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Lifestyle - La Mode

Merci Madame Khanh !

« Elle a tout fait avant les autres », disent aujourd'hui ses pairs. Emmanuelle Khanh, née en 1935, est morte dans son sommeil, le 17 février, des suites d'un cancer contre lequel elle luttait depuis plusieurs semaines. Mannequin cabine chez Balenciaga et Givenchy dans les années 50, elle lance en 1960 sa propre ligne de prêt-à-porter.

Emmanuelle Khanh lors d’une interview télévisée en 1994. Photo INA

« Vivre ! Vivre notre époque, partager, regarder », c'est en ces termes qu'Emmanuelle Khanh résume l'idée qui l'a conduite, en 1960, à tourner le dos à la haute couture pour se consacrer au stylisme du vêtement « de masse ». « Je faisais le mannequin pour de grandes maisons de couture, j'avais 18, 20 ans, et je ne me sentais pas à l'aise dans ces créations qui ne me correspondaient pas. » Chez Balenciaga surtout, le vêtement est une véritable architecture qui tient toute seule, au propre comme au figuré.
Le corps et la liberté de la femme semblent ne pas être pris en compte. Or Emmanuelle Khanh sent le besoin d'offrir aux jeunes femmes de sa génération la possibilité de créer leur style, de s'exprimer à travers leurs vêtements selon l'humeur et les jours, d'être, tout simplement, au lieu de se contenter de paraître. En 1955, quand elle se marie avec le designer et ingénieur Quasar Khanh, ses potes s'appellent Jean-Paul Goude et Jean-Jacques Debout, on danse sur du be-bop et l'air du temps est à la pop, à l'insouciance, à la légèreté. Jusqu'en 1969, la styliste créera des collections pour des marques de prêt-à-porter montantes, avec une tentative de signature en 1962 à travers « Emma Christie », label créé en collaboration avec Christiane Bailly.

 

Taille basse, corolle et « pelle à tarte »
Baignée dans l'univers de la mode et de la couture, forte de ses collaborations avec les marques montantes de l'époque, Cacharel ou Missoni, Emmanuelle Khanh lance en 1969 sa marque éponyme de prêt-à-porter féminin. Elle deviendra la première styliste à dessiner des modèles pour la rubrique « Créateurs » du catalogue La Redoute. Convaincue que la mode doit dépasser les frontières des salons parisiens et de la haute couture, Emmanuelle Khanh veut libérer les formes et les matières pour que la mode descende dans la rue.
La femme moderne, libre et active est son exemple. Elle devient l'une des pionnières du prêt-à-porter en France et retravaille pour l'habillement des matières révolutionnaires pour l'époque, telles que le jean ou le plastique. La maille et les broderies deviennent sa signature et marquent ses collections de la singularité qui lui a toujours été propre. Elle observe la rue, les matières prisées par la classe moyenne, revampe le shetland et le tweed, réinvente des coupes fluides qui flattent la silhouette féminine, marquent la taille, libèrent le corps. Elle abaisse la taille des jupes, joue avec le col, allonge les revers, lance le fameux col « pelle à tarte » mais aussi le col corolle. La blouse est son cheval de bataille.

 

Les fameuses lunettes
Nous sommes en 1972 et Madame Khanh, contrainte à porter des lunettes, développe une collaboration avec les meilleurs ateliers d'Oyonnax et crée une gamme de montures marquées, volumineuses et aux lignes franches. Celle-ci connaîtra un grand succès et restera l'un des vecteurs de notoriété de la marque. De handicap, les lunettes deviennent accessoires de mode, véhicules de style à part entière. Trois millions d'exemplaires sont vendus alors à travers le monde. L'audace des lignes, des couleurs et des matières, entre cuir, python et bois, affole les modeux et modeuses jusqu'à nos jours. À l'homme d'affaires Mounir Moufarrige qui l'a connue à la faveur d'un projet de reprise de sa marque, Emmanuelle Khanh aurait confié que « de grandes lunettes montrent qu'on voit le monde en grand ». Elles jouent aussi le rôle de masque, assurent l'incognito des stars, cachent les défauts du nez et du visage, confèrent du mystère et le font avec humour.

En 1977, à peine quelques années après sa création, Emmanuelle Khanh ouvre sa première boutique rive gauche, au 2 rue de Tournon dans le Quartier latin de Paris. Les plus beaux et les plus grands magasins du monde présenteront ses créations. Emmanuelle Khanh entre ainsi pleinement dans l'histoire de la mode contemporaine. En 1995, la marque, en butte à des difficultés financières, arrête ses activités. Aujourd'hui, Emmanuelle Khan Paris, reprise en 2007 par Didier Mader, reste fidèle aux influences audacieuses et colorées de la marque. L'intention est toujours la même. Offrir aux femmes et aux hommes la liberté de jouer des codes et d'affirmer leur personnalité, leur style. Simplement et toujours avec élégance.

 

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« Vivre ! Vivre notre époque, partager, regarder », c'est en ces termes qu'Emmanuelle Khanh résume l'idée qui l'a conduite, en 1960, à tourner le dos à la haute couture pour se consacrer au stylisme du vêtement « de masse ». « Je faisais le mannequin pour de grandes maisons de couture, j'avais 18, 20 ans, et je ne me sentais pas à l'aise dans ces créations qui ne me correspondaient pas. » Chez Balenciaga surtout, le vêtement est une véritable architecture qui tient toute seule, au propre comme au figuré. Le corps et la liberté de la femme semblent ne pas être pris en compte. Or Emmanuelle Khanh sent le besoin d'offrir aux jeunes femmes de sa génération la possibilité de créer leur style, de s'exprimer à travers leurs vêtements selon l'humeur et les jours, d'être, tout simplement, au lieu de se contenter de...
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