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Administration

Lorsqu’une fonctionnaire qui applique la loi est révoquée plutôt que d’être récompensée

Gloria Abi Zeid. Facebook

Les mesures administratives prises par le ministre de l'Agriculture, Ghazi Zeaïter, à l'encontre de la directrice générale des coopératives au sein du ministère de l'Agriculture, Gloria Abi Zeid (décrites comme des mesures arbitraires et injustes contre une fonctionnaire dont le souci est de vouloir appliquer la loi), ont suscité un véritable tollé dans divers milieux.

Il y a près de trois semaines, la directrice générale des coopératives, ancienne présidente du comité administratif pour l'exécution du Plan vert, connue pour sa probité et son attachement à l'application de la loi dans l'exercice de sa fonction, a refusé d'apposer sa signature sur des attestations de création de deux coopératives d'habitation, qu'elle jugeait illégales. La décision de la suppression de ces coopératives n'a pas eu l'heur de plaire au ministre de l'Agriculture, qui, quatre jours plus tard, a ordonné son annulation, ainsi que l'annulation d'une autre résolution émise par Mme Abi Zeid, visant à sanctionner une employée qui avait commis une enfreinte à la loi dans le cadre de ses fonctions.

Selon la LBC, il s'agit d'une fonctionnaire qui a couvert des infractions plutôt que de les rapporter, ce qui a poussé Mme Abi Zeid à retenir son salaire pour une durée de dix jours, mesure aussitôt annulée par le ministre de l'Agriculture. Ces infractions porteraient sur la création d'une Caisse mutuelle nationale pour garantir le secteur agricole des catastrophes naturelles. Selon la chaîne précitée, l'organisme, censé compter 51 membres, n'en comporte que 35, dont certains ne remplissent pas les conditions légales pour en faire partie, comme ce magistrat nommé directeur général dans une administration. En outre, cette mutuelle aurait reçu une aide financière dont le montant n'a pas été dépensé selon l'usage qui lui était destiné.

Ne se contentant pas d'annuler les décisions de la directrice générale des coopératives, M. Zeaïter est allé, jeudi, jusqu'à décréter le gel de ses prérogatives, lui interdisant de remplir ses fonctions, le temps que le secrétariat général du Conseil des ministres donne suite à une demande du ministre de l'Agriculture, adressée le jour même, d'annuler un décret de 2015, en vertu duquel Mme Abi Zeid avait été désignée à son poste, et de la nommer à nouveau présidente du comité administratif du Plan vert.

« Révolution blanche »
Au cours d'une conférence de presse tenue au siège de la Ligue maronite, où l'on notait la présence de cadres des Forces libanaises (FL), le président de la ligue, Antoine Klimos, s'est insurgé contre les ordonnances émises par le ministre de l'Agriculture, exprimant son étonnement qu' « un ministre censé garantir l'intérêt public et mettre fin au gaspillage, réprime une employée modèle qui a voulu appliquer la loi et préserver les deniers publics ».

Le président de la Ligue maronite s'est par ailleurs interrogé sur la légalité des décisions de M. Zeaïter, notamment celle de réclamer l'annulation du décret de nomination de Mme Abi Zeid à son poste de directrice. « Si M. Zeaïter doute de la légalité de ce décret, pourquoi donc l'avait-il signé lorsqu'il était ministre des Travaux publics dans le gouvernement de Tammam Salam ? » a-t-il lancé, dénonçant « une injustice flagrante contre une haute fonctionnaire de l'État, compétente et courageuse ».

Et d'appeler les médias dans toutes leurs composantes à « mener une révolution blanche » contre l'esprit de corruption qui règne dans les services de l'État, avant d'exhorter le président de la République, Michel Aoun, « pour qui la lutte contre la corruption constitue un des chevaux de bataille de son mandat », ainsi que le chef du gouvernement, Saad Hariri, et le président du Parlement, Nabih Berry, à « prendre les mesures nécessaires pour préserver le droit et la vérité ».

Le président de la Ligue maronite a en outre invité M. Zeaïter à « tirer profit de compétences comme celles de Mme Gloria Abi Zeid, plutôt que de prendre en considération les intérêts illégitimes et illégaux des personnes, quelle que soit leur position ».

Une source proche du dossier a expliqué à L'Orient-Le Jour pourquoi les deux coopératives d'habitation qui ont fait l'objet d'une suppression étaient illégales. Selon cette source, les complexes résidentiels construits par les coopératives doivent appartenir à leurs seuls membres. Or, souligne-t-elle, ces deux coopératives, l'une connue sous l'appellation d'al-Amal, l'autre baptisée du nom de l'archevêque grec-catholique de Zahlé, Mgr Issam Darwiche, ont édifié sur des biens-fonds appartenant au waqf ecclésial des immeubles dont les appartements ont été vendus à des tiers ne faisant pas partie de ces coopératives. La source précitée rappelle que la réglementation, en vertu de laquelle les membres de tels groupements ont seuls le droit d'acquérir ces appartements, a été établie pour aider les personnes à revenu limité, et non pour générer des bénéfices pour les commerçants.

Toujours selon cette source, Mme Abi Zeid s'était adressée au représentant du Conseil d'État auprès de son administration, pour lui demander de statuer sur la légalité de sa décision d'annuler les coopératives. Le magistrat avait répondu que la décision est légale.

Michel Moawad et Jawad Boulos
Montant eux aussi au créneau, le président du mouvement de l'Indépendance, Michel Moawad, et l'ancien député Jawad Boulos ont accusé M. Zeaïter, dans un communiqué, de « profiter de son poste de ministre pour atteindre des objectifs personnels », soulignant qu' « en écartant la directrice générale des coopératives, dont nombre de responsables reconnaissent l'honnêteté et le rejet des abus et du clientélisme, le ministre a dépassé ses prérogatives et enfreint les lois ». Et de dénoncer ainsi « les pratiques arbitraires de certains ministres qui font fi des lois en vue de satisfaire des intérêts privés et réaliser des bénéfices financiers et sectaires ».

« L'évaluation des fonctionnaires n'est pas censée dépendre de l'humeur d'un ministre. Elle doit relever des seuls organismes de contrôle » ont prôné, dans leur lancée, MM. Moawad et Boulos, s'en remettant au chef de l'État, Michel Aoun, « garant de la Constitution et des lois », au président de la Chambre, Nabih Berry, « tuteur politique de M. Zeaïter », ainsi qu'à tous les membres du gouvernement, pour que le cas de la fonctionnaire injustement révoquée soit reconsidéré.

L'intérêt public
Le coordinateur du mouvement du 14 Mars, Farès Souhaid, a pour sa part exprimé, dans un tweet, sa solidarité avec la fonctionnaire écartée. « Gloria Abi Zeid représente le meilleur appui aux agriculteurs en général et plus particulièrement aux agriculteurs du jurd de Jbeil », a-t-il souligné. L'ancien député a affirmé à L'Orient-Le Jour que « cette dame originaire de Zghorta, proche du chef des Marada, Sleiman Frangié, n'a jamais fait de discrimination dans les dossiers adressés par les agriculteurs, à quelque bord politique qu'ils appartiennent ». M. Souhaid souligne à l'appui de ses propos que lors de son mandat parlementaire, « Mme Abi Zeid, alors présidente du Plan vert, avait satisfait toutes les demandes des agriculteurs de la région de Akoura qui sollicitaient son soutien pour la création de lacs d'eau servant à l'irrigation des vergers ».
M. Souhaid conclut en réitérant son appui à « cette fonctionnaire compétente et honnête qui a toujours fait primer l'intérêt public aux intérêts politiques ».

Les mesures du ministre de l'Agriculture ont en outre provoqué la réaction du vice-président du Renouveau démocratique, Antoine Haddad, qui a écrit sur Facebook : « Nous sommes avec Gloria Abi Zeid parce qu'elle est compétente et représente l'une des meilleures figures de l'administration, luttant contre la corruption et subissant les abus et l'oppression, et non parce qu'elle est de notre bord ou de notre confession. »
Dans la journée d'hier, le ministre de l'Agriculture n'a pas réagi à ces critiques. On apprend qu'il compte tenir une conférence de presse aujourd'hui pour évoquer le dossier litigieux qui l'oppose à Mme Abi Zeid.


Les mesures administratives prises par le ministre de l'Agriculture, Ghazi Zeaïter, à l'encontre de la directrice générale des coopératives au sein du ministère de l'Agriculture, Gloria Abi Zeid (décrites comme des mesures arbitraires et injustes contre une fonctionnaire dont le souci est de vouloir appliquer la loi), ont suscité un véritable tollé dans divers milieux.


Il y...

commentaires (14)

Wâllâh yâ äâmméhhh éhhh Z'gértéwïîyéeh, Notre Gloria Nationale ! Khâââï, chî b'yérfaëérrâââss ! BRAVO Sétt Gloria !

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

22 h 20, le 07 mars 2017

Tous les commentaires

Commentaires (14)

  • Wâllâh yâ äâmméhhh éhhh Z'gértéwïîyéeh, Notre Gloria Nationale ! Khâââï, chî b'yérfaëérrâââss ! BRAVO Sétt Gloria !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    22 h 20, le 07 mars 2017

  • Depuis que j'avais commencé à raisonner dans les années 30, j'entendais ces questions et réponses : - Combien tu touches ? - 125 livres + le 'borrani". Déduction : Un fonctionnaire ou un salarié sans un "borrani", n'est pas acceptable ni convenable. C'est la raison pour laquelle un fonctionnaire qui n'impose pas une enveloppe à un contribuable, est licencié par son supérieur. CQFD

    Honneur et Patrie

    18 h 33, le 07 mars 2017

  • et oui la justice d'une république bananière

    Talaat Dominique

    18 h 27, le 07 mars 2017

  • Un grand bravo à Gloria en espérant que son droit lui soit restitué et que le reste des fonctionnaires en prennent de la graine

    Chady

    16 h 50, le 07 mars 2017

  • "Entre-temps, le ministré Ex-(déshérité) Z'äâïytîr n'a pas réagi à ces critiques.... évideMent, tellement c'était Flagrant ! Et on apprend qu'il compte, ce même Z'äâïytîr donc ; en sus ; tenir une conférence de presse, yîîîh, pour évoquer le dossier litigieux, yâââï, qui l'oppose à cette Glorieuse Sétt Gloria !".... !! "CULOTTÉ" ex-"Déshérité", va !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    15 h 28, le 07 mars 2017

  • Gloire à toi ! Séttt Gloria !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    15 h 19, le 07 mars 2017

  • je ne voudrais pas etre a la place de mr le ministre Tueni ! Vous avez tellement a creuser avant meme que de reflechir a la politique a suivre. Que Dieu vous vienne en aide ou alors votre mission releve de l'impossibilite.

    gaby sioufi

    11 h 21, le 07 mars 2017

  • Que l'intégrité, la compétence et le courage de Gloria Abou Zeid l'emportent sur toutes les dispositions contraires.

    Mgr Saïd Saïd

    11 h 13, le 07 mars 2017

  • CA DEPEND EN APPLIQUANT LA LOI QUI EST LESE... LE LOUP TROUVE LES MOUTONS VULGAIRES !

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    10 h 55, le 07 mars 2017

  • L'evaluation des fonctionnaires n'est pas cencee dependre de l'humeur d'un resposabl ???!!! triste...

    Soeur Yvette

    10 h 05, le 07 mars 2017

  • Mais ca ne merite meme pas de passer au journal. Absolument rien ne sera fait. Ca passera par pertes & profits et puis basta. Dites vous que dans chaque ministere il y a des cas pareils chaque jour, et pour des montants bcp plus grands. Comment vous pensez que nos politiciens financent leur train de vie? Maintenant ils sont devenu intelligents, il s'adaptent; rien d'ostentatoire. Pour pouvoir continuer a pomper tranquillement. D'ailleurs le secret bancaire, il est gardé pour les couvrirs. Les koweitiens et saoudiens n'ont pas besoin de secret bancaire Libanais, les europeens ont trop peurs (singapour/honk kong est plus sur). "Faire appel a michel aoun", ca par contre ca me fait rire. On dirait un extrait d'un sketch de sami khayat.

    George Khoury

    09 h 48, le 07 mars 2017

  • COMMENT PEUT ON ÊTRE PROCHE DU MARADA, HONNÊTE ET JUSTE EN MÊME TEMPS ? LES MARADA ONT SACCAGÉ LE PAYS DU TEMPS DE SLEIMAN 1ER. DONC DANS CETTE HISTOIRE, CHACUN POUR SOI.

    Gebran Eid

    08 h 58, le 07 mars 2017

  • Dé-ses-pé-rant: voilà une affaire, une de plus, emblématique de la difficulté du Liban à se réformer à l'ombre du confessionnalisme et du clientélisme politique: que vient faire la Ligue maronite dans ce débat ? Les décisions de madame Abi-Zeid ont-elles ont été motivées (écrites) pour être contrstées par ceux qui s'estiment lésés par un recours devant le Conseil d'Etat? Si c'est le cas, pourquoi transformer en gué-guerre maronito-chiite ce qui est une décision administrative ?

    Marionet

    08 h 37, le 07 mars 2017

  • plus on s eloigne de la verite,plus on abuse de la democratie.revoquer une emloyee honnete,c est se denuder de toute croyance d humanite et de purete,et son seul but est de chercher un moyen de secourir ses poches,avant de quitter,avec amertume,sa chere fonction.rien ne vaut de courir,si le piege le tiendra au carrefour.

    Emile Doumet

    08 h 30, le 07 mars 2017