Des personnes plus importantes que moi auraient dû te rendre hommage. C'est donc avec grande modestie et humilité que je me permets de le faire.
Dois-je t'appeler Docteur ? Professeur ? Conservateur ? Je sais que tu n'as jamais été féru de titres pompeux, et c'est pourquoi je t'appellerai Foufi comme je l'ai toujours fait depuis 1959, l'année où tu as épousé notre tendre sœur Andrée (Dadi) et à partir de laquelle nous fûmes honorés de la retombée de tes réussites et succès sur notre famille. Nos parents Victor et Adrienne te vouaient un grand respect et un immense amour.
Un sourire éclaire mon visage quand je repense à mon rôle de chaperon quand je vous accompagnais au cinéma Gaumont Palace pour assister à un film de Fernandel. J'ai la joie au cœur de me revoir rue de France les jeudis où je venais déjeuner chez vous, au cours desquels j'avais droit à maintes explications sur les objets d'art qui emplissaient cette inoubliable demeure. Ta mère, cette grande dame, Sitt Marie, me comblait par sa gentillesse. Je garde précieusement l'antique croix que tu avais eu l'amabilité de m'offrir.
Je m'incline et salue ton professionnalisme et ta conscience professionnelle. Tu as toujours su fignoler le moindre détail, autant ceux de ta profession que la préparation et l'exécution d'un voyage avec toute ta famille. Et j'en passe.
Eh bien, Foufi, on peut dire que tu laisses un vide abyssal que ne comble que la présence d'Andrée, de Maria et de Nayla. Ce sont à présent deux jeunes femmes que j'ai vu naître et grandir. Tu peux en être fier ainsi que de leurs époux respectifs Rony et Fayez. Elles sauront, avec leurs enfants et petits-enfants, être les gardiennes du patrimoine culturel que tu leur as laissé. Hélas, ce n'est pas le cas de celui des Fernainé qui a été usurpé.
Andrée et toi avez fait du bon travail. Non seulement au fond de votre cellule familiale, mais aussi autour de vous. Vous avez été des parents formidables et des grands-parents adorables et affectueux. Tu as été pour moi et pour beaucoup celui vers qui on se tourne pour le bon conseil et l'apaisement du corps, de l'âme et de l'esprit. Tu nous a imprégnés de ta culture, de ton éducation et de ton savoir-faire. Ta modestie, ta détermination et ta discrétion nous ont donné une leçon, du moins à moi, et je suis resté tel que tu m'as toujours connu avec un profil bas, très loin des projecteurs et des feux de la rampe.
Quoi qu'on dise ou fasse, tu nous as quittés. C'est un drame que nous devrons assumer dorénavant et essayer de vivre avec, tout en nous remémorant les bons moments que nous avons passés à tes côtés durant de longues années. Comme le dit si bien Andrée : « Lui, Loutfalla, c'était l'homme dans toute sa culture et son éducation. »
Disparaît avec toi une des plus belles figures libanaises, comme il en reste malheureusement très peu. Est-ce une malédiction frappant l'humanité qui fait que les meilleurs s'en vont les premiers ?
Tout comme je l'avais dit à Toni, à bientôt Foufi dans un monde meilleur.


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