La pression judiciaire s'est considérablement accentuée hier sur Benjamin Netanyahu avec l'annonce qu'un ancien proche collaborateur du Premier ministre israélien avait accepté de coopérer avec la justice dans deux affaires de corruption présumée menaçant d'éclabousser le chef du gouvernement.
Les médias ont souligné ces derniers jours le potentiel explosif des déclarations d'Ari Harow, alors que se profilait la perspective que cet ancien directeur du bureau puis chef de cabinet de M. Netanyahu jusqu'en 2015 accepte de coopérer avec les enquêteurs contre la clémence dans les investigations le concernant lui-même. M. Harow était un proche confident et jouait quasiment le rôle de « ministre des Finances » des Netanyahu, écrit le quotidien Yediot Aharonot, généralement hostile au Premier ministre, citant une source proche du bureau de celui-ci. Comme attendu depuis quelques jours, Ari Harow a signé un accord avec le parquet pour collaborer avec les policiers chargés d'enquêter dans deux dossiers concernant M. Netanyahu, a indiqué un responsable israélien sous le couvert de l'anonymat, confirmant des informations de presse, mais sans spécifier la teneur de l'accord. M. Harow est visé par des investigations distinctes de celles menaçant M. Netanyahu. Les policiers soupçonneraient une magouille dans la cession d'une société de consultants qu'il avait créée en 2010 après avoir quitté le bureau du Premier ministre et qu'il était censé avoir revendue en devenant son chef de cabinet en 2014. Dans une courte vidéo postée hier sur son compte Facebook, M. Netanyahu n'a pas directement fait référence à cette actualité, disant simplement qu'il ne ferait pas de commentaires sur ces « bruits de fond ».
Accord secret
Ari Harow avait été arrêté en 2015 à l'aéroport de Tel-Aviv à son retour de l'étranger. Ses agissements présumés sont passibles d'une peine de prison que lui épargnerait l'accord passé vendredi. En échange de sa loquacité, il serait condamné à du travail d'intérêt général et à 700 000 shekels d'amende (191 000 dollars), ont écrit les quotidiens Haaretz et Yediot. Ses interrogatoires auraient déjà livré aux policiers un matériel précieux dans les deux dossiers qui concerneraient directement M. Netanyahu et qui font les titres des journaux depuis des mois. Un document de police, rendu public accidentellement selon la presse, est venu confirmer jeudi que ces investigations visaient des faits présumés de corruption, fraude et abus de confiance. L'une des enquêtes repose sur le soupçon que M. Netanyahu aurait reçu, illégalement, des cadeaux de personnalités très riches, dont le milliardaire australien James Packer et un producteur à Hollywood, Arnon Milchan. La valeur totale de ces cadeaux a été chiffrée par les médias à des dizaines de milliers de dollars.
Une autre enquête cherche à déterminer s'il aurait essayé de conclure un accord secret avec le propriétaire du Yedioth pour une couverture positive de la part du journal, en échange de laquelle il aurait aidé à réduire les opérations d'Israel Hayom, concurrent du Yediot. Ce sont des enregistrements de conversations entre M. Netanyahu et le propriétaire du Yediot, retrouvés sur le portable de M. Harow, qui ont éveillé la suspicion des policiers, selon la presse. M. Netanyahu a été interrogé à plusieurs reprises par les policiers, sans être mis en cause.
Jeudi, des sources proches du Premier ministre répétaient encore l'antienne des derniers mois, rejetant « catégoriquement les allégations sans fondement contre lui ». « La campagne en cours pour changer de gouvernement est vouée à l'échec pour une raison simple : il ne se passera rien (d'un point de vue judiciaire) parce qu'il ne s'est rien passé » de frauduleux. Ces informations ont cependant ravivé les spéculations sur une éventuelle démission de M. Netanyahu et la tenue d'élections anticipées dont Israël est coutumier. La ministre de la Justice Ayelet Shaked avait déclaré mercredi que M. Netanyahu n'était pas tenu, légalement, de démissionner s'il était inculpé.
Source : AFP


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