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Moyen Orient et Monde

Kurdistan irakien : le référendum, étape décisive du vieux rêve d’indépendance

Repère
Julie KEBBI | OLJ
25/09/2017

« Maintenant le référendum n'est plus entre mes mains ni entre celles des partis, il est entre les vôtres. » Jusqu'au bout, le président du Kurdistan irakien, Massoud Barzani, a farouchement défendu la tenue du vote qui doit avoir lieu aujourd'hui. Depuis l'annonce le 7 juin de l'organisation de la consultation pour l'indépendance kurde, M. Barzani refuse de céder à ses détracteurs. Si en coulisses on rapporte que nombreux sont ceux qui ont essayé de faire annuler le référendum, le président kurde n'a pas fléchi.

Il faut dire que le rêve d'indépendance ne date pas d'hier. Les débuts du rêve kurde dans cette région montagneuse remontent à 1920 lors du démantèlement de l'Empire ottoman par les Alliés, au lendemain de la Première Guerre mondiale. Le traité de Sèvres prévoit alors la création du Kurdistan, sur des parties de territoire turc et de la province de Mossoul. Mais l'arrivée au pouvoir de Mustafa Kemal bouleverse le plan des Alliés. Le 24 juillet 1923, la signature du traité de Lausanne consacre le partage du Kurdistan entre la Turquie et l'Iran. Le peuple kurde se retrouve alors éparpillé à travers quatre pays : l'Irak, la Syrie, l'Iran et la Turquie. Débute alors une marginalisation des Kurdes par les gouvernements de la région. Face aux révoltes kurdes, l'Iran, l'Irak et la Turquie signent le traité de Saad Abad en juillet 1937 pour une coopération dans la lutte contre « les bandes armées », soit les minorités kurdes.

 

(Lire aussi : « Notre droit » ou « un enfer » ? Au Kurdistan irakien, la question de l’indépendance ne fait pas l’unanimité)

 

Alliances et divorces
En Irak, la résistance se met en place quelques années plus tard. Le Parti démocratique du Kurdistan (PDK), dédié à la cause kurde, est créé en 1946 par Moustapha Barzani (le père de Massoud). Après quelques années d'exil, Barzani et les peshmergas (combattants kurdes) rentrent en Irak avec l'abolition de la monarchie par le coup d'État mené par le communiste Abdel Karim Kassem qui instaure la République. Le général Kassem et Moustapha Barzani se rapprochent. La Constitution provisoire du 27 juillet 1958 garantit des droits aux Kurdes dans « l'entité irakienne » (article 3). Mais avec la montée du discours nationaliste arabe, les rapports entre Kassem et Barzani se détériorent. Une rébellion kurde est à nouveau lancée. Le conflit s'achève avec l'accession au pouvoir, en 1968, du parti Baas, qui cherche à donner plus de libertés aux Kurdes. Le kurde devient notamment la deuxième langue officielle en 1970.

Pourtant, le conflit entre les Kurdes et le gouvernement central reprend après le refus de Bagdad de reconnaître l'appartenance au Kurdistan des régions pétrolifères à cheval, à l'instar de la ville de Kirkouk, malgré ses promesses. Vers la fin des années 1970, des politiques d'arabisation des régions kurdes en Irak sont lancées. Les populations kurdes sont déplacées de force pour renverser l'équilibre démographique. L'implantation de populations arabes dans les régions kurdes est encouragée par le gouvernement. La riche province pétrolière de Kirkouk et la région agricole de Khanaqin sont notamment visées. L'accession de Saddam Hussein à la présidence en 1979 renforce cette politique. L'opération Anfal est lancée en mars 1988. L'armée irakienne lâche des bombes chimiques sur la ville kurde de Halabja, tuant près de 5 000 personnes. Encore aujourd'hui, les Kurdes irakiens demandent que ce massacre soit qualifié de « génocide ».

 

(Lire aussi : Un irréductible village chrétien en révolte contre le Kurdistan « dictatorial »)

 

Autonomie de fait
Après la défaite cuisante de Saddam Hussein au Koweït en 1991, les Kurdes d'Irak se révoltent dans l'espoir de renverser le régime affaibli. Mais ils sont lourdement réprimés par le gouvernement de Bagdad. La communauté internationale décide alors d'intervenir. Le 5 avril 1991, la résolution 688 de l'ONU condamne l'Irak pour sa répression à l'égard des Kurdes. Face à l'exode des Kurdes vers les pays voisins, l'opération militaire Provide Comfort est lancée sous la houlette des États-Unis pour venir en aide aux réfugiés. Le Kurdistan irakien jouit alors d'une autonomie de fait, protégé par une zone d'exclusion aérienne imposée par les États-Unis, la France et le Royaume-Uni. Des élections libres sont organisées l'année suivante pour élire le président du Kurdistan irakien. Ni Barzani ni Jalal Talabani, son rival de l'Union patriotique du Kurdistan, ne remportent assez de voix. Le Kurdistan est alors géré par un Conseil composé de quatre membres du PDK et de l'UPK.
En 2005, Massoud Barzani est élu à la présidence de la région autonome tandis que Jalal Talabani accède à la présidence de la République irakienne, un poste honorifique. L'autonomie de fait du Kurdistan irakien est par ailleurs inscrite dans la Constitution irakienne cette même année.

Alors que le problème kurde est mis de côté pendant quelques années, les peshmergas deviennent des acteurs à part entière de la lutte contre l'État islamique en 2014, aux côtés de la coalition internationale. Ils reprennent notamment la ville de Kirkouk que l'armée irakienne avait désertée. Cela leur permet de reprendre des lieux-clés dans la région et de remettre sur le devant de la scène leurs ambitions indépendantistes, sur lesquelles ils devront se prononcer aujourd'hui, près d'un siècle après le traité de Sèvres.

 

 

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