La sous-spécialisation, un « must » pour les générations futures - Nada MERHI

LE MARCHÉ DU TRAVAIL

La sous-spécialisation, un « must » pour les générations futures

13/04/2017

Définir les besoins et les réalités du marché de l'emploi au Liban est une tâche quasi impossible en l'absence d'études officielles effectuées sur ce plan. «Nous ne saurions aborder la question d'une manière scientifique tant qu'une étude exhaustive n'a pas été conduite au sujet des différentes filières du marché de l'emploi », affirme Jean Abi Fadel, directeur général de l'Office national de l'emploi (ONE). « Le budget alloué par le gouvernement à l'office devrait inclure les fonds nécessaires pour réaliser ce projet, poursuit-il. Malheureusement, ce n'est pas le cas. »

Les chiffres avancés sur le marché de l'emploi au Liban sont donc tirés de rapports publiés par certaines administrations, comme l'ONE, l'Administration centrale de la statistique (ACS) ou le ministère du Travail, ainsi que des rapports d'agences onusiennes, comme le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), ou encore des rapports de la Banque mondiale. Aussi, dans un rapport daté de 2012, la Banque mondiale souligne qu'au cours de la dernière décennie, l'économie libanaise a progressé, sans que de nouveaux emplois n'aient été créés. Dans un rapport de 2013, le PNUD avait estimé de son côté que le marché libanais pouvait créer chaque année près de 5 000 nouveaux emplois, alors que le nombre des nouveaux venus sur le marché du travail a atteint les 32 000 en 2013. En ce qui concerne le taux de chômage, il varie lui aussi selon la source. Selon le rapport 2012 de la Banque mondiale, celui-ci aurait atteint les 11 %. L'Administration centrale de la statistique estime à 6 % le taux de chômage au Liban, alors que selon l'Office national de l'emploi, celui-ci se situerait entre 20 et 25 %. Enfin, selon le document sur la politique nationale de la jeunesse, avalisé par le gouvernement en 2012, le taux de chômage parmi les jeunes s'élève à 34 %.

Selon les spécialistes du secteur, ces chiffres ne reflètent pas tout à fait la réalité du marché. « Nous ne disposons pas de bonnes données ni sur la situation globale du marché ni sur la situation par secteur, relève l'économiste Roger Melki. Les données que nous avons sont dispersées et contradictoires. Nous savons toutefois, par estimation, qu'il y a des filières qui sont moins saturées que d'autres, comme le secteur des télécommunications qui est actuellement en plein essor. »

Priorité à l'université
Roger Melki explique qu'on estime à près de 1,3 million le nombre de « travailleurs » au Liban, répartis comme suit : près de 220 000 dans le secteur public (forces de sécurité, enseignants, administrations...), quelque 320 000 salariés dans le secteur privé et plus de 600 000 qui travaillent à l'étranger, mais qui sont rattachés au pays. « Plus de la moitié de la force active au Liban est indépendante, comme les avocats, les médecins, les électriciens, les mécaniciens, les épiciers, les couturiers, etc., ajoute M. Melki. Les travailleurs indépendants sont majoritaires, alors que les élèves s'orientent vers les emplois. »
Sur quelles bases donc les élèves devront-ils choisir la carrière à suivre ? « De nos jours, l'élève ne devrait pas se fixer comme seul objectif le diplôme, répond Roger Melki. La priorité doit être accordée au choix de l'établissement universitaire, du fait que les salaires et les opportunités de travail sont tributaires de ce choix. Ainsi, les détenteurs d'un diplôme d'une université prestigieuse ont plus d'avantages et plus de chances de trouver un bon emploi que ceux qui ont suivi leurs études dans une université moins importante. On ne peut pas négliger la dimension de l'institution, parce que le côté relationnel est important. »

Roger Melki note par ailleurs que les connaissances à elles seules ne sont plus suffisantes, « puisqu'elles deviennent rapidement désuètes », en raison des « changements qui surviennent dans tous les domaines ». « Il faut toujours rester à jour, d'autant que nous avons atteint un stade où tout est tellement accéléré que la compétition n'est plus uniquement à un niveau local ou international, mais aussi au niveau de la technique et de l'intelligence artificielle, insiste-t-il. C'est une vision à laquelle il faut s'adapter. »

Vers des sous-spécialisations
L'économiste est convaincu qu'au cours des deux prochaines décennies, « des changements vont s'opérer » et « l'on va se retrouver devant de nouveaux défis ». « Tous les secteurs sont amenés à changer, note-t-il. Dans le secteur bancaire, à titre d'exemple, l'informatisation occupe une place évidente. Nous avons à la limite besoin de banques, mais de moins de banquiers, car toutes les opérations peuvent se faire à distance. On va ainsi se retrouver avec moins d'emplois dans la conception traditionnelle du secteur. Néanmoins, de nouvelles filières émergent comme la gestion bancaire privée ou le private banking, le conseil bancaire, les projections, les analyses... Donc, on aura besoin de personnes qui soient spécialisées dans ces domaines plutôt que de simples techniciens. Cela s'appliquera à tous les secteurs. »
Pour Roger Melki, l'étudiant doit pousser loin ses études et ne pas se contenter d'un simple diplôme. « La sous-spécialisation est importante, insiste-t-il. Pour augmenter ses chances de travail, on ne peut plus rester monodisciplinaire et généraliste. »

Et de conclure en affirmant que l'une des nouvelles tâches des écoles « serait de réfléchir sur des moyens d'ouvrir ces horizons aux élèves ». Pour lui, « tout un travail doit se faire par les établissements scolaires dans ce sens pour créer des relations avec la société civile et le monde des affaires, d'autant qu'à l'heure actuelle, le cloisonnement est fort ».

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