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Moyen Orient et Monde

« Les Égyptiennes choisissent de s’adapter à la mentalité de la société pour se sentir en sécurité »

Entretien express

Yasmeen Ghazaly est directrice adjointe à l'École des affaires globales et de politique publique à l'Université américaine du Caire. Elle a été invitée le 2 et le 3 février au Liban par l'Institut Issam Farès à l'occasion des conférences sur la justice sociale dans le monde arabe depuis 2010. Elle a répondu aux questions de « L'Orient-Le Jour » sur les conditions des femmes en Égypte.

06/02/2017

Selon un rapport de l'Onu publié en 2013, 99,3 % des femmes égyptiennes affirmaient avoir déjà été victimes de harcèlement sexuel dans la rue. Des mesures ont-elles été prises depuis pour renforcer leur sécurité au quotidien ?
Le problème du harcèlement sexuel est né à la suite de la révolution de 2011. Avec l'arrivée des Frères musulmans, cela a ensuite empiré. Aujourd'hui, la sécurité des femmes n'est toujours pas une priorité sur l'agenda politique du gouvernement de Abdel Fattah el-Sissi. Sur le papier, nous disposons de lois sévères pour permettre aux femmes de se protéger, et les autorités cherchent à promouvoir l'égalité des sexes. Les victimes de harcèlement ou d'agressions sexuelles peuvent porter plainte. Malheureusement, beaucoup de femmes ne le font pas, soit en raison de la honte ressentie, soit parce qu'elles n'ont pas pleine connaissance de leurs droits. En parallèle, elles font parfois face à des blocages de la part de certains policiers qui refusent de prendre leur déposition. Par conséquent, peu de mesures sont réellement appliquées. Il est important de souligner également que les différences entre harcèlement sexuel, agression sexuelle et viol sont encore mal cernées par la Constitution et par la population. Certains actes ne sont pas reconnus légalement comme étant des agressions sexuelles. Il est nécessaire que ces lois soient amendées pour protéger les femmes correctement.

 

(Lire aussi : Quand citoyens et journalistes égyptiens se battent pour une information de qualité...)

 

La situation des femmes égyptiennes dans la société s'est-elle améliorée depuis les amendements constitutionnels de 2013 ?
S'il y a eu des changements positifs sur le papier, il n'y pas eu de changement culturel ou social pour autant. Les améliorations sont insuffisantes. Ces dernières années, nous avons pu constater l'augmentation des communautés fermées (gated communities). Les femmes, telles que les mères divorcées, préfèrent payer un logement plus cher pour s'assurer d'être en sécurité dans la zone où elles résident. Leurs immeubles sont surveillés et cela leur permet de vivre plus librement. Les classes moyennes et les élites peuvent y avoir accès, mais ce n'est pas le cas pour les classes plus pauvres. Beaucoup de femmes moins aisées mettent le voile pour pouvoir sortir tranquillement dans les espaces publics. Elles le portent dans le quartier où elles habitent puis l'enlèvent lorsqu'elles arrivent dans une région moins conservatrice du Caire, par exemple. Cela est très intéressant, puisque les choix vestimentaires ne sont pas mentionnés dans la loi. Les femmes choisissent de s'adapter à la mentalité de la société pour se sentir à l'aise et en sécurité dans la rue.

 

Quelle place leur est accordée pour contribuer au fonctionnement institutionnel du pays ?
Le gouvernement de Abdel Fattah el-Sissi encourage la participation des femmes au sein des ministères et au Parlement. Nous sommes sur la bonne voie, mais la proportion de femmes dans les institutions publiques reste insuffisante. Seulement quatre femmes sont ministres (sur 34 au total). Elles travaillent sur la solidarité sociale, l'immigration, la coopération internationale et l'investissement. Elles ne gèrent pas les questions régaliennes. Dans une société patriarcale, leur donner une responsabilité trop importante dans la sphère étatique ne serait pas accepté par les groupes religieux plus conservateurs.

 

 

 

 

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