Rechercher
Rechercher

Liban - Citoyen Grognon

Balle perdue

Vous rentrez à l'instant chez vous, avec l'envie de vous affaler dans votre fauteuil préféré, lorsque retentit soudain un claquement sourd, accompagné d'un bruit de vitre qui se brise. Votre fils est en face de vous. Il vous sourit. Tout va bien. Mais à un mètre à peine de lui, une balle perdue vient de se loger dans le mur. La baie vitrée est trouée. Qu'importe, votre fils est sain et sauf. « Grâce à Dieu mille fois ! » dites-vous.
Votre ado se lève pour vaquer à ses occupations, inconscient du danger mortel auquel il vient de réchapper. Mais vous êtes encore sonné et le resterez longtemps. Il s'en est fallu de peu...

Cette histoire n'est pas une fiction. Elle s'est déroulée au domicile du cinéaste Philippe Aractingi il y a quelques jours, à Badaro. Et fait malheureusement partie du paysage quotidien au pays du Cèdre.
« Que Dieu ne te vienne pas en aide ! » C'est en ces termes postés sur Facebook que le réalisateur en colère interpelle le tireur qui a mis en péril la vie de son fils de 15 ans. « Tu as tiré en l'air, tout content de toi. Mais entre cette balle perdue et mon fils, tout juste un mètre de distance. » « Mon fils n'a jamais connu la guerre. Moi si, dira-t-il plus tard à L'Orient-Le Jour. Je pensais avoir tourné la page. Mais à travers cette balle perdue, la guerre s'est invitée chez moi, dans ma maison. Cela réveille tant de mémoire. »

Sur les réseaux sociaux, les messages de sympathie affluent par centaines. Les condamnations aussi. Contre l'arsenal partisan illégal, contre la prolifération des armes au sein de la population, contre les tirs de réjouissance pour un oui ou pour un non. On célèbre? On tire en l'air. On est en deuil ? On lance une rafale. Notre leader discourt ? On s'en donne à cœur joie. Le voisin nous dérange? On tire aussi. Le motard fait trop de bruit ? On tire encore. Les occasions ne manquent pas. Avec en commun la même inconscience meurtrière, la même imbécilité populaire, la même impunité étatique.

Les expériences malencontreuses sont légion. Il y a quelques jours à peine, une balle perdue a atterri dans un club sportif d'Achrafieh. Idem il y a deux semaines, dans un restaurant, où une balle perdue a fini sa course au beau milieu d'une table de quatre personnes, terrorisant les convives. La liste est si longue.

L'incident de Badaro aurait pu mal tourner. Le fils du cinéaste est miraculeusement indemne. Mais d'autres n'ont pas eu cette chance. Fauchés par une balle perdue, ou dans le meilleur des cas défigurés, handicapés, meurtris dans leur chair et dans leur âme... Jusqu'à quand ?

annemariehage@lorientlejour.com

Vous rentrez à l'instant chez vous, avec l'envie de vous affaler dans votre fauteuil préféré, lorsque retentit soudain un claquement sourd, accompagné d'un bruit de vitre qui se brise. Votre fils est en face de vous. Il vous sourit. Tout va bien. Mais à un mètre à peine de lui, une balle perdue vient de se loger dans le mur. La baie vitrée est trouée. Qu'importe, votre fils est sain et sauf. « Grâce à Dieu mille fois ! » dites-vous.Votre ado se lève pour vaquer à ses occupations, inconscient du danger mortel auquel il vient de réchapper. Mais vous êtes encore sonné et le resterez longtemps. Il s'en est fallu de peu...
Cette histoire n'est pas une fiction. Elle s'est déroulée au domicile du cinéaste Philippe Aractingi il y a quelques jours, à Badaro. Et fait malheureusement partie du paysage quotidien au pays du...
commentaires (2)

Merçi de denouncer ces comportements irresponsables, dans ce pays où non seulement l'esprit civique est en cruel manquement, mais aussi où l'éducation reste à (re)faire

CAMAYOU / INEOS

15 h 10, le 11 mai 2017

Commenter Tous les commentaires

Commentaires (2)

  • Merçi de denouncer ces comportements irresponsables, dans ce pays où non seulement l'esprit civique est en cruel manquement, mais aussi où l'éducation reste à (re)faire

    CAMAYOU / INEOS

    15 h 10, le 11 mai 2017

  • "Tu as tiré en l'air" oui mais de manière aussi oblique que ta cervelle, et vers des quartiers où il y a des gens que tu détestes

    M.E

    14 h 18, le 11 mai 2017

Retour en haut