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Wael Jassar, le gentleman de la chanson populaire arabe

Liban Pop

La quarantaine souriante, les cheveux coupés « neat and clean », la veste bien taillée, l'allure bcbg. Voilà un homme bien rangé qui aime la scène, le micro et le public (aujourd'hui à Tyr). Les trois le lui rendent bien...

04/08/2017

Époux et père de deux enfants depuis presque dix ans, le chanteur brun au charme piquant qui ne montre pas ses pectoraux, ne s'attife pas en chemisette entrouverte avec collier en or sur le torse et n'arbore pas des pantalons ultramoulants, a sa voix puissante et veloutée, et son talent sûr et discret, pour séduire et s'imposer devant son auditoire.

Nouvelle coqueluche du public, Wael Jassar caracole déjà en tête des ventes de CD, anime ses clips sans ostentation (sans être larmoyant, un rien sentimental et romantique) et, le vent en poupe aidant, les scènes locales et arabes se l'arrachent littéralement.

Cet été, tout comme Wael Kfoury qui a battu les records de présence avec plus de six points de chute, de Batroun à Tripoli en passant par Zahlé, Jounieh et Beyrouth dans la pléthore de festivals locaux, le chanteur au menton à la fossette a déjà été, le premier juillet, au stade Rachid Karamé la vedette du Festival de Tripoli et, le 4 août, il sera l'étoile du Festival de Tyr. « Tout a commencé pour moi à l'âge de huit ans, précise le chanteur, car j'étais déjà épris des grandes voix arabes. Je ne pouvais dormir que sur la musique... »

Né en 1972 au sein d'une famille sunnite pieuse et pratiquante, Wael Jassar est porté non seulement vers les anachid, chants religieux pour le Prophète, mais aussi vers la musique orientale tout court. « Si j'ai commencé par le chant religieux, explique-t-il, c'est parce qu'une maison de diffusion me l'avait demandé. Je savais que c'était un pas difficile d'autant plus que pour moi, toutes les religions devraient fraterniser. Dieu merci, le public a prêté une oreille attentive. »
Il se tourne par la suite vers l'âge d'or de la musique arabe dont les mélodies d'Oum Koulsoum et de Abdel Halim el-Hafez qu'il (re)interprète d'ailleurs avec dévotion. Et un brin de respectueuse originalité. Mais très vite, cet enfant de la Békaa, les pieds parfaitement sur terre et la voix retentissante (il ne méprise pas non plus les nuances subtiles, les pianissimo, les soupirs et les murmures !), guère attiré par les paillettes, le strass et les frivolités de scène, s'enracine dans le pur chant oriental.

Il poursuit sérieusement ses gammes et ses vocalises sous la férule de deux professeurs, se forge une personnalité nouvelle et modernise sans heurt l'expression vocale arabe. En combinant adroitement maqams et rythmes modernes, il donne en douceur à la chanson arabe un lustre nouveau, une impulsion inattendue, un profil affiné. En apportant en toute finesse aussi un soin particulier à choisir ses vocables, ses mots et ses textes. Et ce sont des poètes tels que Nader Abdallah, Hani Abdel Karim, Bahjat Ayman Amar soutenus par les mélodies de Bilal el-Zein, Walid Saad et Mahmoud Eid qui ont nourri son parcours. Pourtant, il s'en défend en toute modestie : « Je ne pense pas avoir tout changé en ce sens, sauf que j'y ai apporté ma propre sensibilité. Et je crois que je ne suis encore qu'au tout début de ma carrière de chanteur, et j'ai du chemin à faire... »

 

Rêves et fantasia
Dès son premier album Kelmet wadaa (Mot d'adieu), fait à l'âge précoce de onze ans, le succès lui sourit. Et pleuvent alors pour l'enfant prodige (qui enflamme réseaux sociaux et écrans de TV) les tournées à travers le monde. Comme une toupie bien lancée, depuis il n'arrête plus. Aujourd'hui la gloire est chose faite. De Doha au Caire en passant par Tunis, Mawazin, Jarash et Carthage, sa carrière, telle une fantasia, roule tambour battant. Dans son parcours, jalonné de tubes plébiscités par un large public, on retient les titres de Mechit khalass (Ça y est tu es parti), Ghariba el-nas (Étranges sont les gens), We Betass'alini (Et tu me demandes), el-Donia allamatni (La vie m'a appris) et on n'a pas tout dit ni tout nommé. Une ambition, un rêve à réaliser ? Et le jeune artiste de confier : « Oui, celui de voir mes enfants grandir dignement et que leur soit épargnée toute vicissitude dans la vie. Quant à moi, mon propre rêve s'est réalisé à travers mes enfants et l'amour du public. » Et qu'a-t-il à dire au public venu l'applaudir à Tyr ?

« Je suis très fier d'être à Tyr, ville phare ancestrale où art et culture sont omniprésents, déclare le jeune chanteur. Je suis honoré d'être parmi ma famille du Sud, et précisément à Tyr, afin de passer, si Dieu le permet, la meilleure soirée... »

Wael Jassar : un ton et une allure de gentleman pour un chanteur un peu à contre-courant dans ce monde arabe tonitruant qui sombre, hélas, dans le clinquant facile et le show business de pacotille. Une voix en or de bon aloi dans un écrin qui s'éloigne de toute poudre aux yeux ou tout vulgaire racolage.

* Wael Jassar anime la scène du Festival de Tyr ce soir, vendredi 4 août, à 21h.

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