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Liban

« Ce qui est arrivé, je ne le souhaite pas à mes pires ennemis »

Témoignage

Dans le cadre de la campagne lancée par « L'Orient-Le Jour » pour dénoncer les causes des débordements sécuritaires croissants dont le pays est le théâtre, nous publions les témoignages de parents de certaines des victimes de ce phénomène social qui atteint une dimension alarmante. Nous soulevons, aujourd'hui, le cas du couple Fakhri.

12/07/2017

« Je ne souhaite pas ce qui nous est arrivé à mes pires ennemis », déclare Rodrigue Fakhri, assis à la table d'un restaurant de montagne où il avait l'habitude de venir avec ses parents, Nadima et Sobhi Fakhri, tués lâchement le 14 novembre 2014, à Btedii, près de Deir el-Ahmar.

Le couple a été victime d'un gang de la Békaa dont les membres sont originaires de Dar el-Wassaa et qui appartiennent au clan Jaafar. Ce jour-là, le gang fuyait lors d'une course- poursuite avec l'armée libanaise et voulait trouver refuge dans la maison des Fakhri.

Rodrigue Fakhri a reçu une balle explosive au bras. Grièvement blessé, il vient de subir aux États-Unis sa seizième opération chirurgicale, par laquelle il a eu droit à une greffe osseuse et à l'implant d'un dispositif lui permettant de bouger son bras. La prochaine opération consister en une greffe de nerfs.

Cinq des huit personnes présumées responsables de la mort de Nadima et Sobhi Fakhri sont toujours en liberté. Parmi eux, deux importants chefs de bande, Mohammad Doura et Eshaya Jaafar, responsables de plusieurs meurtres et enlèvements dans la Békaa. « Je veux que ces personnes soient arrêtées, que justice soit faite. Mes parents sont morts, notre vie a été brisée. À jamais. Ces individus-là continuent de sévir. Il faut que cela s'arrête. C'est ce groupe qui est responsable des enlèvements, des vols et des tueries dans la Békaa, mais personne ne s'en soucie. Je ne veux pas que ce qui s'est passé avec nous arrive à d'autres. Il suffit que la loi soit appliquée et que ces individus soient arrêtés », martèle Rodrigue Fakhri.

 

Plainte aux États-Unis
« Cela me révolte de les voir sévir encore dans la Békaa parce qu'ils sont couverts (un haut responsable politique qu'il nomme). De Dar el-Wassaa à Brital en passant par Baalbeck, ces gangs ont des liens entre eux. Ils se promènent toujours dans des voitures aux vitres fumées et sans plaque d'immatriculation, volent et enlèvent qui ils veulent, sans que personne n'intervienne », s'insurge-t-il.

Rodrigue Fakhri, issu d'une famille de six enfants, se souvient du drame qui a fait basculer sa vie. « Il était six heures ce samedi-là. Nous étions encore en pyjama. Je me souviens de ma mère blessée au dos, tentant de leur barrer la porte d'entrée. Ils ont lancé deux grenades dans sa direction puis ont vidé 27 balles dans le corps de mon père. Grièvement blessé et à terre, il a tenté en vain de nous protéger », dit-il.

Ce jour-là, un commando de l'armée libanaise menait une perquisition avec l'aide de trois hélicoptères à Dar el-Wassaa. « Les hélicoptères se sont approchés de notre maison. Les soldats nous ont vus blessés et à terre. Personne ne nous a aidés. Mon frère et moi avons transporté nos parents à l'hôpital. Je me suis évanoui en arrivant sur les lieux. J'avais perdu presque tout mon sang », se souvient-il.

« Ceux qui ont tué mes parents sont protégés. Pro-té-gés », martèle-t-il. Il confie aussi qu'il y a seulement deux mois que les enquêteurs l'ont entendu comme témoin dans l'affaire. « Personne ne nous a aidés, personne ne nous a soutenus, mis à part le patriarche maronite, Mgr Béchara Raï », dit-il. « Il a appelé pour que justice soit faite, en vain. Il faut prendre soin des chrétiens des zones périphériques, enclavés dans des régions souvent dangereuses. Mais ce qui est clair, c'est que ce ne sont pas les menaces qui nous pousseront à partir », s'insurge-t-il encore.

« L'État ne nous a pas aidés car il n'a pas arrêté ces bandits, qui sont connus pour se livrer au trafic de drogue, notamment du Captagon. En admettant qu'il soit impuissant, l'État ne nous a pas aidés non plus en matière d'hospitalisation. Nous avons vendu possessions et terrains pour que je puisse être soigné. Ma prochaine opération coûtera 120 000 dollars. Je ne sais pas comment je vais me les procurer », ajoute-t-il.
Aujourd'hui, Rodrigue Fakhri, qui détient la nationalité américaine, est décidé à porter plainte aux États-Unis si jamais les choses ne bougent pas au Liban.

 

Pour mémoire

« Ils ont détruit notre vie et ils sont toujours en liberté »

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