Il n'y a pas de miracle en politique mais des recettes réussies. Ce que Beyrouth Madinati a commencé un certain 8 mai 2016, Naqabati, la liste indépendante pour les élections de l'ordre des ingénieurs à Beyrouth, l'a accompli le 8 avril 2017. La recette est sensiblement la même : des candidats indépendants, du bon sens, un discours positif et rassembleur, un programme sérieux et des volontaires assoiffés de changement. Les électeurs concernés n'en demandaient pas plus pour se mobiliser à nouveau – ou pour la première fois – et sentir que leur vote compte. C'est ainsi qu'à force de travail assidu, à l'aide d'un catalyseur nommé espoir, les jeunes et moins jeunes de Naqabati ont réussi à naviguer dans les eaux troubles des accords et des désaccords politico-mafieux que les partis au pouvoir n'ont plus honte de cacher pour servir leurs propres intérêts. Les tentatives de récupération de certains d'entre eux n'ont même pas porté atteinte à l'élan constructif d'une poignée de gens qui, avec des moyens (très) limités, ont tendu la main à tous leurs confrères sans distinction, sans blâme, sans terreur et sans clientélisme.
La recette des partis ne marche plus, c'est évident. Les Libanais se réveillent. Aujourd'hui, les lève-tôt seront les ingénieurs, demain les autres professions suivront, il faut que plus rien n'arrête la détermination d'un peuple qui rejette ses dirigeants dirigés. Certes, l'objectif est partiellement atteint et la route est encore longue...Nous aurions aimé voir Jad Tabet entouré de sa fine équipe d'ingénieurs chevronnés que sont Rana Chmaïtelli, Firas Mourtada et Abdelnour Saliba. Qu'ils soient élus ou bons deuxièmes, le travail commence maintenant pour les ingénieurs au Liban. Ils auront du pain sur la planche. Ce ne sera pas une partie de plaisir que de faire face au sein de l'ordre à une résistance naturelle au changement qui ne conviendra pas à tous car trop droit, trop légal, trop éloigné des pratiques que les saigneurs de la paix ont institutionnalisées depuis déjà trop longtemps.
Il faudra continuer à être patient et rassembleur, compréhensif et à l'écoute, et les membres des partis comprendront, à force de bonne foi, le message. Lentement mais sûrement, ils deviendront « la voix de leur profession au sein des partis au lieu d'être la voix des partis au sein de leur profession ». Nous aurions alors réussi notre pari fou, celui de voir notre pays se débarrasser de la gangrène qui le ronge, de ces mêmes têtes qui l'ont terrorisé durant la guerre et appauvri depuis la paix. Ce rêve de voir un État s'édifier au-dessus des intérêts partisans pour offrir à un peuple qui n'a pas démérité un nouveau départ et une nouvelle dignité.


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