Le plaidoyer de Fady Gemayel pour les filières techniques - Nour BRAIDY

LE MARCHÉ DU TRAVAIL

Le plaidoyer de Fady Gemayel pour les filières techniques

Fady Gemayel, président de l'Association des industriels libanais, dresse pour L'Orient-Le Jour une esquisse du marché de l'emploi au Liban et donne ses conseils aux jeunes.

13/04/2017

Choisir à 17 ou 18 ans son cursus universitaire n'est pas aisé. Ce choix engage parfois le jeune étudiant dans de longues études coûteuses et peut aussi s'avérer inadapté au marché du travail. Pour cela, Fady Gemayel, président de l'Association des industriels libanais (AIL), dresse pour L'Orient-Le Jour un tableau des perspectives d'emploi difficiles à cerner, en raison du manque de statistiques. Il donne sur ce plan ses judicieux conseils aux jeunes qui s'apprêtent à faire leur entrée dans la vie universitaire.

Marché de l'emploi
« Saturé. » C'est par ce terme que Fady Gemayel décrit le marché du travail au Liban. Loin d'être fataliste, il affirme que « des ajustements doivent être faits ». « Nous devons entreprendre une réforme économique qui génère de nouveaux emplois, indique-t-il. Et nous devons orienter nos jeunes vers des filières dont le marché a besoin. » Ces filières, selon le président de l'AIL, sont les filières techniques.

« Nous avons une richesse financière et une richesse humaine inégalées, explique le patron des industriels. Nous avons des compétences dans tous les domaines, au Liban ou ailleurs. Avec ces richesses, il n'est pas normal que notre revenu moyen par habitant soit de 11 000 dollars par an.»
« Nous sommes en manque de statistiques, souligne Fady Gemayel. Mais ce qui est certain c'est que des milliers de personnes ont besoin de travailler au Liban. Nous devons donc créer des emplois et nous pouvons le faire dans le domaine de l'industrie locale. »

Le responsable déplore le fait que les secteurs productifs tels que l'industrie n'aient pas été développés au Liban. « Pourtant, ils sont créateurs d'emplois et dire que nous n'avons pas de matières premières n'est pas un argument valable », dénonce-t-il en citant l'exemple de l'Italie et son café, et de la Suisse et son chocolat. « Il faut arrêter d'avoir des clichés figés et profiter des leçons tirées par les autres pays, affirme-t-il. Nous ne pouvons plus remettre en question le rôle de l'industrie, la Chine a prouvé l'importance de ce secteur. »

La filière technique
Fady Gemayel encourage donc les jeunes à se diriger vers les filières techniques et relève l'existence d'un « problème structurel » dans le système éducatif au Liban, ainsi qu'un « problème culturel ». « Tout le monde veut aller à l'université et beaucoup de jeunes veulent suivre les mêmes études. Il y a un problème d'approche chez les parents comme chez les enfants », déplore-t-il.

Par conséquent, de nombreuses failles ont vu le jour. « Il y a un manque de main-d'œuvre, par exemple dans tout ce qui touche aux chaînes d'approvisionnement et à la calibration de machines, indique-t-il. Même si nous avons des ingénieurs qui ont fait des études très avancées, ils n'ont pas fait ce genre de spécialisations. »

Fady Gemayel aurait donc tendance à encourager les jeunes à s'éloigner des filières traditionnelles. « D'après mes chiffres, il y a 12 000 médecins qui ne touchent pas 1 000 dollars par mois, mais nombreux sont ceux qui continuent à vouloir faire des études de médecine », relève-t-il.

L'industriel propose de s'inspirer de pays tels que l'Allemagne, où seuls 15 % des étudiants vont à l'université, ou encore la Suisse. « En Suisse, seuls 12 % des étudiants vont à l'université et 88 % optent pour les écoles techniques. Ce petit pays est aussi connu pour avoir le plus grand nombre de brevets inscrits annuellement. Le directeur général de Nestlé, par exemple, a lui-même opté pour la filière technique et non universitaire », ajoute-t-il.
Au Liban, affirme M. Gemayel, « il y a une ruée vers les universités et l'on regarde les formations techniques avec dédain ». Pourtant, dit-il, « nous avons beaucoup à gagner en accordant de l'importance à la formation technique, nous avons un chômage important chez les jeunes, mais en même temps nous avons un besoin réel de compétences. Les jeunes doivent se rapprocher des formations plus terre à terre ».

Le président de l'AIL souhaite en finir avec les idées préconçues. « La rémunération de ceux qui ont opté pour la filière technique n'est pas moindre que les autres », assure-t-il. Pour lui, les avantages de cette filière sont nombreux : « L'étudiant entre dans le monde du travail relativement tôt et ne puise pas dans les réserves de ses parents pour suivre ses études. Quand on commence à travailler jeune et à gagner de l'argent jeune, un cercle vertueux se construit. »

Mais le plus important, conclut Fady Gemayel, c'est que chaque jeune «fasse ce qu'il a envie de faire, mais comme il se doit, avec sérieux, plaisir et engagement ».

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