La démonétisation décidée en novembre a déclenché une ruée sur les banques, qui se sont trouvées à sec. Debajyoti Chakraborty/AFP
La croissance de l'Inde, l'une des plus rapides d'une économie mondiale en berne, devrait ralentir pour l'année fiscale en cours selon des projections officielles, un freinage que les conséquences de la démonétisation controversée de l'automne pourraient bien accentuer.
Selon des statistiques officielles, « le taux de croissance du PIB à prix constants pour l'année 2016-17 est placé à 7,1 % contre 7,6 % en 2015-16 », indique un communiqué du ministère des Finances à l'occasion de la publication de son Economic Survey annuel, qui précède la présentation du budget au Parlement. Mais « cette estimation est basée principalement sur les informations des sept-huit premiers mois » de l'année fiscale (avril-mars), précise le texte. Il ne prend donc pas en compte le ralentissement brutal de la consommation provoqué par la démonétisation de 24 milliards de billets annoncée début novembre. Le taux final pour l'exercice actuel sera « plus bas d'au moins 50 ou 60 points de base », avance Ashutosh Datar, économiste à IIFL Institutional Equities. Ce décrochage ferait passer l'Inde en seconde place des croissances les plus rapides des économies développées du globe, derrière son voisin chinois.
Si la démonétisation aura un « impact négatif » sur la croissance indienne, concède un communiqué séparé du gouvernement, ses effets n'en seront que « transitoires », assure-t-il ensuite. Dans ce contexte, New Delhi a donc indiqué tabler sur une croissance de 6,75 à 7,5 % pour l'exercice 2017-2018, qui débutera au 1er avril. « Une fois que le stock d'argent liquide aura été rétabli (...), l'économie reviendra à la normale », assurent les autorités.
« Énormément de flou »
Une large amplitude de prévision de croissance qui fait lever des sourcils dans les rangs des économistes. « Cela veut dire qu'il y a énormément de flou en termes d'estimations des effets de la démonétisation et c'est assez évident que cela se répercutera aussi sur la prochaine année fiscale », commente pour l'AFP Sunil Sinha d'India Ratings & Research.
Le gouvernement nationaliste hindou de Narendra Modi avait décrété il y a trois mois que les billets de 500 et 1 000 roupies (7 et 14 dollars), coupures les plus élevées et qui représentaient 86 % de la valeur de l'argent liquide en circulation, n'avaient plus de valeur légale. Cette mesure radicale se voulait destinée à lutter contre l'évasion fiscale et à faire rentrer dans le secteur bancaire une partie de l'énorme secteur informel de l'économie indienne. Mais elle a aussi eu pour effet immédiat de déclencher une ruée sur les banques, qui se sont trouvées à sec, et d'entraîner un ralentissement de la consommation dû à la pénurie d'argent liquide.
Dans ses dernières prévisions, le Fonds monétaire international (FMI) a diminué d'un point sa prévision de croissance pour l'Inde sur 2016-17 afin d'intégrer les événements économiques de l'automne. Elle n'est désormais plus que de 6,6 %, contre 7,6 % initialement. La démonétisation « a eu des conséquences à court terme qui sont authentiques et significatives. Je pense qu'il y a eu des difficultés et une gêne notamment pour les personnes du secteur informel mais il y a aussi un potentiel de bénéfices sur le long terme », a commenté en conférence de presse Arvind Subramanian, haut conseiller économique du gouvernement.
(Source : AFP)

