San Mauro Pascoli, une petite commune romagnole sur l'Adriatique, bordée par le Rubicon. C'est là, dans ce domaine partagé entre le culte du poète Giovanni Pascoli et la fabrication artisanale de la chaussure, que la famille Rossi a développé une marque de souliers haut de gamme dont les principales caractéristiques ont toujours été une solidité, un confort et une ergonomie impeccables alliés à un raffinement des lignes qui en font des accessoires cultes. « J'ai grandi entouré de chaussures », nous confie Gianvito Rossi, qui ne s'est jamais posé la question de ce qu'il ferait comme métier, l'évidence de cette industrie s'imposant d'elle-même à l'enfant fasciné qui se réveillait au bruit des marteaux et du va-et-viens des fournisseurs au rez-de-chaussée de la demeure familiale. Aussi, quand Gucci rachète la marque Sergio Rossi, il est évident pour Gianvito que l'histoire ne doit pas s'arrêter là. Il décide donc, avec l'aide de sa famille, de la poursuivre sous son propre prénom.
Satin frangé et tapis rouge
De passage à Beyrouth dans le cadre d'une tournée qui marque le dixième anniversaire de sa griffe éponyme, Gianvito Rossi, costume sobre et chemise blanche entrouverte, cheveux mi-longs et regard légèrement bridé qui lui confère un petit air asiatique, nous raconte sa passion.
Dans le corner en rotonde de verre et d'acier consacré aux modèles de sa marque au complexe Aïshti by the Sea, il parle à voix basse, comme on le ferait dans un musée, comme pour mieux laisser à ses œuvres le loisir de s'exprimer pour elles-mêmes.
Autour de nous s'alignent de ravissantes babies vernies ; des escarpins classiques ou en cuir et plexi ; des mules mocassins en brocard noir et d'autres modèles tout aussi désirables, faciles à porter, n'ayant aucune autre prétention que de donner de l'allure à la silhouette, flatter le cou-de-pied et conférer un supplément de sensualité au galbe de la jambe.
On retient en particulier, pour la palme de l'efficacité érotique ultime avec une simple bande de satin, la sandale Portofino qui s'orne, cette saison, de satin frangé après avoir écumé les tapis rouges aux pieds de Diane Kruger, Gwyneth Paltrow, Anne Hataway et Emma
Watson.
Élégance et modernité
Quand Gianvito Rossi crée sa propre griffe, il ne cède en rien à l'exigence des soixante étapes de fabrication que nécessite chaque chaussure sortie des ateliers, mais il y imprime une petite différence : « Sergio Rossi s'adaptait à ses marchés et aux goûts de sa clientèle. Sous le label Gianvito Rossi, j'ai décidé de ne faire que ce qui me plaît : des chaussures qui n'ont pas besoin de surcharges pour plaire, ni de logos apparents. J'ai une idée précise de l'élégance, de la modernité et de la féminité. Je m'inspire en cela des grands architectes italiens du XXe siècle, Gio Ponti ou Carlo Aymonino, mais aussi des artistes futuristes comme Umberto Boccioni. Pour moi, la condition suprême est que l'objet découle d'un bon design, d'une architecture solide, qu'il soit stable et confortable, et qu'il respecte l'anatomie en la mettant en valeur. J'ai beaucoup appris de mes clientes. Ce sont des femmes qui ont suffisamment confiance en elles pour ne pas avoir besoin d'afficher des logos ou des artifices trop voyants. Elles ne sont pas là pour servir une marque. »
Portofino fétiches
À travers une collection inspirée du « bar à chaussures », installation imaginée lors de la célébration du 10e anniversaire de sa marque, et où s'alignaient des modèles inspirés des cocktails les plus prisés, déclinant des motifs d'olives, de cerises marasquin, de tranches d'oranges ou même de cuillers à mélanger insérées dans un talon aiguille, Gianvito Rossi annonce un usage accru des textiles dans la confection des chaussures et ne boude pas son plaisir de réaliser les Portofino, ses sandales fétiches, en satin ou brocard, ou une nouvelle collection en denim. Cet Italien dans l'âme recrée avec jubilation et poésie l'art de vivre de sa Riviera romagnole, avec le petit grain de folie fellinien qui l'accompagne. Amarcord a été tourné, après tout, dans la ville voisine de Rimini.
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