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Moyen Orient et Monde

Les coupures d’électricité à Gaza, un épisode de la guéguerre Hamas-Fateh

Focus
28/06/2017

La décision d'Israël de réduire de trois quarts d'heure par jour l'alimentation en électricité de la bande de Gaza entraîne des conséquences politiques et humanitaires palpables.
Ce n'est pas la première fois qu'Israël utilise l'électricité, entre autres, comme outil de dissuasion politique. « Déjà dès les années 1980, lors de manifestations palestiniennes ou de combats avec l'armée israélienne, le gouvernement israélien n'hésitait pas à couper l'électricité, ou à cesser d'acheminer le pétrole », précise Wissam Alhaj, journaliste indépendant palestinien basé à Paris.

Comme l'explique Xavier Guignard, chercheur associé à l'Institut français du Proche-Orient, l'utilisation des coupures d'électricité sur la bande de Gaza est avant tout politique. « Avant 2007, l'Autorité palestinienne, qui contrôlait Gaza, était responsable des achats de l'électricité auprès des compagnies israéliennes qui ont de facto le monopole. Or, ces compagnies surfacturent l'électricité de Gaza. »

Depuis l'évincement du Fateh, en 2006, de la bande de Gaza au profit du Hamas, une guerre froide mine les rapports entre ces deux partis politiques, l'un pour récupérer ce territoire perdu politiquement, l'autre pour préserver son pouvoir sur cette bande. « Le Hamas n'a aucune ressource humaine (...), d'autant plus que les destructions des infrastructures pendant l'été 2014 par Israël ont sérieusement affecté les moyens techniques et politiques du parti », admet Xavier Guignard.

Les destructions des stations d'électricité par Israël depuis 2006 et les dernières en date, en 2014, ne visent pas uniquement à sanctionner le Hamas, mais aussi une population rendue coupable de son soutien au mouvement islamiste. « La boulangerie de mon frère ne peut plus ouvrir à cause de ces coupures, les frigos ne conservent plus les produits frais. Les gens ne viennent plus », déplore Wissam Alhaj.
En outre, « l'eau courante dépend de l'électricité. Les Gazaouis peuvent avoir de l'eau une fois par semaine lorsque l'électricité est présente dans les foyers. Les générateurs ne suffisent pas, puisqu'ils dépendent du pétrole », continue le journaliste palestinien.
À cela s'ajoute une inflation où les prix des produits de première nécessité ont triplé. « Les citernes d'eau de 1 000 litres coûtent actuellement 100 shekels, soit 25 euros », déplore Wissam Alhaj.

 

(Lire aussi : L'unique centrale de Gaza recommence à fournir de l'électricité)

 

Deux scénarios possibles
Depuis Ramallah, le Fateh vise à asphyxier l'économie de la bande de Gaza, et surtout le Hamas, et ce en ne réglant pas la note aux compagnies d'électricité israéliennes. La réduction de cette subvention a eu pour effet immédiat de réduire la quantité d'électricité sur Gaza passant à environ 3 heures par jour. Or, le gouvernement de Mahmoud Abbas rejette la responsabilité sur le Hamas qui n'aurait pas payé les taxes d'électricité.
« Il s'agit, pour Ramallah, d'obliger les autorités de Gaza à assumer une part du coût de la bande, qu'il s'agisse de l'électricité ou des salaires des fonctionnaires. Ce faisant, l'Autorité mise sur la situation difficile du pouvoir islamiste », développe Dominique Vidal, journaliste et historien spécialiste du conflit israélo-palestinien.

 

(Lire aussi : L’Égypte livre du fuel à Gaza pour éviter une crise majeure)

 

Si le Hamas se retrouve isolé avec le blocus imposé par Israël et l'Égypte, il semble « jouer de manière pragmatique en tentant une ouverture vers (le président égyptien) Abdel Fattah al-Sissi (...), ce qui a permis l'acheminement il y a quelques jours de pétrole industriel vers Gaza pour les générateurs ».
Selon Dominique Vidal, « non seulement les Gazaouis vivent de plus en plus difficilement, non seulement ils se lassent de l'autoritarisme et de la corruption du pouvoir, mais ils se demandent – légitimement – à quoi a mené l'affrontement de guerre en guerre avec Israël. D'autant que ce dernier souffle le chaud et le froid, menaçant Gaza à mots couverts d'une possible nouvelle agression ». Sachant qu'« une grande partie de la population gazaouie est consciente du calcul du Fateh, celui d'une révolte populaire contre le Hamas », admet Xavier Guignard...

 

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