Les véhicules autonomes doivent-ils passer le permis de conduire ? Derrière cette interrogation d’apparence saugrenue, « la question qui se pose (…) est celle de la moralité de la machine : la technologie n’est jamais neutre. Derrière chaque algorithme se cachent des valeurs ; choisies justement par un ingénieur qu’on laisserait décider, en cas d’accident inévitable, entre le choc avec un bus de 40 personnes et le plongeon dans un ravin de la voiture autonome », se demande Arthur De Grave, du collectif OuiShare.
« Les véhicules autonomes doivent-ils passer le permis? » : derrière cette question d'apparence saugrenue, partisans et détracteurs des voitures sans chauffeur se sont affrontés récemment, à Lille dans la nord de la France, lors d'un faux procès autour des mesures visant à encadrer l'usage de la voiture autonome.
À la barre d'un amphithéâtre de la chambre de commerce transformée en salle d'audience, se succèdent experts et avocats, avant que des jurés tirés au sort parmi le public de cette conférence-spectacle, organisée par la Métropole européenne de Lille, ne se prononcent. « Nous avons déjà abandonné la souveraineté de la conduite à des chauffeurs de bus ou de train, pourquoi pas alors pour la conduite de voiture? » lance à l'assistance Vincent Edin, journaliste indépendant, censé défendre farouchement les voitures autonomes. Pour permettre de réduire flux, bouchons et pollution en ville, « il faudra que ces voitures soient partagées, un peu comme les bus aujourd'hui, et électriques. Elles rejoindront de grands hangars à l'écart des villes, permettant moins de circulation en leur centre... même si des emplois seront menacés », éclaire l'une des expertes, Maureen Houel, directrice générale d'Autonomy (festival des « mobilités urbaines durables » ).
En effet, pour les seuls États-Unis, l'emploi d'environ quatre millions de personnes – camionneurs, chauffeurs de taxi, etc. – est menacé par la voiture autonome, selon plusieurs experts internationaux. Ces véhicules suscitent un énorme intérêt, tant des grands constructeurs mondiaux (qui font miroiter pour certains une production en série aux alentours de 2020) que de plusieurs grands acteurs du secteur technologique. Même les pouvoirs publics sont invités à s'en préoccuper de près : dans un rapport publié à la mi-janvier, l'Union internationale du transport public avait estimé que leur développement représentait « une opportunité unique de changer fondamentalement la mobilité urbaine, (...) mais uniquement si les autorités et les compagnies de transport public jouent, dès à présent, un rôle actif et intègrent les véhicules autonomes dans le réseau de transports en commun ».
Intelligence artificielle
« Vive les trottoirs élargis, adieu klaxons et pollution ! Les fins de soirée alcoolisées ? Ce ne sera plus un problème. Et vous pourrez même dormir dans votre voiture pour arriver en forme à votre rendez-vous ! », s'enthousiasme de nouveau M. Edin. « Arrêtez vos sottises, la voiture reste le dernier espace où vous avez encore deux secondes pour lever la tête, regarder autour de vous en étant libre de votre destination », lui répond son contradicteur, Arthur De Grave, du collectif OuiShare. « La question qui se pose, ici, est celle de la moralité de la machine : la technologie n'est jamais neutre ! Derrière chaque algorithme se cachent des valeurs ; choisies justement par un ingénieur qu'on laisserait décider, en cas d'accident inévitable, entre le choc avec un bus de 40 personnes et le plongeon dans un ravin de la voiture autonome », appuie-t-il.
Plusieurs études estiment cependant que ces nouvelles voitures pourraient réduire le nombre de victimes des accidents de la route – 1,3 million par an à l'échelon mondial –, la plupart en raison de la fatigue ou d'une distraction, ou parce que le conducteur n'a pas réagi assez rapidement. Vient le verdict : les jurés, après délibération, décident à trois voix contre deux que les voitures autonomes devraient bel et bien passer le permis de conduire...
D'autre part, le constructeur de voitures électriques Nio, basé à Shanghai en Chine, a annoncé vouloir commercialiser un véhicule totalement autonome aux États-Unis d'ici à 2020. L'entreprise, qui produit déjà des véhicules de course pour la formule E (électrique) sous la marque NextEV, a dévoilé un prototype sans chauffeur, baptisé Eve, à la conférence South by Southwest d'Austin, au Texas. La voiture sera équipée d'un système d'intelligence artificielle et d'une interface intuitive : elle sera capable « d'apprendre » les préférences et les besoins de ses passagers, et de leur proposer différentes sortes de divertissements durant le trajet.
En outre, l'État américain de Californie veut assouplir ses règles pour les tests de voitures autonomes, afin notamment d'autoriser des véhicules dans lesquels il n'y a réellement pas de conducteur humain, ont annoncé les autorités locales. Les nouvelles règles doivent encore être soumises à consultation publique, avec une version finale prévue d'ici à la fin de l'année, a indiqué le département des véhicules à moteur.
(Source : AFP)

