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Liban

Lettre des cinq présidents : le Hezbollah contre-attaque

Débat

« La campagne d'intimidation vise à prohiber tout propos sur les armes illégales », estime l'ancien député Farès Souhaid.

S.N. | OLJ
30/03/2017

Alors que se déroulait hier le sommet arabe à Amman, le débat battait son plein au Liban au sujet de la lettre adressée à la Ligue arabe par les anciens présidents Michel Sleiman et Amine Gemayel, et les anciens Premiers ministres Tammam Salam, Nagib Mikati et Fouad Siniora.
Publié dans son intégralité hier, le texte défend des positions de principe contre les armes du Hezbollah, et indirectement contre son implication en Syrie – deux questions occultées par le régime actuel. Motivée par « les dangers qui guettent le Liban et notre nation arabe », la lettre défend l'engagement du Liban en faveur de « l'application intégrale de l'accord de Taëf » et de la déclaration de Baabda, ainsi que son adhésion aux résolutions internationales, dont la 1701, et aux résolutions de la Ligue arabe. Elle condamne « les ingérences étrangères dans les affaires internes arabes et libanaises » et souligne, à deux reprises, « la nécessité d'une solidarité arabe avec le Liban dans la libération de son territoire et le refus des armes illégales ». Le refus de ces armes s'ajoute à « la condamnation du terrorisme sous toutes ses formes », également mentionnée par le texte.
Bien que minimisée par le président de la République et par le Premier ministre, ce dernier évoquant « un train en marche au Liban » que d'aucuns seraient libres de prendre ou non, cette lettre a permis d'ouvrir pour la première fois depuis l'élection de Michel Aoun le débat autour de la voie vers laquelle s'oriente justement ce « train ». Les principes à portée stratégique, comme le monopole des armes, en veilleuse depuis le compromis de la présidentielle, se sont ainsi réincorporés hier aux discours politiques.

Hoss « plus sage » que « cinq petits nègres »
En atteste la vive réplique (et sans doute la plus violente) du Hezbollah hier, par la voix du député Ali Ammar, aux cinq signataires de la missive. « La lettre des cinq présidents au sommet arabe est une charge explosive pernicieuse faite par cinq petits nègres, dont l'origine est étrangère (des milieux du 8 Mars soupçonnent l'Arabie d'avoir orchestré cette démarche, NDLR) », a déclaré M. Ammar, appelant les Libanais à « prendre conscience de qui est avec le Liban et qui est avec les ambassades ». En outre, la visite d'une délégation du bloc parlementaire hezbollahi, emmenée par le député Mohammad Raad, au domicile de l'ancien Premier ministre, Sélim Hoss, a elle aussi servi de réponse à la missive libanaise. « Nous avons voulu nous enquérir de la santé du président Hoss qui, en dépit de sa vieillesse, a plus de vitalité et de sagesse que beaucoup de ceux qui font de la politique dans ce pays », a déclaré M. Raad. Et d'ajouter, en réponse à une question : « Seul le président Aoun représente la position libanaise officielle. Et d'autres propos par-ci par-là n'ont plus d'intérêt. »
D'autres pôles du 8 Mars, notamment le président de la Chambre, Nabih Berry, se sont attardés sur le « vice de forme » de la lettre, comme pour mieux occulter le débat sur le fond. « Aucun des signataires de la lettre ne boycotte actuellement le président de la République, au contraire. Ils lui rendent visite plus fréquemment que nous. Quel est donc l'intérêt de renvoyer pareille image du Liban ? » s'est demandé M. Berry hier devant les députés présents à la réunion de mercredi à Aïn el-Tiné. « La forme est ici étroitement liée au fond, et cet appel (des cinq présidents, NDLR) est rejeté sur la forme », a ajouté le président de la Chambre. Décalant le cadre du débat de la scène interne à la scène régionale arabe, il a taxé les signataires de la lettre de vouloir faire de la surenchère par rapport à la Ligue arabe. « En lisant dans les journaux le projet de déclaration élaboré par les ministres arabes des Affaires étrangères, je l'ai jugé plus clément que notre propre déclaration sur nous-mêmes », a-t-il déclaré, avant de rappeler que « treize sommets arabes ont porté dans leur déclaration finale une réaffirmation du triptyque armée-peuple-résistance, avec une reconnaissance de ce que le Sud a enduré à la suite des agressions israéliennes que les signataires de la lettre font mine d'ignorer (...) ».

Le paradoxe du courant du Futur
Le ministre Nouhad Machnouk a lui aussi pris le relais du tandem chiite, en dénonçant l'exportation des conflits internes libanais. Il a ainsi déclaré hier que « la lettre des cinq présidents, en ce qu'elle est sortie des frontières libanaises, est un péché national ». Se prononçant lors d'une rencontre organisée à Abou Dhabi par l'ambassadeur du Liban en hommage à l'ancien ministre Élias Murr, président de la Fondation Interpol, M. Machnouk a dénoncé le fait « d'expédier une lettre au secrétariat de la Ligue arabe sur un conflit interlibanais... et que personne ne nous fasse de la surenchère sur notre arabité, ni sur la question des armes du Hezbollah ou celle de la politique iranienne (...) ». « Ceux qui transgressent les limites frontalières violent les règles de la politique », a-t-il ajouté. Outre que de sonner étrangement comme une accusation au Hezbollah, plus qu'aux cinq présidents, cette prise de position contredit le créneau du courant du Futur qui a choisi, en appuyant Michel Aoun à la présidentielle, d'écarter du débat les points stratégiques litigieux, en ce que leur résolution est tributaire de facteurs étrangers.
L'artifice de contenir des questions liées à la souveraineté libanaise a comme été révélé au grand jour par la lettre des cinq présidents. Plus important que cette lettre est l'effet revitalisant qu'elle a eu dans des milieux restés attachés aux principes du 14 Mars.
Ainsi, l'ancien député Moustapha Allouche, membre du bureau politique du courant du Futur, a donné une lecture mesurée de la lettre. « Elle a certes embarrassé le président de la République et le Premier ministre, mais il ne fait pas de doute que son contenu est excellent, représentatif de toutes les positions du 14 Mars », a-t-il déclaré à l'agence d'information al-Markaziya.
C'est donc sur le fond de la lettre, plus important selon eux que la forme, que se sont aussi focalisés hier les indépendants du 14 Mars, relayés par les Kataëb.
L'ancien député et président de la rencontre de Saydet el-Jabal, Farès Souhaid, a notamment estimé que « le contenu de la lettre est rationnel et ne provoque aucune partie libanaise, puisqu'il réaffirme l'adhésion à la légalité libanaise (...), et défend l'intérêt du Liban sur la base de points approuvés par tous les Libanais ». Il a rappelé l'adhésion du Hezbollah à la 1701 et à la déclaration de Baabda lors de la conférence de dialogue de 2012, et sa reconnaissance de Taëf. « Pourquoi donc une campagne est-elle menée contre la missive ? » s'est-il interrogé. Et de donner une réponse aussitôt : « L'intimidation du Hezbollah vise à ce stade à prohiber désormais tout discours sur ses armes. »

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Beauchard Jacques

M Berry le sait bien le monopole de la violence appartient à l'Etat rejeté cette nécessité condamne le Liban au pire.....

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

ILS ONT FAIT A MOITIE LEUR DEVOIR CAR CES MISSIVES DEVRAIENT ALLER AUSSI AUX NATIONS UNIES ET AUX GRANDES PUISSANCES RESPONSABLES DE L,APPLICATION DE LA 1701 !

AIGLEPERçANT

Je pense que la déclaration finale du conseil de la ligue arabe a répondu à cette lettre qui a le défaut de ne voir la 1701 que du côté contraignant pour la résistance libanaise à l'usurpie.

ON NE PEUT PAS TOUCHER AUX ARMES BÉNÉFIQUES DE LA RÉSISTANCE QUI ONT FAIT LEUR PREUVE EN 2000 ET 2006 TANT QUE CE PAYS DE VOLEURS de terre palestinenne NOUS MENACE .

DIMONA AMMONIAQUE YAKHONT...... WOU BASS....

Tabet Ibrahim

Ils ont bien fait d'envoyer cette lettre

Yves Prevost

La forme est sans doute inhabituelle, mais que peut-on reprocher au contenu? Respect des décisions du Conseil de Sécurité (la 1701), respect de l';accord de Baabda (Rappel de la neutralité du Liban), respect de la légalité libanaise (Rejet des armes illégales). Qui peut s'insurger contre et se dire libanais?

Bery tus

Et discours il y aura !!

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