Marine Le Pen a publié son programme il y a quelques jours. Des 144 propositions qui le composent, arrêtons-nous à la 35e, la seule où il soit question de monnaie. Elle propose de : « Soutenir les entreprises françaises face à la concurrence internationale déloyale par la mise en place d'un protectionnisme intelligent et le rétablissement d'une monnaie nationale adaptée à notre économie, levier de notre compétitivité. » Les experts du FN pensent que le retour au franc réduirait l'endettement public. Selon eux, la loi pourrait d'un trait de plume redéfinir la monnaie de remboursement, de l'euro au franc, du moins pour environ 80 % de la dette existante, soit 1 700 milliards d'euros. En somme, en 1999, à la création de l'euro, pour 100 francs, on nous a donné 15 euros. Et en 2017 ou plus tard, pour 15 euros, on nous rendrait 15 (nouveaux) francs. La perte de valeur serait de 85 %. Recréer un franc – à supposer que tous les problèmes opérationnels et logistiques soient réglés –,
c'est adopter une devise considérablement affaiblie. Loin de l'opération presque bénigne que paraissent envisager les dirigeants du FN, c'est un choc dont on voit mal comment l'économie française – ménages, entreprises et banques – pourrait sortir indemne, et a fortiori en profiter. Faisons ici un détour par l'Argentine. Comparaison n'est pas raison dit l'adage, certes, mais enfin le cas est éclairant. Ce pays a eu de 1991 à 2001 un peg parfait entre peso et dollar (1 = 1). Ce n'était pas formellement une dollarisation, mais ça y ressemblait. Pour diverses raisons, suite aux crises des pays émergents en 1997-1998, l'Argentine a dû abandonner cet ancrage au début 2002. Le peso s'est déprécié rapidement de 66 %. Un an plus tard, l'inflation s'était envolée. Par la suite, le PIB en peso avait bondi, mais c'était un rebond mesuré en monnaie de singe. Le PIB mesuré en monnaie forte, le dollar, avait été divisé par deux entre 2001 et 2003. On ne croit pas savoir qu'en 2017 l'Argentine soit totalement remise sur pied.
Cet article est réalisé par Fidus



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