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Liban - Dialogue

Messarra : Le Liban, exemple normatif dans un environnement hostile ou en transition démocratique

« Les trois D de l'islam – dîn, dunia, dawla (religion, vie temporelle, État) –, ces slogans aussi tapageurs que vides, c'est fini ! »

« Que faire après la conférence mondiale d'al-Azhar sur la citoyenneté et le vivre-ensemble dans le monde arabe (28 février-1er mars) ? »
s'interroge le Pr Antoine Messarra, membre du Conseil constitutionnel, qui en souligne, dans les extraits qu'on va lire, l'importance. Une importance telle que le pape François a décidé de lui donner tout l'écho qu'elle mérite, en répondant rapidement aux invitations qui lui ont été adressées à visiter l'Égypte (voir par ailleurs). À travers cette conférence, assure le Pr Messarra, à laquelle ont participé 200 personnalités de plus de 60 pays, l'Université al-Azhar et le Comité des sages musulmans « viennent à la rescousse d'un monde arabe tourmenté ». Le Pr Messarra ajoute que la présence libanaise à cette conférence, avec des dignitaires et personnalités de haut niveau, « confirme aussi le rôle et message du Liban en tant qu'exemple normatif dans un environnement hostile ou en transition démocratique ».

Voici un extrait d'une plus large réflexion rédigée par le Pr Messarra au retour de la conférence :
« La déclaration d'al-Azhar du 1er mars 2017, lue et proclamée par l'imam d'al-Azhar en personne à l'issue de la conférence des 28/2 et 1/3/2017, doit désormais enclencher dans le monde arabe, dans les universités, les recherches, les actions des instances religieuses, civiles, culturelles et éducatives, les médias et les dialogues islamo-chrétiens, sept perspectives de travail.
« 1. Promouvoir un discours nouveau porteur en lui-même de nouveauté et d'authenticité: il s'agit de mettre fin au discours réactif qui, même s'il est fortement argumenté, contribue à la diffusion du discours idéologique en vogue sur le marché de l'ignorance et de l'extrémisme. Une telle perspective s'adresse surtout à des académiques, des intellectuels, des chercheurs et des journalistes qui, quand ils sont démunis d'idées neuves et profondes, ruminent, brodent et réagissent sur ce que d'autres disent.
État « islamique », trois D de l'islam (dîn, dunia, dawla – religion, vie temporelle, État), confessionnalisme, communautarisme, sectarisme..., ces slogans propagés dans des Mémoires, des thèses et des colloques, aussi tapageurs que vides, c'est fini !
« 2. Chacun est responsable de son image : l'islamophobie, l'image négative de l'islam, l'accusation d'autrui de propager une idéologie et image négative de l'islam dans le monde, c'est encore fini ! Rejeter la responsabilité sur l'autre constitue une dérobade. Corriger chez les autres une image altérée de l'islam, produire des livres et des manuels en vue d'une meilleure communication..., cela ne sert qu'à se déresponsabiliser. Toute personne est responsable de son image. Frédéric Nietszche disait à propos des chrétiens: "Pour croire en leur Sauveur, il faut qu'ils aient l'air sauvés." C'est dire qu'islam et musulmans doivent se pencher sur eux-mêmes.

Hiérarchie des valeurs
« 3. La hiérarchie des valeurs en islam: on ne peut continuer à étaler en vrac des valeurs par-ci et par-là dans l'islam et à produire, avec souvent de bonnes intentions, des manuels de pédagogie interculturelle pour la connaissance mutuelle, sans vivre et approfondir le problème central de la hiérarchie des valeurs en islam.
« À quoi sert-il que des époux aient cent valeurs communes si l'épouse pardonne alors que l'époux est rancunier ? Au sommet de la hiérarchie des valeurs en islam, c'est la rahma (miséricorde). En effet, la justice ('adl) sans miséricorde frôle l'injustice (summum jus, summa injuria, suivant l'adage romain). La tolérance (moussâmaha) sans miséricorde devient complaisance et politesse sociale. La piété (taqwa), c'est pour solliciter la miséricorde. La liberté (hurriya) peut dévier de sa finalité et retrouve sa rectitude dans la miséricorde. Amour chrétien et miséricorde musulmane sont les deux expressions d'une même valeur transcendante.
« 4. La distinction en islam entre mou'amalâ (organisation sociale) et 'ibâda (spiritualité): une telle distinction, par la nature même des choses, doit être désormais clairement tranchée, sinon comment résoudre des problèmes concrets et épineux sur la famille, la condition féminine, l'égalité, la succession des biens, les habitudes vestimentaires, alimentaires... ?
« Cette perspective se situe en plein dans l'exigence du tafakkor (l'équivalent de repenser, reprendre sa pensée, suivant l'expression de Paul Valéry). Al-tafakkor figure des dizaines de fois dans le Coran.

Le principe de légalité et les imposteurs
« 5. L'émergence du principe de légalité dans l'islam et dans l'histoire du monde arabe : cette émergence, phénomène anthropologique naturel dans toute société, a souvent été occultée. Il en découle des confusions, même chez des spécialistes et dans des travaux académiques, entre charia et tachrî' (législation). La loi en tant que texte exécutif, positif et impératif est une production exclusivement humaine, dont les sources certes sont religieuses, philosophiques, idéologiques... L'approche, historique et pragmatique, en vue de l'acculturation du droit, débouche sur des conséquences profondes pour l'écriture de l'histoire du monde arabe, la socialisation du droit et l'éducation à la citoyenneté.
« 6. Qui sont les mounâfiqoun (hypocrites, imposteurs) ? Le terme figure près de vingt fois dans le Coran, sans que des exégètes aient largement approfondi qui sont les imposteurs, tout comme nombre de pharisiens et docteurs de la loi dans l'Évangile. Aujourd'hui, avec le recul des grandes idéologies d'autrefois, les imposteurs et marchands du temple ont envahi et envahissent tous les temples dans une politologie de la religion qui n'a rien à voir avec la religion et la foi.
« 7. Le patrimoine musulman et arabe de gestion du pluralisme religieux et culturel: ce patrimoine, non enseigné dans les universités, dénigré par une idéologie aliénée et aliénante de la nation-building, fourré par des intellectuels et académiques hantés par un complexe d'infériorité dans les slogans du confessionnalisme, communautarisme, sectarisme... est en déphasage complet avec les exigences variées et multiples de gestion du pluralisme religieux et culturel dans le monde d'aujourd'hui.

« Que faire après la conférence mondiale d'al-Azhar sur la citoyenneté et le vivre-ensemble dans le monde arabe (28 février-1er mars) ? »s'interroge le Pr Antoine Messarra, membre du Conseil constitutionnel, qui en souligne, dans les extraits qu'on va lire, l'importance. Une importance telle que le pape François a décidé de lui donner tout l'écho qu'elle mérite, en répondant rapidement aux invitations qui lui ont été adressées à visiter l'Égypte (voir par ailleurs). À travers cette conférence, assure le Pr Messarra, à laquelle ont participé 200 personnalités de plus de 60 pays, l'Université al-Azhar et le Comité des sages musulmans « viennent à la rescousse d'un monde arabe tourmenté ». Le Pr Messarra ajoute que la présence libanaise à cette conférence, avec des dignitaires et personnalités de haut...
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