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Culture

Charlie Prince évacue l’énergie pour mieux l’interroger

Bipod 2017

Charlie Prince, artiste libano-canadien, a présenté à Citerne Beyrouth son premier solo de danse contemporaine, « Beit jissmi ».

Danny MALLAT | OLJ
26/04/2017

Après s'être produit au sein de la compagnie de danse suisse Alias et du ballet BC à Vancouver, Charlie Prince décide de travailler en free lancer, pour différents chorégraphes en Europe. Il réside actuellement à Amsterdam et crée ses propres chorégraphies.

À regarder sa performance Beit jissmi, présentée à Citerne Beyrouth dans le cadre de Bipod 2017, un seul mot vient à l'esprit: le souffle. Or il y a souffle et souffle. La langue française n'est pas la seule à hésiter, et ce flou se retrouve dans toutes les langues ou presque. Et presque toujours dans les mêmes termes: mécanique d'un côté, spirituel de l'autre. Tantôt pris dans une acception technique (le fait d'expirer l'air qu'on rejette par la bouche, en respirant, dixit Le Robert) et tantôt une force qui anime, qui inspire et qui participe au principe de création. Charlie Prince maîtrise les deux. L'anima ou l'archétype de la vie en soi, qui lui procure expérience et connaissance, et le souffle d'aller jusqu'au bout. Au bout de ses rêves, au bout de ses forces et au bout d'une performance visiblement éprouvante physiquement et mentalement, car le danseur reconnaît qu'elle le met à nu, le pousse à se dévoiler, et peut-être à livrer au spectateur un peu de son âme, de son anima.

 

Mon corps, ma maison
Il avoue avoir d'abord pensé à « The House of the Home of My Body », ou à « The Home of the House of My Body ». En voulant se pencher sur son histoire, celle d'un garçon déraciné depuis l'âge de 10 ans et en éternelle partance, c'est dans son corps qu'il va trouver le seul refuge, la seule demeure permanente. Et qu'est-ce que la maison sinon l'être intérieur, celui qui permet l'élévation spirituelle ?

Il offre un spectacle puissant aux yeux des spectateurs et violent aux siens, dans lequel chaque flux nerveux qui se déplace, chaque flot sanguin qui se renouvelle, chaque pulsion qui bat sont visibles à l'œil nu dans une sorte de maïeutique qui accouche de l'être le plus complet. Pour lui, la création est en acte violent en soi, elle procède d'un déchirement et d'une rupture. Celle de la poche des eaux pour un nouveau-né, d'un cocon pour le papillon ou encore d'une coquille pour l'œuf.

Cette violence permet paradoxalement d'apprivoiser son énergie, de maîtriser ses pulsions et contribue à se surpasser pour mieux se retrouver. Elle est en chaque être humain et s'exprime de façons différentes, tantôt contre soi-même, tantôt contre les autres. Un acte destructif pour une plus belle renaissance.
Présentée la première fois à Amsterdam, l'artiste confesse que ce fut une expérience douloureuse. D'avoir impunément exposé sa vulnérabilité, il a rêvé de disparaître sur scène, de cesser d'être reconnaissable. Dans sa deuxième prestation à Beyrouth, il admet avoir apprivoisé la bête en lui et avoir pris beaucoup de plaisir. Un solo qui requiert autant le mental que le physique, bouleversant de vérité et de talent.

Mon nom, mes croyances
Au jeu de l'abécédaire auquel il s'est livré pour L'OLJ, Charlie Prince s'est mis à nu une fois de plus, mais loin des planches de la scène. De la première lettre de son prénom, le C, c'est le mot chaos qui lui vient à l'esprit, cet état qui le réconforte, probablement parce qu'il renvoie à la divinité primordiale, au principe de tout, et à son étymologie « être grand ouvert », ce que l'artiste fait sur scène avec beaucoup de générosité. La lettre H est le hasard ou cette rencontre fortuite qu'il a faite avec le monde de la danse. La lettre A est incontournable, elle est l'amour, celui qui stimule la création et qui mène au R le monde des rêves qu'il n'a de cesse de poursuivre à la lumière de la lettre L qui l'inspire en tant que matière physique et qui le pousse vers l'intérieur de la lettre I ou vers la montée d'une vague de la lettre E avec ebb. Le parcours initiatique, toujours présent dans sa vie avec la lettre P, mais souvent absent dans l'éternel partir, n'est jamais absorbé par la lettre N, le néant.

 

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