Tableau de J.-P. Serrier, les moutons de Panurge.
Depuis que j'ai décidé de positiver je suis un homme heureux. Tout baigne dans la sérénité, tout se passe comme sur des roulettes. Un nouveau président de la République nous a été donné, un gouvernement flambant neuf a été formé et prend avec la célérité de l'éclair des mesures.
Pour rester dans le blanc des lendemains qui chantent, d'ailleurs nos cimes sont couvertes de cette couleur d'espoir, de paix et d'apaisement, et partant je me suis fait la douce violence de ne pas fouiner dans le passé de certains ministres, leurs mérites et encore moins le tableau d'honneur qui leur a valu d'être catapultés à ces hautes fonctions.
En fait ces choses-là me dépassant, j'ai fait comme les moutons de Panurge répondant aux vœux les plus chers de nos responsables, parodiant l'idiot de service, fermant l'œil sur leurs intrigues, leurs guerres intestines, leurs connivences, leur mercantilisme éhonté. Ils ont réussi à faire figurer le Liban au livre non encore édité des tristes réalités où la démocratie est une espèce en voie de disparition.
Il me semble que ce n'est plus à sa valeur intrinsèque que l'on juge une personne, son action au service du peuple, son activité dans son milieu corporatif, son renom, son éducation, sa culture, mais à l'aune de son appartenance confessionnelle et plus particulièrement s'il est bien passé aux épreuves de l'encensoir, de l'applaudimètre, de l'obéissance aveugle imposés par son chef de clan.
C'est là où le bat blesse d'autant plus que les termes clans et démocratie ne font pas bon ménage, surtout quand le religieux s'immisce, prend l'ascendant et d'emblée fausse le jeu, donnant aux grenouilles de bénitier et à leurs répondants, les ténors des minarets la haute main sur la politique du pays, ses choix, ses alliances, son système judiciaire, faisant en toute impunité main basse sur ses ressources et ses richesses.
C'est ainsi qu'en toute connivence les dirigeants se complaisent dans les demi-mesures, les gouvernements où tous les contraires s'engouffrent, les lois électorales à l'image de l'école des fans, sachant pertinemment que les grandes décisions comme les plus anodines se prennent souvent ailleurs.
Mais il faut donner le change. Aussi devient-il impératif d'amuser un peuple qu'on a usé jusqu'à la moelle, souvent grugé et abusé. Faute de jeux et de pain, comme au temps des romains, les empereurs des clans dans leur magnanimité s'amuseront encore de lui en lui permettant un semblant de consultation populaire, pompeusement appelée élections législatives, le nom des élus étant connu d'avance.


LES DEUX MOTS DEMOCRATIE ET CLANS NE PEUVENT JAMAIS SE MARIER... C,EST UNE HERESIE RIEN QU,ESSAYER D,Y PENSER MEME...
19 h 19, le 26 janvier 2017