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Nos lecteurs ont la parole - Tarek-Gabriel Sikias

Réponse à l’article « Un peu d’oxygène, M. Sikias ! »

Chère Madame R. Ayoub, merci d'avoir pris le temps d'aller voir notre film et surtout d'en avoir écrit un article dans L'Orient-Le Jour du lundi 30 janvier 2017.
D'abord permettez-moi de préciser que je ne suis pas réalisateur, mais producteur. Le but du cinéma n'est pas de faire un film touristique sur le pays où se déroule l'action, mais d'éclairer sur un sujet précis, choisi par le scénariste et/ou l'équipe principale du film (scénariste, producteur, réalisateur).
L'utilité de l'art est de faire voir et réfléchir, faire ressentir, nous montrer des choses ou des gens auxquels nous n'avons pas accès dans notre vie de tous les jours. Dans Nuts, nous avons choisi de traiter du monde de la nuit, un monde marginal, un monde du jeu, un monde des excès et des « bas-fonds » comme vous le dites si bien. Si vous en ressortez écrasée par les images suffocantes, si nous sommes parvenus, en bien ou en mal, à faire réfléchir et remuer les gens, c'est que nous avons bien réussi notre travail.
Que pouviez-vous imaginer à propos d'un sujet pareil, que les protagonistes parleraient avec douceur dans un langage poli et raffiné? Qu'il n'y ait pas de violence? De crimes de toutes sortes? Si c'est le cas, je pense simplement que vous refusez, comme beaucoup de monde, de regarder la réalité en face. Vous nous demandez de faire un autre film afin de montrer les beaux horizons de notre Liban (que je connais très bien), je vous remercie pour votre confiance, mais ce n'était point là l'objectif de Nuts. Le film ne reflète sûrement pas « la vie au Liban », mais « une vie au Liban », un monde qui existe chez nous comme partout ailleurs, et probablement encore plus chez nous, vu que nous sortons d'une longue guerre et que de nombreuses personnes n'ont toujours pas pu se réintégrer à la société et ont continué à vivre dans un monde sombre avec les réminiscences du passé.
Est-ce que Scarface reflète la vie aux États-Unis ? Narcos la vie en Colombie ? Les Chtis la vie en France ? Caramel la vie au Liban? Godzilla la vie à NYC? Non, ils reflètent un sujet bien précis dans un lieu bien précis et a un moment bien précis tout en étant des fictions, car le cinéma, aussi réaliste soit-il, reste une fiction. La vie est violente, le monde est violent et surtout l'homme est violent envers son prochain. Même les histoires d'amour sont violentes et peuvent mener à la mort. Si nous avons décidé de montrer ce monde-là, de le montrer avec une touche d'humour noir, c'est pour justement montrer que ce monde existe, chez nous, et décourager les gens d'y entrer car l'issue n'en est jamais certaine.
J'ai moi-même une question à vous poser: si vous connaissez un lieu, au Liban ou ailleurs, où il n'y a aucune violence (tant physique que verbale), un lieu propre, un lieu où l'être humain est respecté, un lieu pacifiste, sans poubelles, sans drogue, sans jeux, sans prostitution, de grâce dites-moi où il se trouve, je déménage de suite !

Tarek-Gabriel SIKIAS

Chère Madame R. Ayoub, merci d'avoir pris le temps d'aller voir notre film et surtout d'en avoir écrit un article dans L'Orient-Le Jour du lundi 30 janvier 2017.D'abord permettez-moi de préciser que je ne suis pas réalisateur, mais producteur. Le but du cinéma n'est pas de faire un film touristique sur le pays où se déroule l'action, mais d'éclairer sur un sujet précis, choisi par le scénariste et/ou l'équipe principale du film (scénariste, producteur, réalisateur).L'utilité de l'art est de faire voir et réfléchir, faire ressentir, nous montrer des choses ou des gens auxquels nous n'avons pas accès dans notre vie de tous les jours. Dans Nuts, nous avons choisi de traiter du monde de la nuit, un monde marginal, un monde du jeu, un monde des excès et des « bas-fonds » comme vous le dites si bien. Si vous en ressortez...
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