Il est « passé dans la pièce d'à côté » (saint Augustin)
Une amitié fraternelle, prospère et enrichissante de quarante années pleines (1976-2016), seule la mort de Georges l'a matériellement suspendue sans pouvoir l'éteindre ni l'affecter. Notre amitié exceptionnelle continue, vivante, à distance, après la transition de Georges pour sa nouvelle demeure paradisiaque ; je n'ai aucun doute à ce sujet. J'ai été témoin de quarante années de sa vie exemplaire, riche en sciences, en culture, en transparence, en silence méditatif, en éloquence instructive, en musique classique, mais surtout en amour du prochain et en charité discrète.
Notre amitié était pleine de sens, de valeurs, d'entretiens culturels, de points communs et de beaucoup de souvenirs.
La jeunesse de Georges est un exemple à suivre, elle était ardente, charismatique, vécue dans un réel et parfait équilibre. Sa vie a été un témoignage de valeurs, il se distinguait par la modestie et l'humilité de l'épis de blé et des grandes âmes, des grands savants et des plus grands que les grands épris de ce monde. Sa morale et son moral étaient contagieux pour ses amis, les siens, et ses malades dans leurs moments de faiblesse ou de détresse. Il représentait aussi une sécurité médicale: un diagnostic infaillible quand il se prononçait, et devenait infaillible quand il prenait un peu de délai – qui, avec moi, n'a jamais dépassé les trois jours – pour se prononcer après étude ou consultation téléphonique avec sa mine de science à Paris, l'Institut Pasteur, dont il était – comme avant lui son père docteur Badih Yazigi, l'un des brillants éléments.
L'institut Pasteur a joint au dossier de Georges celui de son père, le Dr Badih, en un seul document qui représentait sa fierté.
D'ailleurs, Georges a été élu à trois reprises, et à l'unanimité, membre exécutif de l'Institut Pasteur, et devait être réélu pour la quatrième fois au printemps 2017. Sa modestie l'empêchait de publier les nouvelles de son élection, qui est une fierté nationale pour le Liban. Il m'a empêché de publier ces nouvelles, me disant: « Je préfère servir le Liban dans la discrétion et dans mes apports à l'Institut Pateur. »
Il était armé d'une conscience sévère et rigoureuse envers lui-même, inébranlable avec les autres et envers les autres dans tout ce qu'il faisait dans sa vie, surtout dans le domaine professionnel. En fin de journée, il apportait à son domicile les résultats des examens déjà acquis pour la dernière vérification avant la signature, et ceci aux dépens de ses nuits, rigueur qu'il tempérait souvent par Bach, Chopin, Debussy – et autres... – qui peuplaient sa discothèque de 1 000 unités.
Il représentait pour moi une sécurité non seulement médicale mais en tout domaine où l'amitié s'exprime. On s'entretenait tranquillement en toute confiance, discrétion et protection. Sa simplicité, sa transparence, sa confiance en lui-même et en sa science ne l'ont jamais trahi. Il porte dans son âme, son cœur et son intelligence tout un éventail de grandeur et de vraies valeurs.
Georges avait la foi qui transporte les montagnes dans laquelle il joint et engage en harmonie son cerveau et son cœur, foi du grand savant dont l'antenne spirituelle est hautement élevée, connectée aux ondes de l'Esprit. Il incarnait réellement la parole de son grand patron Louis Pasteur (1822-1895) « Un peu de science éloigne de Dieu, beaucoup y ramène. »
Sa foi en l'existence de Dieu est un thème qui l'habitait. Que de fois avons nous commenté la parole de son ami le père jésuite – Rostand d'Ancezune: « Croire, c'est difficile, mais ne pas croire, c'est stupide, mais le véritable problème n'est pas dans la preuve de l'existence de Dieu mais dans le fait de savoir "Comment Dieu existe-t-il par lui-même ?". »
Que de fois nous avons commenté le livre de son ami et collègue pasteurien Jean Bernard (1907-2006) intitulé Et l'âme demanda Brigitte, sur l'existence de l'âme.
J'ai rarement vu une personne pleurer à chaudes larmes par tant d'amis comme j'ai vu pour Georges. Sa mort a provoqué un choc dépressif chez ceux qui l'ont connu qui s'est exprimé par leurs larmes.
Grand est le nombre de ceux qui – par sa mort – ont perdu leur sécurité, non seulement médicale, mais aussi éducative. Je pense aux enfants dont il se chargeait de leur scolarité et de leur entretien, avec une noble discrétion. Il est juste de dire qu'il a quitté en laissant des orphelins.
Georges,
Merci pour ta présence fraternelle dans ma vie durant quarante années pleines. Ton absence « n'est qu'un au revoir ».
Joy TABET
Ambassadeur du Liban
Vice-président du Cercle des
ambassadeurs du Liban
À la mémoire de notre collègue et ami
Le décès brutal du docteur Georges Yazigi le 23 décembre 2016 est survenu presque au même moment que celui de notre ancien président, le docteur Michel Dubos, son ami qui, lui, s'est éteint le 29 décembre dernier.
Membre de l'Association des anciens élèves de l'Institut Pasteur (AAEIP), Georges Yazigi avait suivi le « grand cours » en 1968-1969 (comme son père, le docteur Badih Yazigi, en 1932).
Nous avions fait sa connaissance en septembre 1999 à l'occasion d'un voyage de l'AAEIP au Liban qu'il avait magnifiquement préparé sur place et dont les participants gardent un souvenir merveilleux. Au cours de ce voyage, Georges Yazigi avait organisé un dîner auquel avaient aussi été conviés des biologistes libanais, anciens élèves de l'IP. Ce voyage fut l'occasion d'approfondir, s'il en était besoin, les liens qui unissent le Liban et la France.
Georges Yazigi était très fidèle à ses maîtres de l'Université Saint-Joseph de Beyrouth. Mais il connaissait la France aussi bien que son propre pays et disait qu'il ne pouvait pas tenir plus d'un an sans y revenir. Georges était très attaché à l'association. C'était pour lui la suite logique de son métier de médecin et de biologiste qu'il maîtrisait magnifiquement. Médecin aussi compétent sur le plan clinique que dans sa spécialité, il était attiré par le diagnostic, la thérapeutique et la recherche.
Il était très marqué par les stages et diplômes qu'il avait préparés à Paris et qu'il avait le plus souvent validés à titre français. Il vouait un grand attachement à son maître, le professeur Bernard Goiffon, dont il devint l'ami et dont la mort l'avait affecté profondément. Il y a quelques années, il a d'ailleurs rédigé un Guide pratique de coprologie fonctionnelle, à la mémoire de Bernard Goiffon. Il en avait offert un certain nombre d'exemplaires à l'AAEIP et, à sa demande, la vente de cet ouvrage a été faite au profit de l'association.
Il profitait de ses passages à Paris pour renouer avec les collègues rencontrés pendant ses études ou pendant ses stages dans les hôpitaux.
Il avait été très présent, malgré la distance, et aux assemblées générales, et aux réunions du conseil d'administration de l'AAEIP, où il siégeait depuis 2008. Sa participation a été très active. Il avait recensé les Libanais anciens élèves ou anciens stagiaires de l'Institut Pasteur en les incitant à adhérer à l'association, n'hésitant pas à prendre en charge quelques cotisations en plus de la sienne.
Une de ses préoccupations fut la création d'un institut Pasteur à Beyrouth. Il avait obtenu de son ami, Rafic Hariri, ancien chef du gouvernement libanais, l'offre d'un terrain bien placé à Beyrouth et espérait que l'Institut Pasteur accepterait d'y construire son établissement. Malheureusement, à cette époque, la direction de l'Institut Pasteur de Paris avait d'autres objectifs.
Georges Yazigi était d'une extrême générosité, comme en témoignent ses dons et cadeaux à l'association et à ses amis.
Très cultivé, il était aussi un grand mélomane. Il profitait de ses séjours à Paris pour assister à des concerts de musique classique ; un de ses rêves était d'apprendre à jouer du violon le jour où il prendrait sa retraite...
Très croyant, il avait une spiritualité peu commune aujourd'hui.
C'était un « bon vivant », appréciant armagnac et cigares « indissociables l'un de l'autre ». Depuis son bac, il avait recueilli un grand nombre d'histoires et d'anecdotes qu'il avait réunies dans un polycopié. Doté d'une mémoire extraordinaire, il trouvait le bon moment pour nous raconter une de ces merveilleuses « blagues » dont il avait le secret.
Travailleur passionné, il ne s'était pas résolu à quitter son cher laboratoire et il semble que sa disparition soit un peu la conséquence de la très haute conception qu'il avait de sa profession. A-t-il été victime de son besoin du contact avec ses malades en période épidémique ?
Nous, sa famille et ses amis, nous ne pourrons pas l'oublier.
Jacqueline et François POTY,
avec la collaboration de Claude
MARQUETTY et Véronique CHOISY


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