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Liban

Raymond Sayegh, le leadership dans le sang

Le portrait de la semaine

Le président de l'ordre des médecins, un homme « ouvert », qui « prend acte de la logique et de la science ». Ce portrait a été planifié et préparé avant les développements de ce week-end.

Nada MERHI | OLJ
05/06/2017

Le management n'a rien de nouveau pour lui. Raymond Sayegh, actuel président de l'ordre des médecins, semble y être prédestiné. L'aîné d'une famille de trois enfants, ce brillant gastro-entérologue avait déjà occupé ce rôle depuis sa tendre jeunesse, lorsqu'il a été délégué de sa classe de seconde, puis président de l'amicale des étudiants à la faculté de médecine de l'Université Saint-Joseph. Plus tard, dans le cadre de sa profession, il a occupé plusieurs postes de direction, notamment en tant que directeur du département de gastro-entérologie à la faculté de médecine, puis du service de gastro-entérologie à l'Hôtel-Dieu pendant douze années consécutives, « la durée maximale durant laquelle un médecin peut se maintenir à la tête d'un service ».

Sa rigueur, son esprit d'organisation, sa pensée cartésienne, sa fermeté et sa diplomatie jouent en sa faveur sur ce plan. « Je suis quelqu'un de très ouvert, mais je prends acte de la logique et de la science », affirme Raymond Sayegh. Dans son vaste bureau au siège de l'ordre des médecins, à Furn el-Chebback, les rendez-vous s'enchaînent. Les lieux sont calmes, mais l'activité y est intense. « L'ordre a besoin que je lui consacre beaucoup de temps, confie-t-il. Sur un autre plan, je ne peux pas arrêter d'exercer, parce que je suis toujours actif et j'ai besoin de le rester. »

Et c'est justement son esprit managérial qui lui permet de tout gérer sans faillir à ses engagements et ses responsabilités en tant que praticien et président de l'ordre des médecins. À cet effet, ses journées se font longues. Elles commencent à 5h30, heure à laquelle il se réveille, et se poursuivent tard en soirée, souvent jusqu'à 21h30.

Génération Grégoire Haddad

Ancien élève du collège du Sacré-Cœur de Gemmayzé, relevant des frères des écoles chrétiennes, de la classe de onzième jusqu'en première (il a suivi la terminale au collège du Mont La Salle), Raymond Sayegh a été très tôt initié à l'action sociale. Avec un groupe d'amis qui se sont rencontrés sur les bancs de la classe de sixième – et qui sont restés « solidaires et amis jusqu'à présent » –, il a intégré, en 1973, le Mouvement social fondé par Mgr Grégoire Haddad. « On organisait des colonies de vacances à l'intention des plus démunis et des campagnes de vaccination dans les différentes régions du pays, se souvient-il. Personnellement, j'ai participé aux campagnes de vaccination, d'autant que j'étais déjà engagé pour le concours de la faculté de médecine. Dans le cadre de ces campagnes, j'ai pratiquement visité tout le pays. En marge du Mouvement social, et à l'initiative de Mgr Grégoire Haddad, alors évêque de Beyrouth, notre groupe a fondé, à l'église melkite Saint-Antoine de Gemmayzé, le Club social, dont tout le groupe était membre, ainsi que des jeunes filles du collège de la Sainte Famille et quelques autres jeunes de la région de Gemmayzé. »

Et Raymond Sayegh d'ajouter: « Mgr Haddad nous a montré une facette du Liban que nous ignorions. Nos familles appartenaient à la classe moyenne et notre groupe évoluait dans un milieu protégé qui n'était pas le reflet réel du pays. Le travail au sein du Mouvement social nous a appris l'intérêt de former des gens pour empêcher l'apparition de délinquants et de hors-la-loi. Il nous a appris l'importance de la prévention, en prenant en charge très tôt les jeunes et en leur apprenant un métier. Aujourd'hui, notre groupe est toujours sensibilisé à ces questions. Nous sommes à l'écoute des problèmes de la société libanaise. C'est une période de ma vie qui a changé ma façon de penser sur beaucoup de points liés au tissu humain et social du pays. Il était important de savoir que tous les gens n'ont pas les mêmes problèmes, les mêmes facilités dans la vie... La médecine me l'a appris aussi. »

Pourquoi a-t-il choisi cette filière? « Il n'y a aucune raison particulière, répond Raymond Sayegh. Au départ, je voulais suivre des études d'ingénierie, d'autant que j'étais très attiré par l'innovation. Mais lorsque j'ai été au chevet de ma grand-mère qui avait passé une semaine à l'hôpital pour une chirurgie de la vésicule biliaire, j'ai été attiré par ce milieu. »

Le jeune homme avait alors présenté le concours de médecine, parallèlement à celui d'ingénierie, et a été classé dixième sur 850 candidats. Il a ainsi poursuivi ses études à la faculté de médecine de l'USJ et s'est spécialisé en gastro-entérologie en France. Il est rentré au Liban en 1985. « Je n'ai pas voulu faire carrière en France, affirme-t-il. Je n'ai même pas essayé d'obtenir la nationalité. Malgré l'instabilité sécuritaire et les problèmes économiques, je croyais beaucoup plus dans le pays qu'aujourd'hui. De nos jours, j'ai de la difficulté à faire une projection sur l'avenir. »

Une amitié qui se transmet à la progéniture

Football, basket-ball, ski, natation, rallye paper (il a remporté huit coupes)... Autant d'activités qui attiraient Raymond Sayegh et ses amis. « Les années 1973 à 1975 étaient des années bénies, dit-il, un brin nostalgique. Grégoire Haddad nous avait proposé la carte du théâtre club, qui nous permettait, pour un prix annuel modique, d'assister aux avant-premières de toutes les pièces de théâtre. Pendant deux ans, j'ai pratiquement assisté à tous les spectacles. Sur le plan culturel, cela était très enrichissant puisqu'à cette période, il y avait un bouillonnement d'idées assez intéressant pour les étudiants. C'était l'époque de la gauche, du Mouvement national, des Kataëb, du dialogue sur la cause palestinienne... Nous étions aussi très portés par la musique et la danse. Nous sommes la génération des Beatles, des Bee Gees... Nous sortions beaucoup, nous croquions la vie à pleines dents. Nous vivions à cent à l'heure. La guerre a tout gâché. D'ailleurs, nous sommes une génération sacrifiée par la guerre. »

Au fil des ans, Raymond Sayegh et ses amis ont réussi à maintenir leur solide amitié. Une amitié qui dure depuis quarante-cinq ans, voire cinquante ans pour certains. Chaque mois, ils se rencontrent autour d'un déjeuner. Un petit groupe d'entre eux se rencontre les dimanches autour d'une partie de poker. Le contact avec ceux qui vivent à l'étranger se fait régulièrement via un groupe WhatsApp qui a pour nom... « Club social ». « Cette application nous a permis de maintenir le groupe et de préserver notre relation à distance, souligne-t-il. Il y a deux ans, nous nous sommes retrouvés tous, avec nos épouses, pour des vacances d'une semaine en Grèce. Certains d'entre nous avaient aussi amené leurs filles. Nos filles ont pratiquement le même âge. Elles ont gardé le contact entre elles et notre amitié se transmet ainsi à nos enfants. »

Et le praticien de conclure : « Je suis un homme très sociable, mais j'ai du mal à construire une amitié. Quand je le fais, elle est définitive. De ce fait, mes amis les plus inconditionnels sont ceux de notre groupe, ceux que j'ai eus sur les bancs de l'école, dès les classes complémentaires. »


Pour mémoire

Raymond Sayegh élu d'office à la tête de l'ordre des médecins

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