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Adieu, Père Hadi !

Hommage
12/07/2017

Il était de ces personnes qu'on ne peut oublier, dès lors qu'on les a rencontrées. Un prêtre moderne, consacré à Dieu, certes, mais aussi à l'homme. Un être d'une grande humanité comme on en voit rarement car dédiée aux plus miséreux des plus miséreux, les prisonniers. Le père Hadi al-Aya n'est plus. Le religieux à la tignasse blanche, qu'il portait longue parfois, a été emporté par le cancer. Il avait 55 ans. Ce moine maronite de l'ordre des antonins était pourtant un roc. Un fervent défenseur des droits des détenus. Un militant pur et dur de l'abolition de la peine capitale. Au point de répéter inlassablement à ses détracteurs : « La peine de mort est un crime. On ne peut faire justice par le crime. Arrêtons donc le crime, pas la vie. »
Son combat au service des prisonniers débute en 1996, lorsqu'il fonde l'AJEM, l'Association justice et miséricorde. Une initiative qui fait suite à sa propre incarcération en Syrie, où il a subi de mauvais traitements. « Nos prisons sont des bombes à retardement », dit-il sans arrêt de manière prémonitoire. Père Hadi comme tout le monde l'appelle, sait de quoi il parle. Non seulement mène-t-il, au sein de l'AJEM, une lutte acharnée contre la torture et les traitements cruels et dégradants dans les centres d'incarcération du pays. Mais son engagement auprès des détenus de la prison de Roumieh est sans limites. La santé physique et mentale des prisonniers lui tient particulièrement à cœur. Il se mobilise pour les détenus souffrant de diabète, de maladies psychiatriques, porteurs du sida, usagers de drogue aussi, entre autres bien sûr. Il obtient que chaque prisonnier ait un carnet de santé personnel et une prise en charge juridique. Au passage, il équipe la plus grande prison du pays de réfrigérateurs, d'une bibliothèque aussi. Il y organise des activités. Il dénonce l'oisiveté forcée des détenus, où la réhabilitation n'a pas sa place. Ce qui le pousse à se révolter : « L'objectif de la détention au Liban est la punition et la vengeance, car la réhabilitation est inexistante. » Quitte à s'attirer les foudres des autorités, souvent.
Dans sa lutte contre la peine capitale, Père Hadi ne fait pas davantage de concessions. Il multiplie les initiatives et les coups d'éclat, dans le cadre de la campagne nationale contre la peine de mort, et toujours au sein de l'AJEM. Lors d'une exécution publique le 20 mai 1998 à Tabarja, lui et les membres de son mouvement se mobilisent avec force. Tournant le dos à la place de l'exécution, ils bloquent la route avec une banderole sur laquelle retentit le slogan : « Nous pleurons les victimes du premier crime ainsi que les victimes de l'exécution. » Le mouvement est repris en une par la presse locale et internationale. Il représente une étape majeure dans la lutte contre la peine de mort au Liban. Et sera suivi de l'annulation de « la loi tueuse » (302/94) selon laquelle « tout tueur sera tué », sans considération de circonstances atténuantes.
Père Hadi ne baisse jamais les bras, même si le dossier fait du surplace. Il se tourne vers la jeunesse, les écoliers même. « Je refuse que soit prononcée en mon nom la peine de mort. Car la peine capitale est prononcée au nom du peuple libanais », lance-t-il devant trois classes d'écoliers, à l'occasion de la Journée mondiale contre la peine de mort, le 11 octobre 2013 au centre-ville de Beyrouth. Son objectif est alors d'engager le débat au niveau de la jeunesse. Pari tenu. C'est cette même jeunesse qui rend aujourd'hui hommage sur les réseaux sociaux au détenteur de la croix de l'ordre d'Isabelle la catholique, qui lui a été remise en 2016 au nom du roi d'Espagne Felipe VI par l'ambassadrice d'Espagne, Milagros Hernando Echevarria.
Adieu, Père Hadi !

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