Campus

Enseigner le passé autrement pour un avenir meilleur

RÉFORME PÉDAGOGIQUE

Il est essentiel que l'étudiant puisse analyser, déduire, lire les faits et apprendre l'histoire d'une façon active.

14/04/2017

« Comment faire de nos élèves de jeunes historiens », est le titre d'une série d'ateliers adressés aux enseignants pour les introduire à une nouvelle approche de l'enseignement de l'histoire. Organisée par l'Association libanaise pour l'histoire et le Centre pour les études libanaises de l'Université libano-américaine (LAU), cette formation, prévue pour 2017-2018, s'étale sur un total de douze journées.
Venus de différentes régions libanaises, des enseignants d'histoire des classes complémentaires et secondaires y sont formés à une manière différente d'enseigner leur matière : il s'agit là de développer la réflexion et l'esprit de recherche de l'étudiant. « Il faut que l'élève soit un producteur de pensées, et non plus un rapporteur de pensées qui retient et récite, comme c'est le cas aujourd'hui. À travers l'analyse de faits et de documents, il doit être capable d'écrire un nouveau récit historique », explique Nayla Hamadeh, membre fondateur et présidente de l'Association libanaise pour l'histoire.
Participant à cette formation, Fida Malak, enseignante d'histoire à l'International College, souhaite moderniser l'enseignement du programme libanais d'histoire, le comparant aux programmes français et américain qu'elle enseigne aussi. « Nous en sommes encore à ce que nous-mêmes avons étudié il y a des années. Je prépare mes élèves au programme libanais dans la perspective de présenter l'examen officiel. Ils sont supposés retenir un certain contenu. Je ne veux plus enseigner de cette façon, surtout que c'est ennuyeux et que ça ne mène pas à l'ouverture d'esprit de l'élève ! »
Quant à Layal Olleik, coordinatrice et enseignante à l'École secondaire Imam el-Hassan et l'Association al-Mabarrat el-Khayrya, elle participe à cette formation afin de développer cette méthode d'enseignement auprès de ses collègues et d'aider les élèves à acquérir un esprit analytique. « Mon but n'est pas de faire retenir des informations en histoire juste pour passer un examen avant de tout oublier. Au contraire, je veux que l'élève analyse, déduise et lise les faits, qu'il se pose également des questions, qu'il se documente et qu'il apprenne d'une façon active. »

Appréhender son monde à la lumière de l'histoire
Afin que l'élève acquière cet esprit méthodique et analytique, les organisateurs des ateliers encouragent un enseignement qui se base sur la présentation, la comparaison et l'analyse des divers points de vue et récits. « Il n'y a pas une histoire vraie. Il y a plutôt plusieurs questions qui mènent à plusieurs réponses. Il s'agit de percevoir la complexité pour mieux comprendre les faits historiques », affirme Nayla Hamadeh, qui possède une grande expérience dans l'enseignement de l'histoire. L'approche s'appuie sur des documents et des indices, et sur la vérification des sources. « La formation nous donne des outils pour pouvoir changer, et des moyens acceptés qui ne nuisent pas à la performance de l'élève et ne touchent pas au contenu du programme », estime Fida Malak.
En outre, cette approche aidera l'élève à comprendre la situation actuelle du pays. « L'un de nos buts est que les élèves puissent dialoguer les uns avec les autres et accepter différentes opinions, et, à partir de différents éléments, construire des arguments. À partir de là, on peut éviter tout nouveau conflit », ajoute Mme Hamadeh. La formation réunit d'ailleurs des enseignants originaires des différentes communautés, pour qu'ils s'écoutent et réfléchissent ensemble. « Nous constituons ici un groupe appartenant à différentes pensées politiques, confessions et traditions. On se retrouve dans le but de s'ouvrir les uns aux autres et de transmettre à nos élèves ces concepts », explique Layal Olleik. Nayla Hamadeh insiste, pour sa part, sur l'importance de l'interaction entre les enseignants. « Une de nos missions est de créer de la communication entre eux, car nous avons perçu des cultures différentes quand il s'agit de l'histoire et de l'enseignement. »
Les participants se mettent ainsi à la place des élèves pour vivre la même expérience, proposent des idées et participent dans la production du programme, en écrivant des unités d'instruction qui constitueront un prototype pour nourrir la réflexion sur l'enseignement de l'histoire. « Ce que nous faisons, c'est pour que nous-mêmes nous découvrions quel programme convient le mieux aux différentes communautés, et quels sont les risques et avantages de chaque méthode », explique cette spécialiste de l'éducation. Parmi les participants, des membres du Centre de recherche et de développement pédagogiques (CRDP), rattaché au ministère de l'Éducation, collaborent dans le rapprochement des visions. Dans deux ans, à la fin du projet, les organisateurs présenteront un guide d'entraînement qui servira de base pour former d'autres membres du CRDP à la méthodologie de l'enseignement, en attendant la décision politique de réformer le programme.
Les organisateurs n'en sont pas à leur première formation. Depuis 2013, ils organisent des ateliers alternés entre Beyrouth et les différentes régions libanaises. « Cette expérience nous montre les divers besoins du pays et quel programme il faut concevoir », souligne Nayla Hamadeh. Grâce à cette série d'ateliers, les enseignants, formés à la méthode d'enseignement, seront ainsi mieux préparés à aborder tout nouveau programme qui serait adopté, ultérieurement, au niveau officiel.

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