insulte, et si elle la ressent, l'endort par la morphine du divertissement, du bon passe-temps, en attendant que le temps passe et qu'on trépasse...
Il crie dans le désert d'une « société civile » composée d'ONG et de collectifs à responsabilité limitée et à ambition illimitée, dont la cause la plus sacrée est la course au financement et à la visibilité dans un esprit (malsain) de compétitivité. Au service de leur cause plus que de la cause.
Il crie dans le désert d'une « société partisane », à la remorque aveugle des partis politiques confessionnels, vouée corps et âme ou « âme et sang » à la figure du chef qui fait l'objet d'un culte de la personnalité, et même de la divinité puisque « l'homme est un dieu pour l'homme », en plus d'être « un loup pour l'homme » (Hobbes). Une « société partisane » dépourvue de discernement, qui suit son « berger » là où il va, où qu'il aille, tels les moutons de Panurge. Qu'il aille dans le bon sens ou à contresens, tout est bon venant de lui. On lui reste fidèle, comme le chien envers son maître.
Il est la voix de celui qui crie dans le désert, le cher Samy, jusqu'à son extinction. Une voix qui ne trouvera pas d'écho chez les sans-voix et sans-souci, ce qui fait la joie des sans foi ni loi. Une voix qui n'est sûrement pas le porte-parole de cette majorité dite silencieuse (car qui ne dit mot consent), mais d'une minorité esseulée, infortunée, malheureuse, réduite en une peau de chagrin, qu'on finira par écorcher vive et dont la peau chagrine ne sera même pas bonne à vendre à un tanneur.

