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Moyen Orient et Monde - Éclairage / Libye

Le Libyen Haftar en position de force

La libération de Benghazi par le maréchal Khalifa Haftar le 5 juillet confirme le rôle politique important qu'il s'apprête à jouer dans la résolution du conflit libyen.

Un char appartenant à l’Armée nationale libyenne loyale au maréchal Haftar, dans une rue de Benghazi, après la libération de la ville, le 19 juillet 2017. Abdullah Doma/AFP

La maréchal Khalifa Haftar est donc devenu incontournable. Aujourd'hui, à Paris, il sera reçu par le président français Emmanuel Macron, avant une réunion tripartite avec Fayez el-Sarraj, le chef du gouvernement d'union nationale. Alors que ce dernier se trouve toujours dans une situation politique délicate, le maréchal, lui, accumule les succès militaires.

L'annonce de la libération de Benghazi début juillet assoit ainsi la légitimité de Khalifa Haftar dans la crise qui agite le pays depuis 2011. Débarrasser Benghazi des jihadistes, tel était l'objectif de ce militaire à la retraite lorsqu'il est réapparu sur le devant de la scène libyenne en mai 2014, précisément dans la deuxième plus grande ville du pays. À la tête de l'Armée nationale libyenne (ANL) autoproclamée, composée d'officiers qui lui sont fidèles, le maréchal Haftar met en place l'opération « Dignité » pour combattre les brigades islamistes arrivées à Benghazi. C'est désormais chose faite pour cet ancien proche de Mouammar Khadafi qui avait contribué à la prise du pouvoir par l'ancien dictateur en 1969 avant de s'exiler aux États-Unis pendant vingt ans. Les résultats sont là : ses troupes progressent depuis deux ans au centre, au sud et au nord de la Libye.

Succès militaire de taille pour le maréchal Haftar, la libération de la cité du Nord-Est libyen par son armée lui permet de confirmer l'étendue de son influence sur la scène politique du pays. « Aujourd'hui, le fait qu'il y soit parvenu symbolise une réussite militaire qu'on lui a contestée depuis plus de deux ans », indique Hélène Bravin, chercheure associée à l'Institut Prospective et Sécurité en Europe (IPSE) et auteure de Kadhafi : vie et mort d'un dictateur aux éditions Bourin, interrogée par L'Orient-Le Jour. Deux ans pendant lesquels l'influence du maréchal a progressé au gré de ses succès militaires. En 2016 déjà, la conquête du centre du croissant pétrolier libyen l'avait érigé comme un acteur majeur du conflit. Ses progrès dans le sud du pays n'ont fait que consolider sa position. Les récentes avancées des forces loyales à Khalifa Haftar lui ont permis de prendre le contrôle de plusieurs bases au sud de la Libye ainsi que certaines villes alentour, dont la dernière en date est celle d'al-Joufra qui était occupée par des islamistes chassés de la ville de Benghazi.

Ces percées assoient une bonne fois pour toutes son importance sur le plan politico-militaire du conflit libyen, en dépit de ce qu'espérait le gouvernement de Fayez el-Sarraj mis en place par la communauté internationale en 2016 par l'accord de Skhirat, au Maroc. La contestation réciproque entre ce gouvernement d'« union nationale » et le maréchal Haftar, fort du soutien que lui a accordé le gouvernement issu des élections législatives de juin 2014 installé à Tobrouk, donne désormais un certain avantage à ce dernier. « Haftar est en position de force. Mais cela ne veut pas dire que ses opposants vont se plier à ses demandes. Ils vont sans doute réagir », poursuit Mme Bravin. Le désir du maréchal Haftar d'investir le champ politique libyen pose problème au gouvernement Sarraj. S'il a longtemps été accusé de vouloir fomenter un coup d'État à tort ou à raison, ses aspirations politiques semblent plutôt claires : son retour d'exil en 2011 peu après le déclenchement de la révolte antirégime laissait déjà entrevoir ses ambitions. Prendre part au Conseil présidentiel actuellement composé de neuf membres, dont il aimerait réduire d'un tiers le nombre de participants, est aujourd'hui sa principale revendication.

 

(Lire aussi : Macron veut devenir un médiateur incontournable dans la crise libyenne)

 

Ascension politique
Si les exigences du maréchal Haftar semblaient vaines jusqu'à maintenant, son ascension lui permet désormais de peser sur la scène politique libyenne. La popularité que le maréchal Haftar a acquise grâce à son combat contre l'islam radical en Cyrénaïque (région à l'est de la Libye) et particulièrement à Benghazi laisse à penser qu'il pourrait continuer à faire cavalier seul. « Celui-ci menace de créer, de son côté, à l'Est, une nouvelle dynamique par la mise en place d'un Conseil suprême militaire. On est dans la surenchère », envisage Hélène Bravin. Alors que les chancelleries occidentales l'ont longtemps considéré comme un acteur capable de déstabiliser le processus de paix mis en place en Libye par la communauté internationale, son intégration dans la recherche d'une solution politique à la crise libyenne a montré l'inquiétude de voir apparaître une partition du pays.

Les négociations s'annoncent donc difficiles entre les forces en présence, dont font partie certains représentants des milices de Misrata fermement opposés au maréchal Haftar et intégrés au gouvernement d'« union nationale » de Fayez el-Sarraj. « Le gouvernement de Fayez el-Sarraj est très contesté, certes, par Haftar, mais aussi par les milices de la Tripolitaine. Sarraj est à la tête d'un gouvernement tenu à bout de bras par les Occidentaux », affirme Myriam Benraad, chercheuse spécialiste du Moyen-Orient et du monde arabe associée à l'Iremam, contactée par L'Orient-Le Jour. L'annonce mi-juillet par le chef du gouvernement d' « union nationale » de la tenue d'élections visant à élire un président et des députés en 2018 semble prendre acte de sa propre remise en question, notamment à cause des progrès de son adversaire.

 

(Lire aussi : Quand les secousses du Golfe créent des répliques en... Libye)

 

« Certain réalisme »
Si le maréchal Haftar a reçu un fort soutien depuis longtemps de la part de l'Égypte, des Émirats arabes unis et de la Russie qui voient en lui le meilleur moyen d'assurer une stabilisation du pays, la mission des Nations unies et un certain nombre de chancelleries occidentales ont salué les progrès de Haftar pour la première fois à l'occasion de la libération de Benghazi. L'ambassadeur britannique en Libye, Peter Millett, a déclaré percevoir cette avancée comme un « espoir » d'une première étape pour « la paix » dans le pays. Ce changement de discours des pays occidentaux à l'égard du maréchal Haftar témoigne d'un nouveau regard sur le conflit libyen. « Aujourd'hui, la stabilité du pays implique pour l'Occident de revenir à un certain réalisme. Les Occidentaux qui ont soutenu un temps le gouvernement de Sarraj savent qu'ils ne peuvent pas aller vers un changement politique autre que le retour à l'autoritarisme, et Haftar est clairement considéré comme l'homme fort de la Libye », explique Myriam Benraad. Face à l'échec du gouvernement d'« union nationale », le renforcement du maréchal Haftar semble désormais lui laisser toutes les cartes en main.

 

 

Pour mémoire

Les habitants de Benghazi soulagés après la « libération » de leur ville

La maréchal Khalifa Haftar est donc devenu incontournable. Aujourd'hui, à Paris, il sera reçu par le président français Emmanuel Macron, avant une réunion tripartite avec Fayez el-Sarraj, le chef du gouvernement d'union nationale. Alors que ce dernier se trouve toujours dans une situation politique délicate, le maréchal, lui, accumule les succès militaires.
L'annonce de la libération...
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