La Dernière

Le tarbouche mutant d’Élias el-Haddad

La Mode

Le « Boshies », version contemporaine et unisexe du tarbouche traditionnel, amorce une nouvelle étape de son développement. En juillet, une campagne de levée de fonds sera lancée sur Indiegogo pour financer l'acquisition de moules et machines à vapeur.

18/05/2017

Tout le monde sait qu'il faut au moins trois ans d'obscurité à une entreprise avant de commencer à exister, mais Élias el-Haddad, jeune Libanais issu d'une école de commerce, de la finance et du consulting, fait partie d'une espèce rare : c'est un persévérant. Après avoir lancé en 2015 le concept du Boshies, (version contemporaine du tarbouche, couvre-chef rouge des notables et des militaires de l'Empire ottoman), il s'associe désormais avec la styliste Diane Ferjane pour affiner son idée de départ.

Rappelons que Diane Ferjane, qui fait partie de la première promotion de l'incubateur Starch créé par le couturier Rabih Kayrouz, s'attelle depuis 14 ans à moderniser le vêtement traditionnel libanais et oriental. Séduite par le projet d'Élias el-Haddad, elle redessine la première version du Boshies orné de deux bandes latérales (mutation du pompon du tarbouche), qui n'était encore qu'une ébauche malgré le succès de son côté pop et amusant. Aujourd'hui, deux nouveaux modèles sont prêts à être lancés sous la marque Boshies l'automne prochain.

L'un, en grosse maille tricotée main, est un adorable bonnet de laine à la forme charnue et arrondie, portant toujours ses deux bandes verticales de couleur contrastée sur les côtés, recommandé aux jeunes libanais et libanaises exilés pour études dans les pays froids. L'autre est un élégant chapeau de feutre sans bords, de la forme d'un cône tronqué qui rappelle celle du tarbouche, mais oblique, un peu plus long sur le devant et comme doté d'une courte visière intégrée. Ce dernier est un accessoire stylé qui se porte comme un point sur un « i ».

 

On a perdu les moules
Les premiers prototypes ont été réalisés en Italie car, souligne el-Haddad, le métier et le savoir-faire traditionnel de mouleur de tarbouche a complètement disparu au Liban, corps et biens, depuis les années 70. Aujourd'hui, pour confectionner le Boshies localement, il faut importer des moules et machines à vapeur d'Italie, ce qui nécessite un investissement minimum de 25 000$. C'est la raison pour laquelle Boshies lancera en juillet une campagne de crowdfunding ou financement participatif sur le site Indiegogo. Chaque participation de 80$ équivaut à une commande de tarbouche livrable quelques mois plus tard. En plus de contribuer à la naissance d'une nouvelle industrie libanaise, créatrice d'emplois et porteuse d'une belle image, on a ainsi la chance de se voir livrer en avant-première un accessoire raffiné, promis à devenir culte, tant il étire la silhouette et confère à l'allure élégance et fierté.

 

Une évolution darwinienne
Un coup de tête qui vaut un coup de chapeau ? Mais le Boshies, souligne Élias el-Haddad, est loin d'avoir été conçu sur un simple coup de tête. Le jeune entrepreneur a longuement analysé son projet. Pour réaliser l'évolution darwinienne du tarbouche, il est ainsi remonté jusqu'au 30e sultan ottoman, Mahmoud II, qui en 1826 a décidé d'ouvrir l'Empire à l'Europe, abandonnant dans la foulée le turban impérial et adoptant le pharion des rebelles grecs dont les pompons noirs arrivaient alors jusqu'à la naissance du cou.

Le tarbouche se répand alors sur l'ensemble des provinces de l'Empire, y compris le Liban. Victime des réformes d'Atatürk, il disparaît ensuite de Turquie, puis d'Égypte avec la présidence de Nasser avant d'être progressivement déclassé partout ailleurs, au rythme de la modernisation. Au Liban, il s'efface du paysage beyrouthin à la veille de la guerre de 1975, emportant avec lui tout un art de vivre fait de nonchalance et de bonhomie. Le couvre-chef est un puissant marqueur. C'est la raison pour laquelle la jeunesse révoltée des années 60 l'abandonne de manière radicale et se préfère tête nue et cheveux longs. En 1980, Michael Jackson remet le Fedora, petit Borsalino, au goût du jour, et Madonna, dans les années 90, en plein combat pour l'égalité des sexes, féminise le très viril stetson et arbore le sien en rose. Le Boshies, avec plus tard une ligne de vêtements traditionnels revisités, qu'Élias el-Haddad entend répandre sur l'ensemble du monde arabe et musulman (1,7 milliard d'habitants !), sera, lui, porteur de valeurs égalitaires, dynamiques et créatives.

 

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