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Moyen Orient et Monde

Les pèlerins iraniens de retour à La Mecque

Éclairage

Après le règlement d'une série de problèmes logistiques, dus à la rupture des relations diplomatiques entre Téhéran et Riyad, les fidèles affluent en masse pour le hajj.

OLJ
30/08/2017

Des dizaines de milliers d'Iraniens sont déjà arrivés en Arabie saoudite pour le grand pèlerinage musulman du hajj, alors que Téhéran et Riyad sont toujours en froid et n'ont pas rétabli leurs relations diplomatiques.
En 2016, les pèlerins iraniens– en moyenne 60 000 tous les ans – n'avaient pas été autorisés à participer au pèlerinage de La Mecque, une première en près de trois décennies. Ils faisaient les frais de la rupture des relations diplomatiques entre leur pays et Riyad après le saccage de l'ambassade saoudienne à Téhéran par une foule qui réagissait à l'exécution dans le royaume wahhabite d'un dignitaire religieux chiite. Mais les tensions entre les deux pays avaient déjà éclos en 2015, après une immense bousculade au hajj qui a coûté la vie à près de 2 300 fidèles, dont 464 Iraniens. Finalement, en mars dernier, l'Arabie saoudite a annoncé que les Iraniens pourraient participer au pèlerinage de 2017, qui débute fin août.
Les deux puissances régionales rivales ont dû régler une série de problèmes, notamment parce que l'Arabie saoudite ne dispose plus de consulats en Iran pour la délivrance des visas, mais aussi à cause de l'interdiction par Riyad des liaisons aériennes avec l'Iran. Après plusieurs mois de négociations, les vols ont été autorisés entre les deux pays pour le pèlerinage, et la délivrance des visas s'est faite par internet. Ainsi, Riyad a autorisé les vols d'Iran Air et permis qu'une partie des pèlerins iraniens soient transportés par les avions de la compagnie saoudienne d'aviation. Des consulats iraniens temporaires ont également été rétablis en Arabie saoudite pour le pèlerinage.

Bracelets électroniques
« Il est très difficile de décrire mes sentiments. Je suis heureux de voir tellement d'Iraniens ici », a témoigné Abbas Ali, un Iranien de 54 ans, à l'aéroport de Djeddah. « Les problèmes politiques ne devraient pas interférer dans une obligation religieuse comme le hajj (...), parce que nous sommes tous musulmans » finalement, a-t-il affirmé.
Selon les autorités iraniennes, plus de 86 000 pèlerins iraniens participent au hajj cette année. Téhéran a en outre accepté que ses pèlerins portent des bracelets électroniques pour être identifiés en cas d'accidents. Fabriqués en Iran, ces bracelets portent des informations sur l'identité des pèlerins et peuvent être connectés aux smartphones pour permettre d'avoir accès aux informations qui y sont enregistrées. Les journalistes de la télévision d'État iranienne IRIB insistent régulièrement sur la bonne organisation du pèlerinage et les bonnes conditions pour les pèlerins.
Les responsables iraniens de l'organisation du hajj ont, de leur côté, demandé aux pèlerins de ne pas « argumenter » avec les policiers saoudiens en cas de problèmes. « Nous avons tenté de séparer les relations entre les deux pays du pèlerinage. Quatorze questions importantes pour le pèlerinage (...) ont été réglées », avait déclaré il y a un mois Seyed-Reza Salehi Amiri, ancien ministre iranien de la Culture.
L'Iran a également accepté d'organiser une traditionnelle prière, accompagnée des slogans « mort à l'Amérique » et « mort à Israël » – très critiquée par les Saoudiens –, à l'intérieur des lieux de résidence et des hôtels des pèlerins iraniens pour « éviter des problèmes de sécurité », selon Ali Ghazi-Asghar, le représentant du guide suprême Ali Khamenei.

Amorce de normalisation ?
Plus de 1,8 million de fidèles ont pris part au hajj l'année dernière. Ce rituel est l'un des cinq piliers de l'islam que tout croyant musulman est appelé à effectuer au moins une fois durant sa vie, s'il en a les moyens.
Les relations entre l'Iran chiite et l'Arabie saoudite sunnite – les deux puissances régionales rivales – sont très tendues depuis des années, en raison notamment de leurs différends sur plusieurs dossiers régionaux comme la guerre en Syrie, le conflit au Yémen, la situation à Bahreïn, ou encore en Irak et au Liban, où les deux pays ont des positions diamétralement opposées.
Un léger dégel semble toutefois se dessiner. Outre le pèlerinage, les deux pays ont accepté des visites respectives de leurs diplomates pour inspecter l'état des bâtiments de leurs missions diplomatiques, fermées depuis 2016. Le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, qui a annoncé cette nouvelle jeudi dernier, n'a pas évoqué une éventuelle reprise des relations diplomatiques entre les deux pays, mais ces mesures pourraient traduire une amorce de normalisation entre Téhéran et Riyad.
Siavosh GHAZI et
Nadéra BOUAZZA/AFP

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