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Liban

Crise des déchets au Liban : comment trouver une issue durable ?

Environnement
26/01/2017

L'Institut français a proposé mardi la projection d'un web-documentaire sur la crise des déchets au Liban, suivie d'un débat en présence d'acteurs locaux porteurs de solutions concrètes. Que doit-on en retenir ?
L'Institut français du Liban a organisé mardi soir la projection d'un web-documentaire sur la crise des déchets que traverse le pays depuis 2015. Ce documentaire a été réalisé par un groupe d'étudiants en entrepreneuriat social en France et en Tunisie qui ont sillonné le pays du Cèdre pendant deux semaines en juin 2016. Tous membres du programme Process Méditerranée (initié par l'association Arcenciel France), ils sont partis à la rencontre de personnes engagées dans la recherche d'une sortie de crise dans ce domaine. La projection a été suivie d'un débat en présence des principaux intervenants du web-documentaire.
Le reportage a rappelé en premier lieu la frustration et la colère manifestées par la société civile pendant cette crise. Face à l'apparent « immobilisme » du gouvernement sur ces questions, des associations se sont constituées pour militer en faveur d'une sortie durable de la crise. Des acteurs locaux et des entrepreneurs sociaux ont ainsi pris la parole pour défendre une décentralisation du traitement des déchets au Liban, une meilleure sensibilisation des populations au tri et au recyclage, et le soutien à des financements à l'attention d'entreprises sociales.
Les questions environnementales ne sont pas une priorité aujourd'hui pour le pays, bien qu'elles soient primordiales. Des associations comme L'Écoute ou Arcenciel ont décidé, de fait, d'ajouter une dimension sociale à leur combat afin de mobiliser les citoyens ; en insistant sur le fait que le recyclage des bouchons en plastique peut permettre de construire des fauteuils roulants ou des prothèses auditives, les populations deviennent manifestement plus attentives au tri et à la gestion de leurs déchets.
Lorsque le débat commence à la suite de la projection, on peut sentir une certaine effervescence dans la salle. Beaucoup de bras se lèvent pour poser des questions et interagir avec les intervenants. Actuellement, aucune solution durable n'a encore été apportée par les responsables politiques en charge du dossier. Les décharges de Costa Brava et de Bourj-Hammoud sont des réponses temporaires, qui apportent avec elles de nouveaux problèmes, comme l'arrivée massive d'oiseaux aux abords de l'aéroport international de Beyrouth, ou l'échappement des gaz méthane dégagés par les ordures ménagères. En effet, l'émanation de ces gaz à proximité de la piste d'atterrissage de l'aéroport pourrait causer des explosions et entraîner ainsi de sérieux dégâts. Les voix de Lucien Bourjeily (membre du collectif « You Stink ») et de Ziad Abi Chaker (directeur de Cedar Environmental) alias Mister Zero Waste, font rapidement entendre leur colère.
Selon le collectif « You Stink », 6 000 tonnes de déchets sont produites chaque année au Liban, pour seulement 400 dépotoirs en mesure de les traiter. Lucien Bourjeily pointe du doigt la corruption supposée de certains responsables du gouvernement. Soutenu par des membres du public, il dénonce le manque de soutien du gouvernement face aux initiatives personnelles ou collectives qui ont été menées depuis 2015. Selon lui, les intérêts et les profits des décisionnaires politiques seraient ailleurs. Il continue en affirmant que si les « familles mafieuses à la tête du gouvernement » ne changent pas, rien ne changera, quelles que soient les manifestations ou les revendications de la société civile.
Pour le collectif « You Stink », les manifestations n'étaient pas un but en soi, mais plutôt le moyen de soulever un problème: celui du traitement des déchets, mais plus largement celui de la corruption au Liban. Récemment, le classement annuel de l'ONG Transparency International a placé le pays du Cèdre au 136e rang des pays où la perception de la corruption est la plus importante, sur un total de 176 pays. Les activistes présents à ce débat ont notamment rappelé les solutions qui avaient été présentées au ministère de l'Environnement un an et demi avant la fermeture de la décharge de Naamé, pour prévenir une crise comme celle que le pays a connue. Face à leur présentation, le ministre de l'Environnement n'avait pas eu d'autre réponse que celle de confier le dossier à l'entreprise Sukleen, seule gestionnaire du traitement des déchets au Liban.
D'autres, comme Mario Goraib (chef du programme Environnement Arcenciel) propose plutôt d'amorcer le changement avec ce dont la société civile dispose, c'est-à-dire les institutions étatiques et les entrepreneurs. Pour lui, la décentralisation qui est requise dans le traitement des déchets doit être soutenue et organisée par la puissance centralisée de l'État. L'engagement civique est donc indispensable dans ce cas: depuis la loi sur la transparence et l'accès à l'information votée en janvier 2017, il est de la responsabilité des citoyens de suivre la manière dont les municipalités dépensent leur argent et gèrent le traitement des déchets. Sans dédramatiser ni noircir le tableau, il faut amorcer des changements à travers des institutions directement : il s'agit de coopérer avec les partis politiques qui sont en désaccord avec la gestion actuelle de la crise. Il rappelle notamment que les entrepreneurs sociaux ont une influence sur les municipalités, comme cela a été montré dans le web-documentaire, et qu'il faut encourager ces modèles économiques en s'alliant à leurs causes.
Dominique Salamé (chercheur et directeur du département de chimie à l'Université Saint-Joseph) le rejoint sur la question des entrepreneurs : pour lui, il ne manque que les investisseurs dans l'équation. En effet, le Liban aurait besoin d'industries nouvelles et adaptées à la gestion des déchets. Par exemple, on ne peut pas traiter de la même manière des déchets organiques, des déchets pharmaceutiques et des déchets électriques. Il faut créer des niches industrielles adaptées au traitement des différents déchets, et pour cela, les investisseurs sont indispensables.
Pour ces deux intervenants, soutenus par une partie du public, une approche négative n'apportera pas d'issue à la crise. Tout doit fonctionner en parallèle : les citoyens doivent soutenir les municipalités, qui, elles, doivent réclamer l'argent qui leur revient dans la gestion des déchets (surtout après la fin du contrat entre Sukleen et l'État), afin de soutenir les initiatives entrepreneuriales. Pour Mario Goraib, répandre les bonnes pratiques par l'éducation, la sensibilisation et la coopération est le seul moyen de trouver une porte de sortie à cette crise.

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