Campus

« Dans un bus, on peut se détendre, être plus productif et plus écolo... »

Rencontre

Éliesh Sahyoun, jeune enseignant universitaire, mobilise ses étudiants autour des transports en commun au Liban et les pousse à s'impliquer. 

09/09/2017

Décontracté, les cheveux touffus, très expressif, Éliesh Sahyoun, enseignant universitaire, fondateur de l'Organisation de développement durable (ODDD) et consultant en la matière, place le thème du développement durable et plus particulièrement celui du transport public au centre de ses cours. « Très vite, je me suis rendu compte de l'absence de transports publics structurés au Liban. Les bus sont gérés par des compagnies privées, sauf deux lignes, et le code du transport établi il y a deux ans n'a pas vraiment fonctionné », confie-t-il. Le jeune enseignant qui se considère citoyen du monde, « contre toute forme de racisme », souligne l'importance du transport en commun : « Dans un bus, on peut lire, se détendre, arriver à l'aise au travail, être plus productif, éviter le stress de la conduite, épargner sa santé, être plus écolo et avoir une meilleure qualité de vie... » Et de rappeler : « Un bon réseau de transport public sert toutes les couches sociales. »
Le jeune activiste et ses étudiants organisent ainsi des expositions avec des infographies dans Beyrouth et des débats dans les cafés pour sensibiliser les gens. « Nous avons aussi construit à partir de déchets et de produits de recyclage deux arrêts de bus que nous avons installés l'un à Antélias en face de l'église Saint-Élie, et l'autre à Nahr el-Mott près du supermarché Fahd, qui fut refusé par le centre commercial, précise Éliesh. Nous avons doté l'arrêt d'Antélias d'un espace public accessible à tous, y compris aux personnes ayant des handicaps, et d'un emplacement de stationnement pour vélos. Une sorte de projection dans l'avenir dans l'espoir que ce modèle serait suivi. » Malheureusement, à sa grande déception, cet arrêt de bus qui a fonctionné durant trois ans vient d'être démantelé.

Impliquer les jeunes
Éliesh Sahyoun a également investi ses étudiants dans un projet plus vaste, au niveau de la ville historique de Byblos en pleine expansion, « pour l'aider à se développer de manière durable et éviter qu'elle ne devienne ingérable comme Beyrouth ». Après avoir obtenu l'accord de la municipalité, le jeune enseignant forme un groupe de travail d'une quarantaine de jeunes de la ville, des étudiants de la LAU Byblos et des scouts. « Si on peut changer une ville, les autres, par mimétisme, voudront suivre l'exemple », se dit-il.
Durant un an et demi, il s'implique dans ce projet avec son équipe, commençant par une étude de l'infrastructure de la ville. « Notre premier objectif, dit-il, fut d'établir une stratégie à court terme en vue d'éviter les embouteillages durant la saison d'été et des festivals. À long terme, nous voulions optimiser le transport public à l'intérieur de la ville et le connecter aux différents villages environnants. »
Par ailleurs, Éliesh Sahyoun organise un workshop de trois jours à la LAU (Byblos), invitant six villes résilientes : Curitiba (Brésil), Boston (États-Unis), Amman (Jordanie), Nicosie (Chypre), Masdar City (Émirats arabes unis) et Udine (Italie), à venir parler de leur expérience et de la stratégie adoptée pour transformer leur ville de manière durable, et motiver Byblos (elle-même une ville résiliente) à aller de l'avant.
« Nous avons même installé une ligne de bus gratuite pour ce workshop allant du centre de Byblos à la LAU, mais peu de gens l'ont empruntée », regrette-t-il. L'enseignant écolo déplore surtout le fait que la municipalité de Byblos n'ait pas témoigné le désir d'adopter la stratégie globale proposée, se contentant d'appliquer le plan pour la saison d'été.

« Confiance » en l'avenir
Chargé de cours durant trois ans à l'USEK, Éliesh Sahyoun donne aujourd'hui des cours sur le développement durable à la NDU et à l'ALBA. Le projet de Byblos étant gelé, il décide de créer, avec l'appui de l'Unesco, un atelier dans les écoles publiques puis privées afin d'expliquer aux jeunes l'importance et l'intérêt du développement durable.
Il avait d'ailleurs organisé un atelier de travail régional sur le même thème au mois d'août qui a réuni 42 jeunes du monde arabe, et, six mois auparavant, un atelier local avec 24 jeunes Libanais. Ces derniers seront appelés à intervenir dans les écoles sur différents sujets dont le genre, la permaculture... « Dans les écoles publiques de la région de Byblos, on va cibler les transports publics et mettre en relief ses avantages. En premier la réduction des embouteillages. Car le fait d'optimiser les routes ne résoudra pas ce problème récurent », souligne-t-il.
Y a-t-il espoir pour l'avenir ? « C'est un changement à long terme, dit-il. Le projet doit être fait à l'échelle nationale. L'État doit s'y investir à fond, loin des calculs politiques. L'importance des transports publics doit s'ancrer dans les mentalités, et pour cela il faut optimiser déjà les transports en commun existants. » Son message aux responsables ? « Eux qui ont fait des études, voyagé ou vécu à l'étranger devraient s'employer à valoriser la vie des citoyens à tous les niveaux. »
Et de conclure : « J'ai confiance en l'avenir. Pour moi, les cours sont une façon de transmettre les messages que je fais d'ailleurs passer aussi à travers des performances artistiques présentées dans des espaces publics. Les étudiants doivent s'impliquer, ne pas attendre que l'État se manifeste, prendre les devants pour pousser les responsables à agir. Occuper les transports en commun (existants) pour créer un courant positif. Adopter le covoiturage, utiliser le vélo, marcher dans la ville... On pourrait aussi maintenir les petits taxis services utiles dans les ruelles des villes. L'essentiel est qu'il faut commencer par un vrai changement de soi. »

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